Correction Sujet 2 Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Correction Sujet 2 Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Découvrez le corrigé du sujet 2 de Philosophie du Bac L de Pondchéry 2017.

Le sujet 2 portait sur une dissertation à réaliser, à partir de la question : Toute vérité est-elle bonne à dire ?

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Correction Sujet 2 Philosophie Bac L 2017 Pondichéry

Le contenu du document


SUJET N° 2 : TOUTE VERITE EST-ELLE BONNE A DIRE ?
NOTION EN JEU : LA VERITE.

 

AVANT PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation.

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve.

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques...

 

PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « Toute vérité est-elle bonne à dire ? », a trait à une notion classique du programme de terminale L, la vérité, faisant partie du grand domaine  La raison et le réel”, mais qui, intitulé ainsi, n’est pas tant à portée épistémologique que morale. Alors que l’épistémologie en vérité concerne le vrai et le faux, la vérité et l’erreur, la morale quant à elle concerne les règles de notre action, ce qu’il est bon et juste de faire pour éviter le mal et l’injuste.

La difficulté du sujet tient dans deux mots : le mot “toute” qui implique une totalisation et une généralisation, et le mot “bonne”, qui va à l’encontre de l’opinion courante selon laquelle effectivement, presque par nature, la vérité serait bonne à dire. Parce qu’en effet, par essence, on recherche systématiquement la vérité pour avoir un savoir des choses et du monde, mais lorsqu’on passe du domaine théorique au domaine moral, il n’est plus du tout sûr que la vérité soit la règle première car ses effets pourraient être néfastes. Ce sujet questionne donc la limite de la théorie et de la pratique, du droit et du fait, en matière de vérité et suppose qu’un changement s’opère dans le passage d’un domaine à un autre.

 

ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.

 

1. Définition des termes

• toute : l’adjectif indéfini “tout” est ici le mot-clef du sujet, il donne une dimension totalisante à la question. Il ne s’agit pas de se demander si la vérité en général est bonne à dire, mais si toute vérité est bonne à dire, si donc par nature, quelle qu’elle soit, il est bon de dire la vérité.

• vérité : au sens classique, la vérité correspond à la conformité entre un jugement, ou plus généralement une pensée affirmant quelque chose à propos de quelque chose, et la réalité à laquelle cela renvoie. C’est donc plus ou moins l’adéquation entre l’idée et le réel. Il s’agit là de la définition épistémologique de la vérité : dire vrai, ne pas se tromper. L’étymologie latine du mot, veritas, montre que la vérité signifie à la fois l’exactitude du jugement porté et la droite morale. Autrement dit, dire la vérité c’est s’engager à parler de manière droite, conformément aux faits et sans faux-semblants, ni volonté de dissimulation ou de manipulation. Là, c’est davantage la dimension morale de la vérité : ne pas mentir...

• est-elle : le verbe “être” est sans doute l’un des plus simples de la langue française. Il marque un état, voire un constat. Ici le sujet nous demande si toute vérité est bonne à dire, il s’agit donc de faire un état des lieux quant à la question posée, et à ne surtout pas remplacer le verbe  être” par un autre en début d’analyse : soit toute vérité est bonne à dire, soit toute vérité n’est pas forcément bonne à dire. Le verbe “être” revêt aussi une dimension plus forte, “être” c’est l’essence, le fondement, la nature. Une autre dimension du sujet serait donc de se demander s’il faut focaliser sur l’état de fait : toute vérité est ou non bonne à dire, ou s’il faut examiner cela de manière plus métaphysique : ce serait peut-être bien par nature / par essence toute vérité est ou n’est pas bonne à dire, ce qui reviendrait donc à interroger la nature de la vérité elle-même.

 

• bonne : adjectif qui signifie que c’est bien, que c’est juste, que cela est positif. Si toute vérité n’est pas bonne à dire, ce n’est pas parce que ce serait mal de dire la vérité, mais bien plutôt qu’il y aurait des conséquences néfastes à le faire. On n’interroge moins le droit, ce qui se passe en principe, que le fait, ce qu’il en est dans la réalité.

• à dire : ici, le verbe “dire” est à prendre au sens large. Toute vérité est-elle bonne à dire, signifie peut-on toujours l’énoncer, la partager, la formuler à autrui ?

2. Mise en tension du sujet et problématisation

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.

Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

Sujet : toute vérité est-elle bonne à dire ?

 

Réponse évidente : oui, il semble bien, à première vue, que toute vérité est bonne à dire. En effet, comment vivre dans un monde où l’erreur et l’incertitude régneraient, d’une part, et où le mensonge et la méfiance seraient lois ? Par nature et par principe, donc, il semble évident que toute vérité est bonne à dire, comme s’il y avait ni plus ni moins qu’un devoir de vérité.

Réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : néanmoins, si en principe la réponse semble évidente, dans les faits il peut en être autrement. En effet, une vérité peut faire mal, ou peut avoir des effets dévastateurs. Dire la vérité peut, en moindre mal, vexer, blesser une personne. Et dans le pire des cas, mener à sa mort : si un SS venait chez moi pour savoir si mon voisin est juif, et que je lui dis la vérité, alors il y a des vies en jeu. Le devoir d’humanité est ici supérieur au devoir de vérité. Les faits rattrapent les principes et les nuancent.

La tension est ici sensible : soit toute vérité est bonne à dire, et alors je ne déroge pas à la règle et dans les faits, quoiqu’il arrive, je dis la vérité. Soit toute vérité n’est pas bonne à dire, et je dois trouver la limite pour ne pas tomber dans un relativisme radical.

Cela amène alors la problématique suivante : est-ce qu’il n’y aurait pas, dans le domaine de la vérité, une fracture, entre ce qui vaut en principe, dans la sphère des idées, de la théorie, et en fait, dans la sphère des choses concrètes, de la pratique ? Est-ce que par principe il n’est pas évident que toute vérité est bonne à dire alors qu’en droit il va de soi que ce n’est pas le cas ? Mais alors, comment faire pour ne pas tomber dans un relativisme radical en matière de vérité, et pour faire en sorte que ce qui vaut par principe ne se trouve pas forcément balayé par le domaine de la pratique ? Comment trouver ici une juste mesure, pour un sujet aussi idéaliste que la vérité mais qui se heurte sans cesse aux cas concrets ?

 

PROPOSITION DE PLAN 

Oui, il semble bien que toute vérité est bonne à dire, puisque la vérité est ce qui assure une certaine stabilité du monde dans lequel on vit.

La vérité, socle des relations humaines et d’une vie en commun.

La vérité est ce sur quoi se fondent les relations humaines, qui reposent sur la confiance, la fidélité, la loyauté. Un menteur s’expose à rompre toute confiance possible avec ses interlocuteurs et menace ainsi les relations humaines. Car une fois que l’on sait que quelqu’un nous a menti, tout se passe comme si le contrat de confiance était définitivement rompu. « Ce qui me bouleverse ce n’est pas que tu m’aies menti, c’est que désormais je ne pourrai plus te croire », écrit ainsi Nietzsche.

La quête de la vérité, de plus, est ce qui nous permet, épistémologiquement, de créer un monde en commun : la vérité étant universelle, elle pose un consensus : oui la Terre est ronde pour tous, elle tourne pour tous autour du soleil, oui 2 + 2 font 4 et le langage n’est pas subjectif, ce sans quoi nous ne pourrions nous comprendre. Comme le disait Nietzsche dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, il y a un sens pratique à la vérité : la fabrication d’un monde commun et la viabilité de ce monde.

Le devoir de vérité ou la vérité comme bien.

La vérité alors semble bien ne pas être seulement un idéal de connaissance, mais aussi un véritable devoir, quelque chose de moral, donc. Elle s’oppose au mensonge, à la mauvaise intention de falsifier le vrai et à la duplicité. Pour que les mots continuent à faire sens sans tomber dans le paradoxe, et pour que les relations humaines soient viables, nous devons dire la vérité.

 

S’il y a un devoir de vérité, il y a un manichéisme à l’œuvre. Le manichéisme, c’est ce qui oppose le bien et le mal. Avec le devoir de vérité, on dit que la vérité c’est bien, que le mensonge c’est mal, et que c’est là la seule alternative possible. En ce sens, dire toujours la vérité est de l’ordre de l’impératif moral, on fauterait à ne pas le faire, ce serait mal. Alors évidemment que oui, toute vérité est bonne à dire, puisque la vérité c’est le bien.

 

Dans les faits, toute vérité n’est pas forcément bonne à dire, quand ses effets sont plus néfastes que sa valeur notamment.

Il serait bon ici d’opposer la valeur supérieure de la vérité en droit à sa valeur amoindrie dans les faits quand elle implique une contre-indication morale. Ce pourquoi nous faisons part ici de la querelle entre Kant et Constant, en petit 1 et petit 2.

Quels que soient ses effets, il faut dire la vérité car ne plus la dire mènerait à la destruction du monde...

