La Liberté - Philosophie - Terminale L

La Liberté - Philosophie - Terminale L

Télécharge notre cours de Philosophie sur la liberté pour bien réviser ton épreuve de Philo du bac ! Une fois que tu as bien lu et compris le cours on t'invite à tester tes connaissances sur le quiz associé.

Dans ce cours sur la liberté rédigé par un professeur certifié, nous allons voir l’ambivalence de cette notion, qui se situe entre l’idéal et l’illusion, entre la réalité et l’empêchement.

digiSchool t’accompagne toute l’année dans tes révisions grâce à de nombreux cours, quiz, annales corrigées, vidéos de notions et LIVES de révisions, rejoins-nous !

La Liberté - Philosophie - Terminale L

Le contenu du document

Dans ce cours sur la liberté, nous allons voir l’ambivalence de cette notion, qui se situe entre l’idéal et l’illusion, entre la réalité et l’empêchement. 

Car la liberté c’est d’abord et avant tout avoir le choix (le choix d’agir, le choix de penser, le choix de faire ci et ça), mais elle semble toujours plus ou moins conditionnée (par la société, par la nature, par autrui, par mon éducation, par mon inconscient psychique), de sorte que souvent la question du bien-fondé de cette notion de liberté se pose. 

Et si, en effet, nous étions absolument déterminés ? C’est ce que pense Spinoza par exemple, pour lui nous ne sommes libres que « parce qu’ignorants des causes qui nous déterminent ». 

Mais force est de constater que non, nous ne le sommes pas, totalement déterminés, puisque nous sommes « condamnés à être libres », comme le dit Sartre, parce que sans Dieu nous sommes seuls, et devons faire des choix, nous choisir. 

Quel espace, quelle marge de manœuvre nous laissent les lois politiques et morales ? N’accède-t-on pas là justement, paradoxalement, par la contrainte, à une forme de liberté supérieure ? C’est à ces questions que notre cours va répondre.

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

Les trois degrés de la liberté (sans contraintes, conscience, responsabilité) ; La liberté comme réalité ou idéal ? ; Le choix, critère premier de la liberté ; La volonté et le libre-arbitre fondateurs (Descartes) ; La liberté d’indifférence et l’anecdote de l’âne de Buridan ; Le déterminisme social ; Le déterminisme psychique et l’inconscient ; « Condamnés à être libres » (Sartre) ; « Ignorants des causes qui nous déterminent » (Spinoza) ; La politique et la liberté citoyenne permise ; La loi morale et l’autonomie (Kant).

Introduction

A. Définition

« Liberté : un de ces détestables mots qui ont plus de valeur que de sens ; qui chantent plus qu’ils ne parlent ; qui demandent plus qu’ils ne répondent ; de ces mots qui ont fait tous les métiers », dit Paul Valéry, dans Valeur et mots. Car la liberté est en effet bien difficile à définir.

Au premier sens, un être est dit libre s’il agit sans contraintes et si son action n’est empêchée par aucun obstacle. Reste que cette définition est trop imprécise car tout obstacle à notre action n’est pas forcément une contrainte, précisément.

Ainsi, au deuxième sens, un être libre n’est pas simplement un être dont l’action n’est pas empêchée mais aussi un être qui peut apparaître et s’affirmer comme l’auteur et le maître de ses actes. Conscience et liberté sont alors inséparables.

Enfin, être libre c’est être responsable, en agissant librement je revendique mes actes et en répond comme l’auteur.

B. Problématique

Comment concilier la liberté avec la vie en collectivité : si être libre suppose que je fasse ce que je souhaite sans contrainte, la loi ne m’en empêche-t-elle pas ? Autrui lui-même ne m’empêche-t-il pas, par son existence même, d’être libre ? L’éthique, la morale, ne règlent-elles pas mes actions comme du papier à musique, empêchant toute spontanéité ?

