Correction Sujet 1 Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Correction Sujet 1 Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Notre professeur a rédigé pour vous la correction du sujet 1 de Philosophie du Bac L de Pondichéry 2017.

Le sujet 1 portait sur une dissertation à réaliser, à partir de la question : Suis-je le sujet de mon désir ?

Téléchargez gratuitement ce corrigé, et retrouvez le sujet de cette épreuve de Philosophie Bac L de Pondichéry 2017, ainsi que les corrigés du sujet 2 et du sujet 3 !

Correction Sujet 1 Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Le contenu du document


SUJET N° 1 : SUIS-JE LE SUJET DE MON DESIR ?
NOTION EN JEU : LE DESIR.

 

AVANT PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve.

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques...

 

PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Suis-je le sujet de mon désir ? », a trait à une notion classique du programme de terminale L, le désir, faisant partie du grand domaine  Le sujet”, ainsi donc le mot “sujet”, ici polysémique dans notre intitulé, n’est pas un hasard. Il s’agit donc d’un intitulé à portée existentielle, c’est-à-dire qui concerne notre manière d’être au monde, les enjeux de notre vie d’homme, ici spécifiquement notre façon de nous comporter quant à notre désir, en voir les tenants et aboutissants.

La difficulté du sujet tient précisément dans le mot de  sujet”, qui a plusieurs sens, comme nous le verrons dans l’analyse des mots du sujet. Plusieurs sens, même trois, et s’il ne faut pas forcément disserter sur tous ces sens au cours de la dissertation, il faut malgré tout les définir, les examiner pour prendre en compte leur pertinence. Mais en gros, se demander si je suis le sujet de mon désir, c’est à la fois se demander si j’en suis conscient, si j’y suis asservie, et si je ne désire que moi-même.

ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.

 

1. Définition des termes

• suis-je : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. Ici le sujet nous demande si je suis le sujet de mes désirs, il s’agit donc de faire un état des lieux quant à la question posée, et à ne surtout pas remplacer le verbe  être” par un autre en début d’analyse : soit je suis le sujet de mes désirs, soit je ne le suis pas. Le verbe “être” revêt aussi une dimension plus forte, “être” c’est l’essence, le fondement, la nature. Une autre dimension du sujet serait donc de se demander s’il faut focaliser sur l’état de fait : je suis ou non sujet de mon désir, ou s’il faut examiner cela de manière plus métaphysique : ce serait peut-être bien par nature / par essence que je suis ou non sujet de mon désir, cela reviendrait donc à interroger la nature du désir lui-même.

• le sujet : “être sujet de quelque chose”, cela veut d’abord dire “être sous l’autorité de”, “être assujetti à”. Dans un premier sens donc, il s’agit de se demander si je suis assujetti à mon désir, si je n’ai rien à dire face à lui, s’il me maîtrise, si je lui obéis. Ce serait donc se demander de manière moins radicale quand même si j’en suis l’esclave... Mais dans un second sens, “le sujet de quelque chose”, cela signifie le thème, ce à quoi cette chose renvoie. “Le sujet de l’émission politique ce soir sera l’avenir de la France”, par exemple. Donc, “suis-je le sujet de mon désir?”, cela reviendrait presque à se demander si ce qui est visé dans mon désir c’est moi-même, de manière égoïste et narcissique, donc. Non pas l’autre comme il apparaît en première instance, mais moi. Puis-je vraiment me désirer moi-même ? Enfin, en un troisième sens, philosophique, comme vous l’avez vu durant l’année scolaire, le mot “sujet” signifie l’être humain doué de conscience et libre de ses décisions, qui agit de manière consciente et réfléchie. C’est donc avec ces trois sens du mot “sujet” qu’il va falloir jouer ici. Mais au vu de la manière dont l’intitulé est tourné, il semble bien falloir axer d’abord sur le second sens, celui du thème : suis-je le thème de mon désir ? Est-ce que je me désire moi-même ?