« Être véridique dans les propos qu’on ne peut éluder, c’est là le devoir formel de l’homme envers chaque homme, si grave que soit le préjudice qui puisse en résulter pour lui ou pour autrui » (D’un prétendu droit de mentir par humanité). Telle est la position de Kant, qui est sans détour. Kant en effet fait de la véracité un devoir absolu et considère qu’un mensonge est une injustice contre quelqu’un en particulier (l’interlocuteur du menteur) mais aussi à l’égard de l’humanité en général, car alors on ne respecte plus les hommes. La vérité est un impératif absolu de sorte qu’on ne peut vouloir moralement que la dire et ce quelles que soient les circonstances : il faut pour Kant toujours dire la vérité, ce sans quoi l’humanité tout entière serait mise en péril : « car [en mentant] je fais en sorte, autant qu’il est en mon pouvoir, que des propos ne trouvent aucun crédit et par suite que tous les droits qui sont fondés sur des contrats deviennent caducs et perdent toute leur force, ce qui est tort commis à l’égard de l’humanité en général. Car le mensonge nuit toujours à autrui : même s'il ne nuit pas à un autre homme, il nuit à l'humanité en général et rend vaine la source du droit. »

Le devoir de vérité passe après le devoir d’humanité, donc non, toute vérité n’est pas bonne à dire.

Constant, contre Kant, refuse de prendre le devoir de vérité au sens strict pour trois raisons :

- si le devoir de vérité était pris au sens strict comme devoir absolu et inconditionné ne souffrant aucune exception, il rendrait toute société humaine impossible. Il y a des cas où le devoir commande de mentir, par humanité, par politesse, pour sauver une vie, pour éviter un plus grand mal.

- un devoir n’existe que là où existe un droit réciproque. Où il n’y a pas droit à la vérité, il n’y a pas non plus devoir de vérité.

- je ne dois la vérité qu’à celui qui la mérite, qui en est digne, qui me respecte et ne me nuit pas.

Pour Constant, dire la vérité n’est pour moi un devoir qu’envers celui qui a droit, selon moi, à la vérité, c’est-à-dire celui qui ne s’oppose pas à mon bien. Tous n’ont donc pas également droit au vrai. Seuls certains en sont dignes. Constant arrache le devoir de véracité à l’universalité rigoureuse que Kant lui attribue. Il veut une morale souple, adaptable aux divers cas. Face à l’implacable nécessité de l’impératif catégorique moral kantien, il réclame une morale malléable et casuistique. Par exemple, l’hôte doit-il mentir à l’assassin venu tuer son ami afin de sauver la vie de ce dernier ? Ce cas invite, au nom du bon sens, à sacrifier le devoir de véracité et à renoncer à toute prétention à des principes supposés valoir toujours et partout. Constant oppose ainsi au rigorisme kantien l’impossibilité d’ériger la prohibition du mensonge en principe absolu, sous peine d’armer le bras de l’assassin.

 

Un manichéisme de la vérité avec une ligne de partage bien délimitée.

Des exceptions pratiques au devoir théorique de vérité, mais bien délimitées.

Il ne faut pas tomber dans le relativisme, eu égard à un sujet comme la vérité. Comme d’autres sujets qui touchent à des idéaux, il semble falloir garder des principes solides : il faut toujours dire la vérité, parce que c’est bien, mais dès lors que les faits viennent renverser ce manichéisme, alors il ne faut pas dire la vérité. Dans certaines circonstances particulières en effet, dire la vérité serait tellement brutal que cela risquerait de retourner le manichéisme et de faire plus de mal que de bien.

Ainsi, il semble bien y avoir des exceptions (pratiques) au devoir (théorique) de toujours dire la vérité : le devoir de vérité n’est jamais seul, par exemple, et il entre parfois en conflit avec un devoir d’humanité. Il peut aussi arriver que des personnes soient amenées à mentir pour de bonnes raisons : le médecin par exemple (un malade peut être tenu en ignorance d’un diagnostic grave dans son intérêt), ou l’État (secret d’État), etc.

Mais en règle générale, il faut que le devoir de vérité persiste et soit érigée comme règle universelle d’action, ce sans quoi le monde ne tournerait pas rond et la vie ensemble serait impossible et vouée au chaos : on voit à cet égard toute la difficulté dans notre monde actuel à croire en nos politiques, et à nous créer un avenir, puisque nos dirigeants se permettent de nous trahir sur beaucoup de plans, ce qui met en péril toute organisation politique, tout espoir d’une construction en commun et d’un monde viable pour tous.

 

Ne pas plier sur l’exigence de vérité épistémologique, par contre.

Nous l’avons vu, le sujet est d’abord et avant tout moral. Mais comme dit en définition des termes, la vérité a également – et avant tout – une dimension épistémologique, elle est l’adéquation entre le jugement et le réel. S’il nous pouvons nuancer le devoir de vérité lorsqu’un devoir d’humanité lui est supérieur, nous devons garder l’intransigeance de la vérité scientifique, ou politique, par contre. Ne pas dire le vrai en sciences, cela signifie que nous ne pouvons vivre dans un monde commun. Cf. Wittgenstein, pour lequel la base d’une vie ensemble est l’accord sur des vérités générales communes, qu’il faut dire et révéler, pour ne pas tomber dans le relativisme et l’obscurantisme.

Fin de l'extrait

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