Par ailleurs, que dire des influences sociales qui semblent dicter mon comportement en m’imposant plus ou moins subtilement d’être et d’agir de telle ou telle façon ?

En somme, jusqu’à quel point suis-je libre et puis-le l’être ? La liberté est-elle une réalité ou un idéal se bornant à l’illusion ?

I. AVOIR LE CHOIX : CONDITION PREMIÈRE DE LA LIBERTÉ ?

A. L’homme libre, homme qui choisit, contrairement à l’esclave

Le sens premier et originel du mot “liberté” provient de l’adjectif latin liber qui désignait l’homme libre par opposition à l’esclave. L’homme libre est celui qui n’est pas contraint à faire quelque chose, c’est celui qui a la liberté ou non de la faire, qui choisit ou non de la faire.

Par exemple, dans les Méditations métaphysiques, Descartes donne la définition suivante de la liberté : 

« Elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire une chose ou ne la faire pas, ou plutôt seulement en ce que pour affirmer ou nier, poursuivre ou fuir les choses que l’entendement nous propose, nous agissons de telle sorte que nous ne sentons point qu’aucune force extérieure nous y contraigne. Car afin que je sois libre, il n’est pas nécessaire que je sois indifférent à choisir l’un ou l’autre des contraires, mais plutôt [...] que je penche vers l’un » (Méditation IV).

Ici le choix est ce qui fonde la liberté, ce qui ne nous contraint pas. Au contraire, l’esclave est soumis à des décisions, des choix qui ne lui appartiennent pas : parce qu’il n’a pas le choix, mais parce qu’il a pour obligation d’appliquer le choix de ses maîtres, il n’est pas libre mais contraint. 

Mais ici quand nous parlons d’être libres, c’est libre de quoi ? De choisir certes, mais surtout, car cela revient à cela : libre de faire ce qu’on entend, ce qu’on veut. 

Avoir le choix c’est donc avoir la possibilité d’user de ce que les philosophes appellent souvent notre libre arbitre, ou notre volonté. Alors, comme le dit le poète Gérard de Nerval, « le dernier mot de la liberté c’est l’égoïsme ». L’être libre est celui qui fait ce qu’il veut, ce qu’il lui convient à lui, contrairement à l’esclave qui n’est pas libre parce qu’il n’agit pas pour lui ou en fonction de ses choix.

B. La liberté par le choix : mise en œuvre de la rationalité humaine contre le déterminisme, l’instinct animal

Lorsqu’on choisit, on ne le fait pas par hasard, on met en place un système de raisonnement qui fait qu’on pèse le pour et le contre, qu’on voit le préférable, et qui explique qu’en définitive on choisit a plutôt que b. Ainsi par exemple Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque, explique qu’être libre c’est « être libre d’agir conformément aux décisions qu’on a prises ». 

La vraie liberté se donnerait alors sous la forme du choix d’entreprendre ou non une action, après en avoir pesé le pour et le contre, après y avoir réfléchi, et donc d’être l’auteur pleinement responsable de cette action que nous avons choisie par voie rationnelle.

Au contraire, les animaux, parce qu’ils sont surtout des êtres d’instinct dénués de raison, ne peuvent pas à proprement parler choisir. Un chat ne choisira pas d’aller vers telle ou telle gamelle en fonction de sa couleur, mais en fonction de la nourriture qui attise ses sens. 

À ce propos, Pierre Bayle, dans son Dictionnaire philosophique et critique, expose de manière radicale l’idée selon laquelle l’animal serait dénué de choix, avec son anecdote sur l’âne de Buridan. 

Bayle dit de cet âne qu’il n’est pas libre parce qu’il n’est pas capable de choix : en effet, un âne bien affamé serait capable de mourir de faim et de soif : incapable de choisir entre un seau d’avoine et un boisseau d’eau, n’ayant aucune faculté en lui lui donnant de raison de préférer l’un à l’autre, il demeurerait immobile jusqu’à ce que mort s’ensuive. 

