Corrigé Sujet 2 Philosophie - Bac L Liban 2016

Corrigé Sujet 2 Philosophie - Bac L Liban 2016

Nous vous proposons le corrigé du sujet 2 de Philosophie du Bac L du Liban 2016.

"L'esprit doit-il quelque chose au corps ?" est le second sujet de dissertation de l'épreuve de Philosophie du Bac L du Liban 2016. Plusieurs notions sont en jeu : la matière et l'esprit, la conscience et le devoir. Notre professeur a rédigé pour vous la présentation et l'analyse du sujet, ainsi qu'un plan détaillé répondant à la problématique.

Téléchargez gratuitement ci-dessous le sujet corrigé de Philosophie du Bac L du Liban 2016 !

Corrigé Sujet 2 Philosophie - Bac L Liban 2016

Le contenu du document


SUJET 2 : L’ESPRIT DOIT-IL QUELQUE CHOSE AU CORPS ?

Notions en jeu : matière et esprit, conscience, devoir.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet de dissertation. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs. Ce corrigé se veut donc avant tout une explication du sujet et de ses attentes, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


PRESENTATION DU SUJET

Ce sujet, « L’esprit doit-il quelque chose au corps ? » a trait à une notion fondamentale et très transversale du programme de terminale L, matière et esprit, faisant partie du grand domaine “la raison et le réel”. Notons aussi la présence du devoir, du domaine de “la morale”, donc.

Cette question est à double tiroir : il va s’agir de se demander d’abord si l’esprit doit quelque chose au corps, s’il lui est redevable de quelque chose, donc (premier sens du verbe “devoir”, ici), et corrélativement, si en retour l’esprit a des devoirs envers le corps (second sens du verbe “devoir”, compris au sens fort de “devoir moral”).

Ce sujet est donc à portée à la fois ontologique, ce qu’il en est dans l’ordre de l’être (dualisme, matérialisme, etc.) et moral, l’esprit a-t-il des devoirs envers le corps, et le corps a t-il donc des droits ? Une manière finalement tout à fait originale de concevoir les rapports entre le corps et l’esprit, que la tradition philosophique se borne à considérer sous l’angle ontologique seulement.


ANALYSE DU SUJET

Ce travail d’analyse correspond à ce que vous devez faire au brouillon pour vous approprier le sujet dans toute sa dimension. Ce travail est absolument indispensable pour vous permettre de cibler le sujet et de ne pas faire de hors-sujet.


DEFINITION DES TERMES

• l’esprit : l’esprit définit le principe de la pensée et de la réflexion humaine. Il constitue une substance séparée du monde physique, qui a son mode de fonctionnement propre et qui peut exister sans la matière (pensons au Saint Esprit, qui existe au-delà de son incarnation). Mais l’être humain, être doté de raison, n’a pas un esprit pur, détaché de toute matière, mais un esprit incarné, un esprit qui fait corps. Ainsi, il offre une configuration tout à fait spécifique de l’esprit, qui n’est plus séparé. De sorte que la question posée par le sujet fait tout son sens.


• doit-il (quelque chose) : c’est le mot clef du sujet, celui autour duquel la problématique va se centrer. Au sens courant, “devoir quelque chose à quelqu’un”, c’est reconnaître un dû, c’est être redevable à quelqu’un pour x raisons. L’esprit est-il redevable au corps de quelque chose ? C’est la première question que pose ce sujet. Mais au sens strict, le devoir est d’ordre moral : il y a des devoirs d’un côté quand il y a des droits de l’autre. L’esprit doit-il respecter le corps ? A t-il des devoirs envers ce dernier ? C’est la deuxième question posée par le sujet. 


• corps : le corps est un morceau, un fragment de matière, délimitable par sa position dans l’espace. C’est une réalité en principe soumise à l’ordre de la nature et à ses lois. Elle peut avoir une existence tout à fait indépendante du corps (corps inerte, corps animaux) mais dans le cadre de l’individu humain, elle compose avec un esprit auquel elle est unie : on parlera alors de corps animé et d’esprit incarné. C’est ce dernier sens du corps qui est ici convoqué par ce sujet.


MISE EN TENSION DU SUJET ET PROBLEMATISATION

Mettre en tension le sujet, c’est trouver deux réponses qui font faire un grand écart au sujet, qui le tirent dans un sens et dans l’autre comme on peut étirer un élastique vers deux extrémités. Sans mettre en tension le sujet, on ne peut pas le problématiser, c’est-à-dire voir le problème sous-jacent au sujet, le problème que pose la question même du sujet. Et si on ne voit pas ce problème, on se contente de répondre à la question posée, ou de reformuler le sujet, mais sans le problématiser. Alors on ne répond pas aux attentes de la dissertation de philosophie, qui suppose une aptitude à problématiser.


Pour mettre en tension le sujet, on va proposer deux réponses a priori opposées, l’une évidente, qui nous vient à l’esprit le plus spontanément, l’autre qui vient la réfuter ou en montrer les limites.

