Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac L Washington 2016

Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac L Washington 2016

Notre professeur de Philosophie vous propose le corrigé de l'explication de texte de l'épreuve de Philosophie du Bac L de Washington 2016.

Vous trouverez une présentation et une analyse rapide du texte de Marx, ainsi qu'une proposition de plan répondant au sujet posé.

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Corrigé Sujet 3 Philosophie - Bac L Washington 2016

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SUJET 3 : EXPLICATION DE TEXTE

Texte de Marx sur la liberté pratique

Notions en jeu : liberté, travail.


AVANT-PROPOS

Il est avant tout primordial de comprendre que ces éléments de corrigé ne constituent en aucun cas un “corrigé type”, mais seulement des exemples de traitement possible de ce sujet d’explication de texte. 

En philosophie la démarche de pensée individuelle et la logique de l’argumentation est ce qui rendra un travail bon le jour de l’épreuve. 

Il n’y a pas un plan possible mais plusieurs, même s’il faut méthodiquement procéder de manière linéaire (expliquer ligne après ligne, du début à la fin, et montrer comment l’argumentation se déroule). Ce corrigé se veut donc avant tout une explication d’un texte et des attentes que suppose cette épreuve différente de la dissertation, et non un corrigé type comme on pourrait en trouver en sciences dures : mathématiques…


TEXTE A EXPLIQUER

Expliquer le texte suivant : 

« Le royaume de la liberté commence seulement là où l’on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l’extérieur ; il se situe donc, par nature, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. De même que l’homme primitif doit lutter contre la nature pour pourvoir à ses besoins, se maintenir en vie et se reproduire, l’homme civilisé est forcé, lui aussi, de le faire, et de le faire quels que soient la structure de la société et le mode de la production. Avec son développement s’étend également le domaine de la nécessité naturelle, parce que les besoins augmentent ; mais en même temps s’élargissent les forces productives pour les satisfaire. En ce domaine, la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés, règlent rationnellement leurs échanges avec la nature, qu’ils la contrôlent ensemble au lieu d’être dominés par sa puissance aveugle, et qu’ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de force et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. Mais cette activité constituera toujours le royaume de la nécessité. C’est au-delà que commence le développement des forces humaines comme fin en soi, le véritable royaume de la liberté qui ne peut s’épanouir qu’en se fondant sur l’autre royaume, sur l’autre base, celle de la nécessité. »

MARX, Capital, 1867

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 


PRESENTATION DU SUJET

Ce texte de Marx a trait à deux notions classiques du programme de terminale L, le travail, faisant partie du grand domaine ‟La culture”, en son rapport à la liberté, du domaine de ‟la morale”. Il s’agit pour l’auteur de se questionner quant au rapport si classique entre la liberté et le travail, la tradition posant le travail comme la base de la liberté, puisque comme premier dépassement de la nature. Ce que Marx refuse, au nom d’une liberté pratique qui diffère en tous points d’une quelconque liberté métaphysique de l’homme.

Il s’agit donc d’un texte à dimension pratique ou morale, questionnant les fondements de notre liberté et les limites de cette dernière. Ici, Marx la cantonne dans un matérialisme historique qui ne la fait exister que comme relative libération d’un déterminisme implacable.


ANALYSE DU TEXTE

• Une explication de texte doit répondre à des attentes précises : lorsque j’explique un texte je dois montrer quelle est la thèse de l’auteur sur un sujet précis (son point de vue) et quelle stratégie argumentative il met en place pour donner sa thèse (de quelle manière il s’y prend ? Quel type d’argumentation il choisit ? Quels procédés sont les siens ? etc.). 


• Il faut aussi voir si la position défendue par l’auteur est originale ou pas, et qu’est-ce que cela nous apprend sur le sujet. En effet, si la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise, chaque extrait à expliquer fait partie d’un thème au programme de philosophie, qu’on est censé connaître. Ainsi, on peut faire dialoguer la position de l’auteur avec nos connaissances sur la question, afin de voir si sa thèse est subversive ou classique, originale ou non.


• L’idéal serait aussi de mettre en évidence un enjeu : manière par exemple que le texte a de faire résonner une question plus générale.