Cette anecdote est bien entendu exagérée, mais Bayle l’emploie à une fin démonstrative : à savoir montrer que l’être humain a des raisons de choisir, tout simplement parce qu’il est un être rationnel, ce que l’animal n’est pas, de sorte qu’il ne dispose pas de choix à proprement parler.

L’homme est un être doué de raison. Par-là, il accède à un premier degré de liberté puisqu’il n’obéit pas aussi strictement que l’animal aux lois de la nature. 

Ainsi, l’homme n’est pas un strict être d’instincts, il sait les maîtriser et se contrôle, et en ce sens il est déjà quelque peu libre, par ce choix qu’il fait de ne pas assouvir ses pulsions. Choix que l’animal est inapte à faire. 

Et surtout, le choix permet à l’homme d’agir dans la nature, ou de créer quelque chose de concret au sein du monde qu’il habite, alors ce choix fait de nous des êtres libres. Libres au sens où nous n’obéirions plus à une nécessité que nous n’aurions pas choisi, mais au sens où, comme le dit Kant, nous serions les créateurs de nouvelles nécessités, de ce qu’il appelle une « causalité libre » (Critique de faculté de juger). Prenons un exemple tout simple : je décide de construire une maison. 

Déjà, la construction de la maison va nécessiter tout une série de choix qui m’appartiennent, mais aussi faire naître un projet : il va s’agir d’abord de poser les fondements, puis de bâtir les murs, etc. 

Ce projet, avec Kant nous disons qu’il est celui d’une « causalité libre », dans la mesure où c’est l’homme, par son choix, par ses facultés de raisonnement qu’il a mis en place pour l’élaborer, qui crée au sein de la nature une nouvelle nécessité (l’ordre de fabrication) qui n’obéit pas à la nécessité naturelle. 

En ce sens, l’homme n’obéit pas à la nature d’une part, mais ajoute aux lois de la nature des lois humaines, non contraintes par celles-ci. Avec ce type de choix, l’homme montre et crée sa liberté, eu égard à l’animal, être d’instinct, et à la nature, domaine des lois et des mécanismes.

 

REPÈRE. L’âne de Buridan est une histoire expliquant l’absence totale de choix chez l’animal, prisonnier de son instinct, ce qui l’empêche d’être libre, jusqu’à en mourir, puisqu’ici l’âne ne peut choisir entre de l’eau et de l’avoine...

 

C. Le choix, le libre-arbitre, l’imprévisibilité preuve de la liberté

C’est donc le choix qui permet de nous reconnaître comme l’auteur et le maître de nos actes. Il implique donc que notre volonté seule est la raison d’être de nos actions. Choisir, c’est contredire la nécessité et tout choix est par essence imprévisible. Ainsi un acte libre est un acte imprévisible.

Le choix, qui est expérience de la liberté, ne s’explique que par lui-même. Par conséquent être libre c’est poser son choix comme un commencement absolu.

Condition nécessaire de la liberté : affirmation de l’indépendance absolue de notre volonté, de notre faculté de choisir. Je suis libre en tant que je suis doué de libre-arbitre, que j’ai la faculté de choisir une chose plutôt que son contraire, de faire une chose ou non, d’affirmer ou de nier, de désirer ou non etc., sans que rien ne puisse limiter en moi un tel pouvoir.

Comme l’explique Descartes dans les Méditations, c’est parce que nous faisons en nous l’épreuve d’un tel libre-arbitre, d’une volonté illimitée, que nous faisons l’expérience de notre liberté, sans attendre d’autres preuves de cette liberté. 

Notre liberté se découvre à nous par un caractère infini de notre volonté, parce que je puis vouloir autant que je veux et tout ce que je veux, vouloir une chose ou son contraire, même s’il ne m’appartient pas bien sûr de pouvoir avoir tout ce que je veux. 

Ce caractère infini de notre volonté est ce qui nous fait ressembler à Dieu. Nos choix ou nos actes ne peuvent jamais être totalement prévisibles, preuve qu’ils fondent notre liberté.