  • sujet : l’esprit doit-il quelque chose au corps ?
     
  • réponse évidente :  non,  spontanément, il ne semble pas du tout que l’esprit doive quoi que ce soit au corps. En effet, dans notre tradition judéo-chrétienne, n’apprend-on pas sans arrêt que le corps doit être contrôlé, maîtrisé, limité par l’esprit ? Le corps n’est-il pas cette réalité vile qui, si on l’écoute de trop, dégrade l’esprit et l’empêche ?
     
  • réponse opposée qui réfute la première réponse ou en montre les limites : pourtant, étant incarné en l’homme, l’esprit, dans cette configuration tout à fait spécifique, ne doit-il pas au corps, au minimum, d’y être logé, et d’y trouver corrélativement un substrat mais aussi un vecteur avec le monde ? Le corps n’est-il pas alors ni plus ni moins la condition du monde pour l’esprit, et en ce sens l’esprit ne doit-il pas énormément au corps, qui lui permet l’existence au sein du monde ?

 


↳ La tension est ici sensible : soit l’esprit doit quelque chose au corps, soit il ne doit rien ou pas grand-chose.


Cela amène alors la problématique : peut-on penser que le dualisme des substances a encore cours dans l’être humain, être dont le corps est animé et l’esprit est incarné ? L’être humain n’est-il pas une configuration telle que l’esprit comme le corps s’y trouvent dans des positions inouïes, les faisant se rencontrer et être complémentaires l’un de l’autre, et non pas deux substances opposées se faisant face ? Dans ces conditions, la supériorité de l’esprit sur le corps ne doit-elle pas être remise en question, de sorte que l’esprit reconnaisse qu’il est redevable de quelque chose au corps (de quoi ? telle est la question) et qu’en retour il ait des devoirs envers ce dernier ?


PROPOSITION DE PLAN

I. Non, l’esprit ne doit rien au corps, bien au contraire...

1. Le corps, tombeau de l’âme.

« Vivez selon la chair et vous mourrez, vivez selon l’esprit et vous vivrez », s’écrit saint Paul (Épître aux Romains). Dans une forte position dualiste, entendons par là un dualisme des substances, cette conception des choses qui distingue essentiellement deux domaines dans la réalité, le spirituel ou l’idéel, le corps est souvent entendu comme le degré de réalité moindre, dégradé, qui ne fait que corrompre l’esprit s’il est en quelque façon que ce soit en contact avec lui, et qui finalement l’empêche de se déployer dans toute sa splendeur. L’esprit y loge, mais à quelles conditions ! « L’âme devient folle dans un premier temps chaque fois qu’elle est enchaînée à un corps mortel » dit ainsi Platon (Timée), décrivant ailleurs une « âme terreuse » lorsqu’elle est associée à un corps (République), un corps alors vu ni plus ni moins que comme tombeau de l’âme (Gorgias, le jeu de mots du “σωμα” – corps, “σεμα” – tombe).


2. Une lutte perpétuelle.

Dans ces conditions, vivre vraiment c’est apprendre à mourir au corps, à se détacher de ce dernier. L’esprit et le corps sont dans une lutte perpétuelle, l’esprit devant apprendre à garder le contrôle et à tenir les rênes, pour ne pas se dégrader dans une réalité matérielle qui n’est pas sienne et où il est en danger. Ainsi, l’esprit doit lutter contre les passions du corps qui peuvent l’enchaîner, contre les désirs qui peuvent l’amollir et amener l’individu dans une vie de démesure irrationnelle, contre les penchants sensibles d’une volonté qu’il faudrait bien plutôt habituer à être raisonnable, ou encore contre les pulsions instinctives d’un inconscient qui est tout sauf spirituel et qui engendre d’immenses paradoxes d’irrationalité, dans la connaissance, l’esprit ne doit pas faire confiance au corps (cf. le morceau de cire de Descartes). Le corps, en plus de risquer d’être un tombeau pour l’esprit, est une arène et sans cesse l’esprit doit se battre pour garder l’emprise sur le corps.


↳ Ainsi, non, l’esprit ne doit rien au corps, sa vie et sa densité se trouvant ailleurs, dans un là-bas tout à fait éloigné de l’ici-bas terreux et matériel. À tel point que la félicité de l’esprit se trouve dans la mort biologique, lorsqu’enfin il se détache pour de vrai du corps auquel il est associé... Mais l’esprit ne doit-il vraiment rien à cette association au corps ? Ne gagne-t-il rien du tout à être, finalement, ce qu’on pourrait appeler le “locataire” du corps ? Dans ce cas, pourquoi une telle union en l’homme ?


