Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac L Métropole 2016

Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac L Métropole 2016

digiSchool Bac L vous propose le corrigé du sujet 3 de Philosophie du Bac L 2016.

Notre professeur a rédigé la correction de l'explication de texte d'ARDENDT, Vérité et Politique, sur le fait historique.

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Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac L Métropole 2016

Le contenu du document

 

SUJET 3 : EXPLICATION DE TEXTE

TEXTE D’ARENDT SUR LE FAIT HISTORIQUE

Notions en jeu : l’histoire, l’interprétation.

 

AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des  attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…

 

TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« Est-ce qu'il existe aucun fait qui soit indépendant de l'opinion et de l'interprétation ? Des générations d'historiens et de philosophes de l'histoire n'ont-elles pas démontré l'impossibilité de constater des faits sans les interpréter, puisque ceux-ci doivent d'abord être extraits d'un chaos de purs événements (et les principes du choix ne sont assurément pas des données de fait), puis être arrangés en une histoire qui ne peut être racontée que dans une certaine perspective, qui n'a rien à voir avec ce qui a eu lieu à l'origine ? Il ne fait pas de doute que ces difficultés, et bien d'autres encore, inhérentes aux sciences historiques, soient réelles, mais elles ne constituent pas une preuve contre l'existence de la matière factuelle, pas plus qu'elles ne peuvent servir de justification à l'effacement des lignes de démarcation entre le fait, l'opinion et l'interprétation, ni d'excuse à l'historien pour manipuler les faits comme il lui plaît. Même si nous admettons que chaque génération ait le droit d'écrire sa propre histoire, nous refusons d'admettre qu'elle ait le droit de remanier les faits en harmonie avec sa perspective propre ; nous n'admettons pas le droit de porter atteinte à la matière factuelle elle-même. Pour illustrer ce point et nous excuser de ne pas pousser la question plus loin : durant les années vingt, Clémenceau, peu avant sa mort, se trouvait engagé dans une conversation amicale avec un représentant de la République de Weimar au sujet des responsabilités quant au déclenchement de la Première Guerre mondiale. On demanda à Clémenceau : ‟à votre avis, qu’est-ce que les historiens futurs penseront de ce problème embarrassant et controversé ?” Il répondit : ‟ça, je n’en sais rien, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’ils ne diront pas que la Belgique a envahi l’Allemagne. »

ARENDT, « Vérité et politique », 1964. 

 

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 

 

PRESENTATION DU SUJET 

Ce texte d’Arendt a trait à deux notions classiques du programme de terminale L, l’histoire, faisant partie du grand domaine ‟La culture”, et l’interprétation, appartenant quant à elle au grand domaine de ‟la raison et du réel”. Ce texte a trait aux rapports qu’entretiennent l’histoire et l’interprétation.

Il s’agit plus précisément d’un texte à dimension ontologique, qui questionne quant à la réalité ou non du fait historique, savoir s’il s’agit d’une construction mentale de l’historien, ou d’une réalité tout à fait objective.

 

ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.). 

• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.

• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.

• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.

 

Situation du texte

Dans ce texte, extrait de « Vérité et politique », Arendt...

 

Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait) 

... s’intéresse à l’existence du fait historique.

 

Thèse du texte (point de vue défendu par Arendt)

Pour Arendt, il y a des faits en soi, indépendamment de ce que l’on peut en penser. Le fait historique n’est donc pas pure construction mais existe dans la réalité, malgré toute la reconstruction interprétative qu’en fait l’historien.

 

Problème du texte

Mais alors comment se fonde l’interprétation historique d’un fait réellement existant ? Est-elle objective ou purement interprétative ?

 

Enjeu

La valeur épistémologique de l’histoire, science exacte ou littérature interprétative.

 

Annonce du plan (étapes par lesquelles Arendt procède). 

Pour mener à bien son argumentation, Hannah Arendt procède en trois temps. D’abord, elle pose la question sur laquelle elle va se pencher durant ce texte : « est-ce qu’il existe un fait [historique] indépendant de l’opinion et de l’interprétation ? », à laquelle elle répondra dans un premier temps par la conception traditionnelle faite de l’historien : non, il n’existe pas de fait historique à l’état pur, le fait historique est un travail de construction et d’interprétation par un historien, en dehors de l’historien il n’existe pas, indélimité dans le chaos magmatique du cours de l’histoire. Dans un second temps, Arendt ne réfute pas cette conception, mais dit qu’elle ne saurait pour autant renier toute existence factuelle au fait historique. Autrement dit on peut tout à fait interpréter, construire historiquement un fait, sur quelque chose de déjà existant. Et finalement, dire cela, considérer que le fait historique est à la fois construit et réel, permet d’avoir une position morale vis-à-vis de l’histoire : ne pas lui porter atteinte en la dénaturant ou en plongeant certains pans de cette dernière dans l’oubli (en disant par exemple que cela n’a jamais existé). Pour conclure son argumentation, Arendt finit par un exemple basique lui servant d’illustration : on peut dire ce que l’on veut de la Première Guerre Mondiale, jusqu’à un certain point, celui de la réalité factuelle : la Belgique n’a pas envahi l’Allemagne et il serait insensé de défendre cette position.