II. ET LE DÉTERMINISME DANS TOUT ÇA ? COMMENT POURRAIS-JE ÊTRE LIBRE SI JE SUIS DÉTERMINÉ ?

Le déterminisme, c’est l’hypothèse selon laquelle un très grand nombre de causes déterminent pourquoi les choses sont telles qu’elles sont. Soumises à la loi de causalité, pas de place pour le hasard ou la contingence, les choses sont explicables de a à z, prévisibles et prédictibles. 

Rien de ce qui se produit n’est dû au hasard, c’est le principe selon lequel se fondent toutes les lois de la nature. Expliquer c’est réduire une chose à ses causes, c’est l’éclairer à partir de ses causes. 

Il semble dès lors impossible de concilier l’ordre de la nature et le règne de la liberté. L’individu qui serait soumis au déterminisme verrait ainsi sa liberté complètement remise en cause. Une question donc, malgré le fait que nous disposions, à première vue, d’une capacité de choisir et d’un libre-arbitre, jusqu’à quel point ces derniers sont-ils déterminés ?

A. Le déterminisme social

Le déterminisme social, c’est l’idée que l’individu, dans ce qu’il est, dans ce qu’il fait, à son insu et sans même s’en rendre compte, est largement influencé par la société, voire le groupe social, auxquels il appartient. 

Ses actions ne sont pas tout à fait siennes mais bien davantage influencées par la société. Il y a ainsi un déterminisme social permettant d'expliquer le comportement des individus par rapport à leur appartenance sociale, ainsi les comportements individuels ne seraient pas l'expression de la liberté de chacun.

À cet égard, Christine Détrez, dans La construction sociale du corps, parle d’incorporation. L’individu incorpore un certain nombre de règles, de normes, de codes, et agit en respectant ces derniers, sans même s’en rendre compte. 

Elle donne l’exemple des larmes. En Occident, on pleure presque par instinct, lorsqu’on est triste. En Asie par contre, nous dit-elle, les larmes n’ont pas du tout le même sens. Autre preuve du déterminisme social : le goût esthétique. Si certaines œuvres d’art me parlent et pas d’autres, ce serait, selon Bourdieu, dans Les règles de l’art, parce qu’elles dénotent une culture bien précise dans laquelle je me reconnais. 

Le rap n’est pas donné à tout le monde, l’opéra non plus... Je serais donc plus ou moins agi par un déterminisme social, que je le veuille ou non.  

Durkheim, dans les Règles de la méthode sociologique, explique ainsi qu’« on aura souvent la satisfaction de voir les faits en apparence les plus arbitraires présenter ensuite à une observation plus attentive des caractères de constance et de régularité, symptômes de leur objectivité ». 

Dans le Suicide, il dit que la variation des taux de suicides dans une société est corrélative des bouleversements économiques de la société en question. Tous les désirs, les comportements et les aspirations individuelles seraient donc le produit de rapports sociaux. Jean Baudrillard, dans Pour une critique de l'économie politique du signe, montre que je ne consomme pas une chose parce que je la désire par moi-même mais parce qu'il faut désirer cette chose si je veux espérer être reconnu par les autres.

Ainsi, le déterminisme social étant criant de vérité, ma liberté s’en trouverait forcément amoindrie, puisque j’agirai toujours en suivant les codes sociaux qui sont miens ou en m’y opposant.

B. Le déterminisme psychique

On retrouve ici la théorie de l’inconscient, propre à la psychanalyse.

Pourquoi l’inconscient a-t-il un rôle en matière de liberté ? Tout simplement parce qu’il représenterait selon Freud, ni plus ni moins que 90% de nos pensées et motivations. Le psychisme humain, tel un iceberg, n’aurait que 10% de pensées et actions claires, conscientes, le reste étant caché mais non moins réel. Sans même le savoir donc, je serais mû par des pulsions inconscientes. 