• mon : possessif, qui désigne quelque chose qui m’appartient à moi et non aux autres. À noter qu’ici le possessif est au singulier, on ne s’affaire donc pas à tous nos désirs particuliers, mais à notre désir en général, en posant donc la question de savoir ce qu’il est en général et non pas dans des cas spécifiques.

• désir : terme désignant un certain nombre d’envies, de pulsions, mais d’un ordre d’abord irrationnel et / ou corporel (lorsque je veux quelque chose, ma volonté est réfléchie, mais ce n’est plus réfléchi lorsque je désire). C’est aussi plus précisément la conscience d’un manque et l’effort que nous faisons pour pallier à ce manque qui crée le désir. Avec la conscience, se rattache alors instantanément la notion de sujet, puisque comme nous l’avons vu, au sens philosophique, le sujet c’est l’être doué de conscience.

 

2. Mise en tension du sujet et problématisation

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.

Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

 

Sujet : suis-je le sujet de mon désir ?

Réponse évidente : il ne semble pas, à première vue, que je sois le sujet de mon désir, parce que le désir suppose certes un point de départ subjectif, c’est bien moi qui désire, et non un autre, mais sa finalité, quant à elle, sa visée, semble bien extérieure à moi : je ne me désire pas moi- même, mais je désire toujours un autre ou quelque chose précisément que je n’ai pas, qui me manque, qui ne fait ni partie de moi ni de mon monde.

Réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : pourtant, je suis le créateur de mes désirs, c’est moi, de par ma personnalité, mes tendances, mes envies les plus profondes, qui oriente mon désir de telle ou telle façon. C’est donc moins l’autre ou les autres qui me font désirer, que moi-même qui décide de désirer telle ou telle chose parce qu’elle me correspond, qu’elle serait donc presque l’extension de mon être, de ma personnalité. Il y aurait donc peut-être un narcissisme et un égoïsme inhérents au désir.

La tension est ici sensible : soit je suis le sujet de mon désir, au sens où ce serait finalement moi, derrière les autres, que je désirerais, soit je ne suis pas le sujet de mon désir et c’est alors les autres qui me happent et assujettissent mon désir. Soit ce dernier est égoïste et narcissique, soit il est altruiste et ouvert.

Cela amène alors la problématique : si le désir suppose forcément un sujet, c’est-à-dire un être conscient, au départ, qui désire, ce sujet est-il forcément l’objet-même de son désir ? Ne serait- ce pas là jouer avec les mots et surtout restreindre considérablement la portée du désir, l’enfermer dans un égoïsme et un narcissisme peu porteur et qui ne seraient peut-être bien que des cas très singuliers d’êtres désirants tout à fait particuliers ?

 

PROPOSITION DE PLAN 

 

Non, il ne semble pas que je sois à moi-même le sujet de mon désir.

L’autre, sujet de mon désir.

Comment se désirer soi-même? Comment tomber amoureux de soi-même sans être complètement fou ? Quel désir digne de ce nom tiendrait la route s’il n’était pas orienté vers autrui ? N’est-ce pas d’ailleurs la définition même du désir que cette attraction et ces effets qu’impulsent quelque chose d’extérieur à moi en moi ? N’est-ce pas là d’ailleurs tout le charme du désir, ainsi qu’aimait le décrit Hegel : « la rencontre en autre chose et en l’Autre est la véritable infinité » ? D’ailleurs, le mythe d’Aristophane ne nous le prouve-t-il pas, est-ce que je ne désire pas toujours cet autre qui pourrait venir me compléter, qui pourrait m’apporter ce qui me manque ? Le mythe d’Aristophane est le suivant : les Dieux ont coupé en deux les hommes qui à l’origine étaient de forme circulaire, avaient quatre bras, deux sexes, deux têtes, quatre jambes. Ils ont ainsi scindé chaque individu en deux et créé un manque viscéral de sorte que tout sa vie, tel individu recherchera son autre pour retrouver la fusion d’origine. En psychologie, on nous explique la même chose : la maman et le bébé, intra utero, ne faisaient qu’un, puis lorsque le bébé sort du ventre de sa maman, le cordon ombilical est coupé. C’est là sa plus grande tragédie et toute sa vie durant, l’homme cherchera un autre capable de recréer la fusion maternelle. Parce qu’il est un être de manque, qui ne se suffit pas à lui-même, l’homme a besoin de désirer l’autre pour se confirmer, se compléter, s’assouvir. Il ne peut être à lui-même le sujet de son désir.