• Dans une première lecture du texte, afin de vous assurer que vous l’avez bien compris (et que vous pouvez donc commencer l’explication), il faut pouvoir répondre aux six attentes de l’Introduction, ce que nous allons donc faire ici.


1) Situation du texte 

Dans ce texte, extrait du livre Capital, Marx...


2) Thème du texte (de quoi cela parle, quel est le domaine général auquel il a trait)

… traite du rapport entre liberté humaine et nécessité.


3) Problème du texte

La question est pour lui de savoir où commence pour l'être humain ce qu’il dénomme « le royaume de la liberté ».


4) Thèse du texte (point de vue défendu par Marx)

Il pense que : « Le royaume de la liberté commence seulement là où l'on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l’extérieur ; il se situe donc, par nature au-delà de la sphère de production matérielle proprement dite ». Marx développe sa thèse en donnant à observer l'émergence progressive de la liberté par la maîtrise collective des contraintes matérielles liées à la satisfaction des besoins humains conduisant, finalement, par la réduction de la journée de travail.


5) Enjeu

Une nouvelle définition de la liberté, plus réaliste, moins idéaliste.


6) Annonce du plan (étapes par lesquelles Marx procède)

Pour mener à bien son argumentation, Marx procède en trois temps. Tout d’abord, Marx s’attache à démontrer que la liberté n’est pas dans le travail, le travail s’imposant à l’homme et le soumettant par rapport à la nature, qui le nécessite. Ceci étant dit, Marx formule ensuite un parallélisme surprenant entre l’état de nature et l’état de civilisation : la seconde ne se caractérise nullement par l’entrée de l’homme dans une quelconque liberté métaphysique, puisqu’elle reste suspendue à une nécessité naturelle (répondre aux besoins de la nature humaine, lois historiques). Alors la liberté se trouve ailleurs : dans la maîtrise quelconque du travail par l’homme, mais cela ne saurait suffire puisque le travail suppose toujours une réponse à une nécessité de besoins. La liberté intervient alors comme une libération de la nécessité, non comme son contraire absolu donc, mais comme une résistance compréhensive à cette dernière. La liberté chez Marx se révèle ainsi pratique, et non métaphysique.


PROPOSITION DE PLAN

I. La liberté n’est pas dans le travail

« Le royaume de la liberté commence seulement là où l’on cesse de travailler par nécessité et opportunité imposée de l’extérieur ; »

↳ Définition de la liberté comme ce qui se situe au-delà du travail qui nous est imposé, soit par nécessité, entendons là par la nécessité de travailler pour dépasser la nature, soit par l’extérieur, ici les hommes qui nous dominent, nos chefs, qui nous imposent de travailler. La liberté commence quand le travail n'est plus imposé directement ou insidieusement par quelque chose d’extérieure. 


«  il se situe donc, par nature, au-delà de la sphère de la production matérielle proprement dite. »

↳ Marx en déduit que la liberté n’est pas dans le travail si ce dernier se cantonne au domaine de la production matérielle. La liberté doit ainsi se défaire de la « production matérielle » dans ses deux acceptions : 1) des forces productives, c’est-à-dire ce qui sert matériellement à la production : les outils, les machines, les terres, les usines, les matières premières mais aussi et surtout la force humaine de travail, 2) des rapports de production, ou rapports de classe : l’état des forces productives qui détermine celui des rapports de production. 

La liberté est hors des productions relativement aliénantes, selon lui, du travail.


II. L’homme et la nature, parallélisme de l’homme et la civilisation : une même soumission

« De même que l’homme primitif doit lutter contre la nature pour pourvoir à ses besoins, se maintenir en vie et se reproduire, l’homme civilisé est forcé, lui aussi, de le faire, et de le faire quels que soient la structure de la société et le mode de la production. »

↳ Parallélisme entre l’homme de la nature et l’homme de la civilisation : les deux doivent pourvoir à leurs besoins... Quelle que soit la civilisation en cours, l'homme est obligé de travailler pour survivre. Et ce faisant, en civilisation aussi on a des besoins, aussi surprenant que cela puisse paraître. Mais chez Marx, il n’y a pas de radicale frontière entre nature et civilisation au sens où elles sont toutes deux traversées par un déterminisme, naturel d’abord, et historique ensuite. C’est l’argument du matérialisme historique de Marx. À l’état de nature comme à l’état civilisé, l’homme est « forcé », contraint, déterminé, donc, par des besoins qui évoluent. Le passage à la civilisation de suffit pas en lui-même, contrairement aux théories du contrat social, pour découler sur une quelconque liberté métaphysique qui pour Marx n’existe pas.