Aimer telle ou telle chose, en détester telle ou telle autre. Freud, dans Introduction à la psychanalyse, explique ainsi que toute aversion a une origine dans l’inconscient. 

Si je n’aime pas les haricots verts, c’est parce que cela remonte à un mauvais souvenir dans mon enfance, par exemple. De même, le coup de foudre, qui a l’air d’être le fruit le plus absolu du hasard, ne l’est pas. Je rencontre telle personne, elle me foudroie, je ne sais pas pourquoi, elle ne m’a pas parlé, je ne la connais pas, et pourtant, un sentiment de familiarité, une attirance incroyable... 

Tout cela a des raisons inconscientes. Le coup de foudre, c’est lorsque je crois voir en l’autre une image d’un idéal du moi. Lorsque l’autre qui se présente en face de moi correspond en tous points à l’image de la personne idéale que je me suis forgé avec le temps, mon éducation, mes codes moraux. 

Dans mes amitiés, mes relations, mes amours, et dans la plupart de mes actions, le déterminisme psychique donc semble à l’œuvre, qui réduit la encore ma liberté...

C. Déterminés, condamnés à être libres … Une bien drôle liberté !

Nous pouvons tout à fait penser, à l’instar de Sartre dans L’existentialisme est un humanisme, que certes le choix se confond avec la liberté, mais que puisque nous n’avons pas le choix d’avoir le choix, nous serions finalement « condamnés » à la liberté. 

« Nous sommes une liberté qui choisit mais nous ne choisissons pas d’être libres : nous sommes condamnés à la liberté » écrit-il.   

Pourquoi ? Pourquoi l’homme serait-il contraint, toujours, de choisir ? Pourquoi ne pourrait-il pas rester indifférent, tout comme l’animal dépeint par l’âne de Buridan ?

Tout simplement parce que pour Sartre, nous n’avons pas été créés par un quelconque Dieu qui nous aurait transmis des valeurs, une ligne directrice de vie à suivre. Pour Sartre, en venant au monde, nous venons dans un endroit rempli de possibles, parmi lesquels, pour vivre, nous sommes forcés de choisir, sans même nous en rendre compte. 

Par exemple, certains vont choisir de poursuivre de longues études, d’autres non. C’est un choix qui vous est imposé : vous ne pouvez pas ne pas choisir. Et il en est de même tout au long de notre vie : nous passons notre temps à choisir, à faire acte donc de liberté, mais parce que nous y sommes contraints.

« Nous sommes seuls, sans excuses. Je me choisis tout entier dans le monde tout entier. [...] Ainsi l’acte fondamental de liberté est trouvé. Il ne s’agit pas d’un choix délibéré. Liberté et choix ne font qu’une seule et même chose puisque pour la réalité humaine exister c’est se choisir.  

C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre. Condamné, parce qu’il ne s’est pas créé lui-même, et par ailleurs cependant libre, parce qu’une fois jeté dans le monde, il est responsable de tout ce qu’il fait. » (Sartre, L’être et le néant)

La position de Sartre s’adapte à tous les cas de choix forcés : un exemple fort, parmi d’autres, celui du cas Eichmann, pris dans le système nazi de la Seconde Guerre mondiale. Cet homme avait-il ou non le choix de tuer des milliers de Juifs ? Dans quelle mesure était-il libre de ses faits et gestes une fois pris dans le système d’Hitler ? La question reste évidemment ouverte pour ce genre d’exemples aussi graves. 

Néanmoins, combien de résistants en France ont fini par dénoncer des Juifs, pris dans un système de chantage à la mort ? Effectivement, dans les faits, ils ont choisi de dénoncer certaines personnes, mais étaient-ils totalement libres de le faire ? 

On le voit donc, selon les conditions dans lesquelles nos choix s’effectuent, ces derniers peuvent bien être plus ou moins étrangers à la liberté et en aucun cas constituer des critères de cette dernière.