 

L’autre peut même m’asservir, je suis alors son sujet à lui comme on est le sujet d’un roi, et je ne maîtrise en aucun cas mon désir.

Preuve que je ne suis pas le sujet de mon désir ? Je n’en ai pas forcément une conscience claire, mon désir par nature m’échappe et ma volonté bien souvent ne le contrôle pas. Où suis-je, moi, lorsque je ne peux m’empêcher de rougir parce que je suis troublé? Où suis-je encore, lorsqu’une fois endormi, je rêve à des choses que je n’assume pas une fois éveillé ? Où suis-je encore, quand un petit heureux après deux trois verres, j’ose dire des choses que j’aurais préféré ne jamais avoir révélées le lendemain matin ? Où suis-je, quand je désire absolument quelque chose, ou quelqu’un, que cela m’obsède, tourne continuellement dans mes pensées, sans que je ne puisse rien contrôler, comme si cela m’échappait ? « Je vois le meilleur, je l’approuve, et pourtant je fais le pire », disait à cet égard Médée, mue par un profond désir de vengeance, impulsé par son amant qui la peina énormément. L’autre, lorsque je le désire, ne m’assujettit-il pas ? Comment pourrait-on bien penser alors que je suis le sujet de mon désir sans restreindre considérablement ce pouvoir inouï qu’a l’autre sur moi, d’une part, et qu’a le désir sur moi, d’autre part, qui me contraint plus qu’il ne m’obéit, qui est le signe d’un dépassement de moi- même et de ma conscience plus que le révélateur du moi comme sujet conscient de ses actes ?

 

Mais derrière tout cela, le désir ne serait-il pas au fond tout à fait narcissique et égoïste ?

Le désir ou le jaillissement du moi à l’état brut...

Définition basique du désir comme jaillissement pulsionnel, spontané et irrationnel d’une envie, d’une pulsion, d’une velléité en moi. Le schéma du désir semble répondre à une genèse tout à fait intime : untel désire untel, pour des raisons qui sont les siennes et que nous ne comprenons pas, sinon tout le monde désirerait la même chose. Le désir dépend de l’identité de tout un chacun, de son vécu, de son histoire, de sa vision du monde. Le désir en ce sens est personnel et ne vient que de moi, il fait fi des normes, des qu’en dira-t-on, des préjugés. Cf. Descartes, dans sa Lettre à Chanut du 6 juin 1647 explique son attirance personnelle et irrationnelle pour les demoiselles qui louchent... habituellement ceci est vu comme un défaut, une anormalité, et cela n’attire pas, mais cela attire Descartes, allons savoir pourquoi. Mon désir est la marque de mes envies les plus profondes, la caractéristique d’un moi authentique, à l’état brut. Signe d’une liberté fondamentale, donc, d’une subjectivité absolue. Je suis le sujet de mes désirs parce que je ne désire que ce qui correspond à / est choisi par ma personnalité la plus profonde.

Narcissisme et égoïsme.