II. Au moins, le corps comme habitat, comme réceptacle, comme vecteur avec le monde.

1. Le corps comme support, comme ce qui permet la présence au monde.

Au minimum, ce que l’esprit doit au corps c’est malgré tout qu’il lui fournit un réceptacle, un lieu matériel où se loger pour être au monde, pour avoir une existence matérielle. Le corps est alors le lieu d’une sorte d’incarnation, et l’esprit est alors au monde par le corps. Et c’est déjà beaucoup, car finalement que serait un esprit désincarné ? Quelles seraient ses potentialités ? Pas grand-chose, nous dit par exemple Hegel, selon lequel pour se développer l’esprit doit forcément passer par son autre, la matière, la nature ou le corps. Cf. Merleau-Ponty, « mon corps est la condition du monde » (Phénoménologie de la perception).


2. Le corps comme agent du monde, créateur de connaissance

Le corps mettant en contact l’esprit et le monde, intervient pour l’esprit comme un agent du monde : par lui, par la perception, les affects, les impressions, le corps envoie de multiples informations mondaines et matérielles à l’esprit, qui les interprète, les traduit, les pense. Cf. les penseurs matérialistes de la connaissance, comme Hobbes, qui explique que l’idée n’est que la traduction d’une image venue du corps (Eléments de la loi), ou encore Hume pour qui toute connaissance provient d’une observation habituelle puis d’une induction : je vois nombre de fois le soleil se lever le matin, j’en induis qu’il se lèvera toujours et que c’est une loi universelle (Enquête sur l’entendement humain). La définition de la vérité ne met-elle pas en lien la raison et le réel, par le corps, en vérifiant que notre jugement entre bien en adéquation avec la chose ? Si… De sorte que « toute la connaissance, toute la pensée objective vivent de ce fait inaugural que j’ai senti » (Husserl, Expérience et jugement).


↳ Si tant est qu’on sépare le corps et l’esprit, cela veut dire que le matérialisme n’a pas lieu d’être, alors dans une vision autre que matérialiste (où l’esprit est corps), le minimum que l’esprit doit au cœur c’est alors déjà beaucoup, c’est d’être un réceptacle vecteur entre l’esprit et le monde, d’être la condition du monde... ce sans quoi le monde ne serait qu’une idée vide, une idée de papier. Pour cela, parce qu’il lui doit finalement l’essentiel, l’esprit n’en tire-t-il pas un véritable devoir envers le corps ?


III. Le devoir de l’esprit envers le corps : le considérer comme corps vécu, comme sujet, comme tout, comme un corps animé.

1. Consubstantiation.

Dans l’union de l’âme et du corps, comme le précise Descartes, il n’y a pas seulement deux substances distinctes, mais une troisième notion, équivalant à leur union, et dans laquelle esprit et corps ne faisant qu’un, ne peuvent plus se dissocier. « La nature m’enseigne par ces sentiments […] que je ne suis pas seulement logé dans mon corps ainsi qu’un pilote en son navire mais que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé que je compose comme un seul tout avec lui » (Méditations métaphysiques). Dans le cadre d’une union entre eux deux, c’est au sens fort qu’il faut parler d’un esprit incarné, un esprit qui se fait chair, qui se fait corps, qui se matérialise, donc ; et inversement c’est tout aussi au sens fort qu’il faut alors convoquer l’idée d’un corps animé de toute part, bien loin d’un corps inerte totalement vide de sens et d’esprit, un corps spiritualisé. Il y a alors consubstantiation et non plus un strict dualisme des substances. Alors l’esprit comme le corps se doivent beaucoup, l’esprit devant au corps d’y vivre.


2. Le corps sujet de droit.

Parce qu’il doit beaucoup au corps, l’esprit lui doit aussi quelque chose qui est de l’ordre du devoir. Il va s’agir de considérer le corps à égalité, de le respecter plutôt que de le dominer à outrance, de garder intacte sa liberté, de ne pas penser qu’on le possède de toute part et que la volonté peut tout de lui. Le corps animé étant un corps vécu, impossible en effet de le considérer sur le mode de l’avoir, comme une simple chose, un objet indifférent et extérieur. Il est au contraire à penser comme sujet. Cf. le courant phénoménologique : « la véritable existence du corps n’est pas celle d’un être objectif, c’est le corps propre, corps que je suis et non corps que j’ai. […] Le corps est sujet, et le sujet est corps » (Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception). 

Le devoir de l’esprit envers le corps le constituera alors pleinement comme corps sujet de droit, envers lequel l’esprit a des devoirs donc, et non plus les pleins pouvoirs. Il faut respecter le corps, et ne plus pouvoir lui faire faire et subir n’importe quoi. Étant corps vivant et corps vécu, il est un havre de vie, et la vie a des droits. Exit l’habeas corpus, le corps dont on dispose à merci, et bienvenue au corps sujet de droit et aux lois bioéthiques qui le protègent et qui rappellent bien que sans le corps, l’esprit ne serait rien. Cf. la genèse de la conscience qui passe par le corps, du cogito ergo sum de Descartes, où je me sens penser, à la conscience naissant dans le toucher et dans la peau chez les psychologues (Dolto, Anzieu).

Fin de l'extrait

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