Correction Sujet 1 Philosophie - Bac L 2017 Washington

Correction Sujet 1 Philosophie - Bac L 2017 Washington

Nous mettons à votre disposition le corrigé du sujet 1 de Philosophie du Bac L 2017 de Washington (Amérique du Nord).
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Ce sujet, « Le sens de ce que l’on dit se réduit-il à ce que l’on veut dire ? », a trait à une notion classique du programme de terminale L, le langage, faisant partie du grand domaine "La culture". Il s’agit d’un intitulé à portée métalinguistique, c’est-à-dire qui questionne le langage, ses tenants et ses aboutissants.

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Correction Sujet 1 Philosophie - Bac L 2017 Washington

Le contenu du document


LE SENS DE CE QUE L’ON DIT SE REDUIT-IL A CE QUE L’ON VEUT DIRE ?

Notion en jeu : le langage.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET 

Ce sujet, « Le sens de ce que l’on dit se réduit-il à ce que l’on veut dire ? », a trait à une notion classique du programme de terminale L, le langage, faisant partie du grand domaine ‟La culture”. Il s’agit d’un intitulé à portée métalinguistique, c’est-à-dire qui questionne le langage, ses tenants et ses aboutissants.


Plus encore, cela concerne le sens de notre parole, donc de notre langage parlé. En règle générale, on fait de la parole un langage articulé et plus ou moins réfléchi puisqu’il serait le propre de l’homme, sa spécificité. Le langage est souvent ainsi vu comme l’expression de notre intériorité, ou tout du moins comme l’expression d’une pensée que l’on veut manifester. Mais si nous maîtrisons plus ou moins ce que l’on veut dire, bien que des fois cela nous échappe, maîtrisons-nous tout le sens des mots que l’on prononce, de telle sorte que la signification de nos paroles se réduirait à la volonté qu’il y a derrière ?


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


DEFINITION DES TERMES

• le sens : le mot “sens” est polysémique, il peut vouloir dire la direction l’orientation, au sens spatial du terme, mais aussi au sens interprétatif : la signification. Ici c’est bien évidemment la question de l’interprétation qui était à retenir. Est-ce que la signification de nos dires dépend exclusivement de notre volonté ou est-ce que cela peut la dépasser ? Telle est la question posée par ce sujet.


• de ce que l’on dit : “dire” renvoie au langage parlé, à nos paroles, à l’extériorisation donc que permet le langage. Comme dit au-dessus, en règle générale, nous maîtrisons plus ou moins nos dires, au sens où lorsque nous parlons, il y a une intention derrière, nous parlons pour faire passer un message et non pour lancer une sorte de poème aux mille interprétations possibles. Le langage humain, la parole humaine, sont censées être réfléchies, l’expression d’une volonté / intention significative. On ne parle pas pour ne rien dire mais pour signifier quelque chose.


• se réduit-il : le verbe “se réduire”, tout comme des mots tels “ne que” ou “seulement”, constitue un restrictif, c’est-à-dire qu’on se demande si la chose n’est que cela et rien d’autre. Se poser la question de savoir si « le sens du langage se réduit à ce que l’on veut dire ? » revient donc à se demander si la signification de notre parole ne se trouve que dans la volonté de ce que l’on veut dire, si elle s’y réduit et ne l’excède pas, donc si on maîtrise absolument la signification et la portée de ce que l’on veut dire. 


• à ce que l’on veut dire : le verbe “vouloir” traduit ici la volonté, l’intention. Mais pas n’importe laquelle, l’intention signifiante de notre parole, c’est-à-dire ce pourquoi l’on a nous, auteur d’une parole, décidé de dire telle ou telle chose, pour amener telle ou telle signification. Mais tout comme il y a un décalage entre nos actes et les intentions qui nous ont porté à agir de telle ou telle sorte, il pourrait bien y avoir un décalage entre le sens effectif de nos paroles et l’intention portant nos paroles.


MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.

Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.


• Sujet : le sens de ce que l’on dit se réduit-il à ce que l’on veut dire ?