Je crois bien désirer les autres, autre chose que moi, mais ce ne serait finalement qu’une illusion. Ce que je désire en l’autre ne serait que ce qui se ramène à moi, à mes envies à moi les plus profondes. Comme Narcisse qui tomba amoureux de lui-même en regardant son reflet dans l’eau. Cf. le coup de foudre chez Lacan (Séminaire), qu’il explique selon un schéma ultra narcissique : lorsque je tombe amoureux de quelqu’un, ce n’est pas l’autre que je désire, mais c’est l’image que l’autre me renvoie de moi. Cf. Hegel : le désir est un désir de reconnaissance, un désir de désir, lorsque je désire je ne cherche qu’à exister pour un autre, je ne cherche qu’une image qui me serait renvoyée de moi-même. Enfin, cf. Pierre Zaoui (La traversée des catastrophes), qui explique que je pense désirer l’autre, que le désir me tombe dessus par hasard lorsqu’un autre est suffisamment audacieux pour le provoquer en moi, mais que cela n’est qu’illusion, puisque, citons Zaoui : « l’événement de l’énamoration n’est que le cache-misère ridicule d’autre chose de plus vrai et de plus profond : l’intérêt, le désir, le narcissisme ; ou encore le besoin névrotique et insatiable d’être aimé. » Pour lui, le désir de l’autre est ramené à un « intérêt qui se calcule », et non pas à un « événement qui nous tombe dessus de l’extérieur » mais qui « prend sa source en soi. »

 

Finalement, ce n’est ni l’un, ni l’autre. Car le désir est le lieu d’un jeu trouble entre l’identité et l’altérité.

Même s’il semble jaillir du tréfonds de l’être tout à fait singulier que je suis, le désir s’avère malgré tout être, à le creuser un peu, structuré par de l’identité tout autant que de l’altérité pour deux raisons.

Le désir, un produit de l’extérieur...

... mais qui me serait imposé de l’intérieur. En effet, le moi, le je, n’est pas aussi imperméable à ce qui l’entoure qu’on pourrait le supposer. Ainsi, mon désir synthétise tout un tas de normes ou d’habitudes provenant de l’extérieur, de ce qui n’est pas lui. Car ce que je suis, je ne le suis pas que de moi-même, je suis en effet fabriqué par ce qui m’entoure : mon histoire suppose des proches, un milieu, une situation, une condition. Mon désir n’est donc qu’une synthèse fort complexe entre mes envies à moi et des envies qui seraient déterminées par le dehors. La publicité est un excellent révélateur de cela : à force de nous enfoncer telle ou telle norme dans la tête, je désire finalement ce que la société a décidé qu’il fallait que je désire. Lorsque je désire, j’obéis inconsciemment à des règles que j’ai intériorisées indépendamment de moi. Cf. Tristan Garcia, L’intensité, une obsession moderne, montre que l’intensité est devenue une véritable obligation, un tel leitmotiv sociétal qu’elle devient la jauge qui évalue la fiabilité de notre vie. Je ne désire alors que de l’intense, je pense que cela vient de moi mais je ne suis que paramétré dans ce désir-là, qui n’est plus vraiment “mon” désir au sens strict du terme... puisqu’on m’a formaté à adhérer à de tels désirs.

Le but du désir : « l’identité de l’identité et de la différence »

 

Je  ne peux désirer que ce qui n’est pas moi, ce qui m’est autre, ce qui ne m’appartient pas (encore). Le but du désir serait d’assimiler l’autre, de le rendre mien. Je ne peux désirer par contre que ce qui à la base est autre, comme je ne peux digérer que ce qui à la base n’est pas encore transformé par mon système gastrique. Cf. le but du désir chez Hegel : « l’identité de l’identité et de la différence » (Phénoménologie de l’esprit), rendre moi ce qui n’est pas moi, rendre identique à moi ce qui à la base diffère. Mais c’est bien l’altérité qui me travaille, dans le désir, et tant que je n’ai pas fait cette altérité mienne, que je ne l’ai pas incluse dans mon identité, je désire. D’où d’ailleurs le fait que le désir s’arrête quand je possède la chose désirée, d’où son côté insatiable également. Cf. Lévinas : « le désirable ne comble pas mon désir mais le creuse, me nourrissant en quelque manière, toujours, de nouvelles faims. » (Totalité et infini).

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