 

REPÈRE. « Condamnés à être libres », la formule est de Sartre et voici la première nuance de notre liberté. Nous serions libres mais sans en avoir le choix, nous y sommes contraints puisque personne ne nous a créés ou dictés de faire ci ou ça.

 

D. La liberté comme illusion ?

La question se pose en effet. La philosophie, en démarquant l’homme de l’animal par sa puissance de raisonner, en fait un être presque intouchable, libre de choisir, ne dépendant finalement d’aucune loi de la nature. 

L’image que nous avons de l’homme est celle d’un être autonome, c’est-à-dire qui se donne à lui-même ses propres lois, notamment lorsqu’il choisit.

Mais la sociologie par exemple nous montre que cette soi-disant liberté de l’homme n’est pas aussi certaine qu’on voudrait bien le croire. Toujours l’homme serait pris dans des lois, quand bien même il les ignore. 

Alors nous pourrions affirmer avec Rousseau dans le Contrat Social que « nous sommes libres, mais [pris] dans des fers ». Qu’est-ce à dire ? L’homme penserait être libre et agir librement, avoir le choix, alors qu’il ne le serait en réalité pas. Il y aurait ces déterminations sociales, ou naturelles, ou éducatives, qui expliqueraient chacune de nos actions, qui pourraient du coup être prévisibles par avance.

Pour reprendre alors la formule de Spinoza dans l’Ethique : « nous ne nous croirions libres qu’en tant que nous serions conscients de nos désirs mais ignorants des causes qui nous déterminent ». 

Dans ces conditions, sembler avoir le choix ne saurait suffire à nous rendre libres, mais, et la nuance est de taille, cela nous illusionnerait et nous ferait penser à tort que nous détenons, au contraire du règne animal, une liberté de taille, mais qui ne serait en fait que factice.

 

REPÈRE. « Ignorants des causes qui nous déterminent, nous [nous croyons libres] », la formule est cette fois-ci de Spinoza, et elle intervient comme une seconde nuance de notre liberté, qui serait bien moins réelle qu’illusoire...

 

III. LOIS ET LIBERTÉ. COMMENT LES CONCILIER ?

A. Obéir aux lois politiques : une contrainte liberticide ?

La vie en collectivité paraît être un obstacle à la liberté puisqu’elle nous impose la soumission à des règles et des lois que bien souvent l’on n’a pas voulues. 

Respecter tel code qui ne va pas de soi me contraint, entrave ma liberté d’agir, semble-t-il, mais se faisant, la politique permet à chaque citoyen de vivre dans un monde régi par les mêmes lois, de se respecter les uns les autres, et permet donc à tout un chacun de profiter pleinement d’une liberté garantie : l’autre étant soumis à des lois a des devoirs envers moi et je suis tout autant protégé que contraint par ces lois. 

Les lois politiques donc permettent ni plus ni moins que la coexistence des différentes libertés individuelles. Ce n’est pas une contrainte liberticide, mais créatrice de liberté.

B. La loi morale : la véritable liberté se trouve dans l’obligation

Nous sommes des êtres à la fois naturels, parce que nous avons un corps, et spirituels, puisque nous avons une raison. D’un côté donc, nous l’avons vu, nous sommes soumis à des lois, celles de la nature, si nous ne prenons pas garde de les évincer. Mais d’un autre côté, nous pouvons créer de nouvelles lois par notre capacité à faire des choix et des projets.

Pour Kant toutefois, il y a chez l’être humain un degré de choix et de liberté ultime, qui se trouve dans l’autonomie morale (Critique de la raison pratique). Autonomie, rappelons-le, signifie la capacité de se donner à soi-même ses propres lois. 

Donc l’autonomie est un strict synonyme de la liberté. Qu’entendre par cette autonomie morale ? La capacité qu’a l’homme, en dépit de tout ce qui pourrait le déterminer par ailleurs, de faire fi de ce qui l’entoure et de choisir d’obéir aux règles morales qu’il a en lui. 