• Réponse évidente : il semble bien que la signification de nos paroles se réduit, en effet, aux intentions pour lesquelles on les prononce. Pourquoi ? Parce que parler pour l’homme signifie exprimer une pensée, un point de vue bien particulier, il y a toujours une intention accolée derrière... Et parce que toutes nos paroles sont soumises au jeu de la communication : si je parle, ce n’est pas pour rien mais bien pour faire passer tel ou tel message. 

• Réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : pourtant, les mots ont bien un sens qui nous échappe. Nous ne sommes pas propriétaires de ces derniers, auteurs, inventeurs, nous ne détenons pas à nous seuls leur signification, on l’adopte, sans pour autant pour autant tout maîtriser... Des fois, la parole échappe à cette simple mécanique d’expression pure et dure de notre pensée, elle s’en libère et les mots peuvent bien prendre un autre sens que la pure intention de base.


La tension est ici sensible : soit la parole prononcée a pour signification unique l’intention pour laquelle elle a été prononcée, soit elle excède cette intention et le sens de ce que l’on dit serait à trouver ailleurs (mais dans quoi ?).

Cela amène alors la problématique : sommes-nous les maîtres de ce que l’on dit, nos paroles sont-elles le strict reflet de nos intentions de dire les choses, ou arrivent-elles à s’en dégager quelque peu, à s’en libérer ? 

Parler est-ce forcément dire ce que l’on voulait dire à la base ?


PROPOSITION DE PLAN

PARTIE 1 : OUI, IL SEMBLE BIEN QUE LE SENS DE CE QUE L’ON DIT SE REDUIT A CE QUE L’ON VEUT DIRE : LA SIGNIFICATION DE NOS PAROLES SE BORNERAIT A L’INTENTION PREMIERE POUR LAQUELLE ON DIT TELLE OU TELLE CHOSE.

1. Parler, le propre de l’homme, une action réfléchie.

Le langage est souvent vu comme le propre de l’homme, sa spécificité. Il serait le signe de la présence de sa conscience et d’une volonté de s’exprimer, de manifester sa pensée sur tel ou tel sujet. C’est la position défendue par Descartes dans le Discours de la méthode, notamment. Si donc le langage est le propre de l’homme dans cette volonté d’expression, parce qu’il est conscient, il est un minimum pensé, réfléchi, soumis à une intention bien précise. On ne parle pas pour ne rien dire mais pour exprimer quelque chose qui en restant à l’intérieur de nous reste inconnue des autres. Or en parlant, il s’agirait de partager avec les autres un bout de notre intériorité, mais ce de manière bien pensée, pour que les autres nous comprennent. Alors oui le sens de ce que l’on dit apparaît bien se réduire à ce que l’on veut dire, sinon à quoi servirait-il de parler ?


2. Parler, ou faire passer un message bien précis.

Et pour aller plus loin encore, d’ailleurs, parler, qu’est-ce d’autre que faire passer un message à un destinataire ? Or si l’on veut faire passer un message, c’est bien que nos paroles sont suspendues à une intention qu’il s’agit de communiquer à autrui... L’efficace de nos dires est donc pieds et mains liés au bon partage de l’information que nous voulons communiquer. La plupart des quiproquos ou des incompréhensions vient d’ailleurs du fait d’une mauvaise communication, lorsque l’intention d’une parole n’est pas claire pour le destinataire. Preuve en est qu’il faut clairement formuler les choses pour bien faire passer le message, et qu’effectivement le sens de ce que l’on dit se réduit à ce que l’on veut dire !


PARTIE 2 : CEPENDANT, LE SENS DE CE QUE L’ON DIT APPARTIENT TOUT AUTANT AU DESTINATAIRE DE NOS PAROLES QU’A NOUS... LE JEU ENTRE L’INTENTION PREMIERE ET L’INTERPRETATION.