« Avec son développement s’étend également le domaine de la nécessité naturelle, parce que les besoins augmentent ; mais en même temps s’élargissent les forces productives pour les satisfaire. »

↳ Il n’y a donc pas que dans la stricte nature que l’homme a des besoins, de sorte que le domaine de la nécessité naturelle a aussi cours dans la civilisation. Pourquoi ? Parce que l’état de civilisation entretient et accroît les besoins naturels par les forces productives, forces qui dépassent l’homme et le déterminent aussi, de sorte que la nécessité n’est pas que naturelle. Quelle que soit la civilisation en cours, on l’a vu, l'homme est obligé de travailler pour survivre. Mais plus il développe son confort, plus ses besoins augmentent. Et les possibilités de satisfaire ces besoins augmentent en parallèle, en définitive pour pas grand-chose de nécessaire.

Contrairement donc à ce que l'on pose classiquement, la nécessité ne s'arrête pas avec la maîtrise de la nature. Car le travail humain, loin de libérer l'homme est une suite de l'aliénation de l'homme à la nécessité naturelle. 


III. De la nécessité advient la liberté conçue comme libération

« En ce domaine, la seule liberté possible est que l’homme social, les producteurs associés, règlent rationnellement leurs échanges avec la nature, qu’ils la contrôlent ensemble au lieu d’être dominés par sa puissance aveugle, et qu’ils accomplissent ces échanges en dépensant le minimum de force et dans les conditions les plus dignes, les plus conformes à leur nature humaine. » 

↳ La seule vraie liberté (au lieu de créer sans cesse de nouveaux besoins inutiles), découlerait d'un échange raisonné avec la nature, d'un usage restreint de ses ressources, ceci demandant finalement une somme de travail moindre : « dépensant le minimum de force », « dans les conditions les plus fignes ». Le travail ne doit pas être un nouveau type de soumission. Il faut donc, pour ouvrir un espace de liberté, que l'homme maîtrise son travail en le partageant et en le contrôlant par des règles strictes qui font qu'il n'est plus obligé de travailler sans cesse pour vivre. Il faut que le travail corresponde aux nécessités réelles de l'homme, et permette le développement de la civilisation non plus dans une course au "superflu" mais simplement pour une vie meilleure dans la simplicité du nécessaire. Il faudrait donc travailler moins, juste ce qu’il faut, pour ne pas être totalement aliéné dans le travail.


« Mais cette activité constituera toujours le royaume de la nécessité. C’est au-delà que commence le développement des forces humaines comme fin en soi, le véritable royaume de la liberté qui ne peut s’épanouir qu’en se fondant sur l’autre royaume, sur l’autre base, celle de la nécessité. »

↳ Néanmoins, cela ne suffira pas, nous dit Marx, pour être libre, l’homme restant malgré tout suspendu à la nature au travers du travail. La liberté se trouve au-delà. Mais où.

La dernière phrase du texte semble quelque peu énigmatique si l’on ne connaît pas la théorie de Marx. Disons que la liberté ne saurait se trouver dans une indépendance rêvée à l’égard des lois de la nature comme à celles lois de l’histoire. Elle ne peut donc advenir que dans la connaissance et la maîtrise de ces lois : connaître la cause d’un phénomène quelconque c’est pouvoir le produire ou l’empêcher de se produire, donc le dominer. La liberté est alors de l’ordre d’une puissance exercée sur le réel, c’est-à-dire, finalement, une libération de ce dont nous dépendons quand nous l’ignorons. Ici, argument du matérialisme dialectique de Marx, qui tend à unifier les opposés : l’opposition nécessité / liberté est donc abstraite et fausse pour Marx puisque c’est la nécessité qui fonde la liberté à comprendre comme libération et non comme liberté métaphysique.

Fin de l'extrait

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