Comme par exemple d’obéir à la maxime suivante : « agis toujours de telle sorte que la maxime de ton acte soit universalisable », c’est-à-dire valable pour tous. L’homme vil ou mauvais choisit de ne pas être moral, de ne pas se soumettre à ses propres règles morales. 

Au contraire, l’homme sage ou bon, choisit de se soumettre lui-même à ses propres lois. Par là, il acquiert une autonomie au sens fort du terme, et son choix moral est le critère unique et ultime de sa liberté. 

Ainsi Kant écrit-il que : « La loi morale est la ratio cognoscendi de la liberté [c’est-à-dire ce qui nous montre que nous sommes libres] et la liberté est la ratio essendi de la loi morale [si nous n’étions pas libres, nous ne pourrions faire le choix d’être moraux] ».

 

REPÈRE. Les lois, qu’elles soient politiques ou morales, semblent de prime abord absolument contraires à la liberté, parce que contraintes, mais des deux côtés elles œuvrent pour cette dernière, la loi politique permettant la coexistence des libertés citoyennes, la loi morale la mise en œuvre de la plus grande des libertés humaines : l’autonomie.

 

Conclusion

La liberté est là, propre de l’homme, non pas absolue mais substantielle, palpable à chaque moment, mais contrite. Car l’homme vit dans un monde qui lui est donné, dans une société et une culture donnée (déterminisme social) et avec une éducation et des envies précises (déterminisme psychique). 

L’homme est aussi un être double, à la fois corps (déterminisme naturel) et esprit. C’est de l’esprit que naît la liberté, par le libre-arbitre et la capacité de choisir qui sont siens. 

L’esprit alors est capable de se contraindre pour mieux s’élever (liberté citoyenne dans le respect des lois, liberté morale dans l’autonomie), et notamment s’élever de la nature en imposant un autre monde possible (liberté des actions individuelles court-circuitant le déterminisme naturel).

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque tu dissertes la liberté, il va bien falloir préciser à quel niveau tu te situes : liberté politique du citoyen ? Liberté individuelle de la personne ? Liberté de choix ? Liberté d’indifférence ? Liberté d’action ? Liberté raisonnée ? Les concepts sont ici majeurs et les maîtriser prouvera à ton correcteur que tu sais de quoi tu parles.

POUR ALLER PLUS LOIN …

Lis le petit livre de Sartre, L’existentialisme est un humanisme, qui explique en profondeur l’expression « nous sommes condamnés à être libres ». Ce livre montre à quel point l’athéisme, le fait de ne plus croire en aucune religion ni en aucun Dieu, change la manière de voir l’humain et sa condition.

PROGRAMME COMPLET DE PHILOSOPHIE

Accède à toutes les fiches du programme de Philosophie ci-dessous. Notre professeure t'a rédigé de quoi réviser sereinement ton épreuve de Philo ! Télécharge la fiche gratuitement en créant ton compte pour réviser n'importe où.

  1. La conscience
  2. La perception
  3. L'inconscient
  4. Autrui
  5. Le désir
  6. L'existence et le temps
  7. Le langage
  8. L'art
  9. Le travail et la technique
  10. La religion
  11. L'histoire
  12. La théorie et l'expérience
  13. La démonstration
  14. L'interprétation
  15. Le vivant
  16. La matière et l'esprit
  17. La vérité
  18. La société
  19. La justice et le droit
  20. L'Etat
  21. La liberté
  22. Le devoir
  23. Le bonheur (1/2)
  24. Le bonheur (2/2)

 

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Les avis sur ce document

FannyJ18
20/20

Bonjour, n'hésitez pas à nous envoyer un mail à support-bac@digischool.fr pour nous faire part de vos pistes d'amélioration. :)

par - le 27/06/2017
Aurorita
4/20

Très mal expliqué et présenté. Des changements sont nécessaires...

par - le 26/06/2017

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac L le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac L

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac L

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?