1. Parler, un acte qui a un auteur et un interprète

On se vexe lorsque l’on pense que l’autre était mal intentionné ou a voulu nous blesser, on a mal lorsque l’on pense qu’une parole a été prononcée pour nous dénigrer... Le panel des intentions joue dans la communication et dans la réception que l’on se fait des paroles de l’autre, certes. Bien sûr qu’il y a de l’intention dans la signification des mots prononcés, mais pas que. Ils ne sauraient s’y réduire. Car plutôt qu’à entendre le sens propre des mots prononcés sans nous poser de questions, nous interprétons sans cesse : le ton, le timbre, pour déceler au-delà du strict sens des mots la véritable intention de l’interlocuteur, que peut-être lui-même ne connaît pas. Le sens de ce que l’on dit ne se réduit pas à nos intentions, donc, mais à la manière dont nos paroles sont réceptionnées, comprises, et donc interprétées.


2. Le locataire des mots, ou lorsque le poids des mots nous excède

De plus, et c’est pour cela que nos paroles sont à tel point sujettes à l’interprétation de leur destinataire, nous ne sommes que les locataires des mots, nous ne les avons pas inventés, ils ne sont pas à notre image, purement adéquats à une intention significative bien précise. Chaque mot trompe et ment, parce que sa signification n’est pas figée. C’est l’idée que défend Nietzsche dans Vérité et mensonge au sens extra-moral. C’est aussi celle martelée par Wittgenstein, un peu partout mais plus encore dans De la certitude. Nous utilisons des mots qui ont une histoire pour nous mais pas forcément la même pour tous. Un mot n’est pas objectif, il ne nous appartient pas, il reste subjectif et forcément la personne à qui je m’adresse n’aura pas la même histoire et ne comprendra donc pas exactement la même chose que ce que j’ai voulu dire en les prononçant. Alors non, le sens de ce que l’on dit ne se réduit pas simplement à ce que l’on veut dire, il compose aussi avec l’interprétation que le destinataire de nos paroles en a. 


PARTIE 3 : LA PAROLE PRONONCEE : DE LA LIBERTE ET DU DETACHEMENT DE L’INTENTION PREMIERE.

La parole est donc plus libre que ce qu’on pourrait croire et nous ne sommes pas les maîtres absolus de cette dernière.

 

1. La liberté dans les paroles ou quand les mots se jouent de nous

Ainsi donc, lorsque je m’exprime, la parole n’est pas forcément absolument adéquate à mes pensées, sentiments, émotions, les plus profonds. Il y aurait un décalage entre ce que je voudrais exprimer et la manière dont je l’exprime, exactement comme il y aurait un décalage entre mes intentions d’agir et ma manière d’agir. Tout cela parce ce sont des faits humains, soumis à une immense subjectivité d’une part. Mais aussi parce que la parole ne peut peut-être pas exprimer absolument ce que je voudrais bien lui faire dire… De là, une certaine liberté de la parole qui se détache de mes intentions premières, alors de toutes parts le sens de ce que l’on dit excède ce que l’on veut pourtant dire.


2. La poésie comme monstration de cette liberté 

« La Terre est bleue comme une orange ». Ce vers d’Eluard symbolise à lui seul ce que sont les paroles : des choses parfaitement surréalistes, non objectives, soumises à autant d’interprétations qu’il y a de personnes pour les prononcer ou les entendre. 

La poésie en son entier est d’ailleurs la monstration de cette liberté du langage : le mot ne se réduit pas à une intention, il a son monde à lui, sa couleur, sa saveur, ses allitérations et ses assonances, qui parce qu’elles sont des morceaux de matière, les derniers morceaux de matière dans le fait humain, dit d’ailleurs Hegel dans l’Esthétique, parlent à notre sensibilité et pas seulement à notre esprit. Or l’intention, la volonté, c’est le règne de l’esprit, mais la sensibilité n’y accède pas, son mon est tout autre. Or le sens de ce que l’on dit ne peut pas se réduire à ce que l’on veut dire, parce qu’il ne se réduit pas à un sens idéaliste, détaché de notre sensibilité, mais ouvre au contraire un monde matériel et poétique, un véritable jeu avec la sensibilité qui elle, est totalement détachée des intentions.

Fin de l'extrait

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