 

PROPOSITION DE PLAN

I. Le fait historique, une construction par l’historien

« Est-ce qu'il existe aucun fait qui soit indépendant de l'opinion et de l'interprétation ? Des générations d'historiens et de philosophes de l'histoire n'ont-elles pas démontré l'impossibilité de constater des faits sans les interpréter, puisque ceux-ci doivent d'abord être extraits d'un chaos de purs événements (et les principes du choix ne sont assurément pas des données de fait), puis être arrangés en une histoire qui ne peut être racontée que dans une certaine perspective, qui n'a rien à voir avec ce qui a eu lieu à l'origine ? » 

↳ Question de départ, sur laquelle Arendt va se focaliser durant ce texte : le fait historique existe-t-il indépendamment de l’opinion et de l’interprétation, a-t-il une existence réelle et concrète ? Arendt débute sa réponse en considérant l’opinion courante quant à ce sujet, celle selon laquelle l’historien est celui qui construit presque de toutes pièces le fait historique, pour deux raisons : 1) il arrive à extraire ledit fait historique d’un pur chaos duquel rien ne se délimite, c’est donc par son choix que le fait historique se construit, un choix qui n’est pas donné dans les faits, 2) il donne sens à ce fait historique en l’imbriquant, en le mettant dans la perspective d’une histoire... qui à l’origine est différente parce que chaotique, dénuée de sens.

 

II. Le fait historique, une réalité qui existe avant d’être reconstruite

« Il ne fait pas de doute que ces difficultés, et bien d'autres encore, inhérentes aux sciences historiques, soient réelles, mais elles ne constituent pas une preuve contre l'existence de la matière factuelle, pas plus qu'elles ne peuvent servir de justification à l'effacement des lignes de démarcation entre le fait, l'opinion et l'interprétation, ni d'excuse à l'historien pour manipuler les faits comme il lui plaît. Même si nous admettons que chaque génération ait le droit d'écrire sa propre histoire, nous refusons d'admettre qu'elle ait le droit de remanier les faits en harmonie avec sa perspective propre ; nous n'admettons pas le droit de porter atteinte à la matière factuelle elle-même. »

↳ Selon Arendt, ce travail de construction et d’interprétation fait par l’historien est bel et bien réel mais ne saurait remettre en cause l’existence réelle des faits historiques. De sorte que cela fonde une limite au travail de l’historien qui ne peut pas interprété de manière infinie, qui ne peut pas non plus refaire l’histoire totalement, sans aucun souci empirique de ce qu’il s’est passé. Il s’agit là pour Arendt d’une limite d’ordre morale : il ne faut « pas porter atteinte à la matière factuelle elle-même ». On pense ici par exemple au négationnisme, qui porte atteinte à l’histoire et à l’humanité en reniant le génocide des Juifs sous la Seconde Guerre mondiale. Il est tout à fait possible qu’Arendt pense à cela, cette dernière étant juive d’une part, et ayant écrit sur la Shoah, d’autre part.

 

III. Démonstration par l’exemple de Clémenceau

« Pour illustrer ce point et nous excuser de ne pas pousser la question plus loin : durant les années vingt, Clémenceau, peu avant sa mort, se trouvait engagé dans une conversation amicale avec un représentant de la République de Weimar au sujet des responsabilités quant au déclenchement de la Première Guerre mondiale. On demanda à Clémenceau : ‟à votre avis, qu’est-ce que les historiens futurs penseront de ce problème embarrassant et controversé ?” Il répondit : ‟ça, je n’en sais rien, mais ce dont je suis sûr, c’est qu’ils ne diront pas que la Belgique a envahi l’Allemagne. »

↳ Là, Arendt fait précisément ce qu’il ne faut pas faire le jour du bac en terminales, c’est-à-dire s’arrêter d’argumenter pour faire comprendre les choses par un exemple ! ;-)  

L’exemple est celui de Clémenceau après la Première Guerre Mondiale, à qui l’on demande comment sera interprété cet événement historique, ce à quoi il répond qu’il n’en a aucune idée, excepté qu’on ne dira pas qu’il s’agit d’une guerre de la Belgique contre l’Allemagne. Ce qui signifie que l’historien ne peut pas dénaturer totalement le fait historique quand celui-ci a des caractères objectifs, ici un caractère spatial et national notamment : la Belgique n’a en effet jamais envahi l’Allemagne. La science historique a donc malgré tout, un devoir minimal d’adéquation à la réalité, de l’ordre du respect moral.

Fin de l'extrait

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