Le Langage - Philosophie - Terminale L

Le Langage - Philosophie - Terminale L

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Ce cours sur le langage a pour objectif d’inculquer les bases de la linguistique tout d’abord, afin de bien connaître les fondements de notre parler. Puis il approfondira les choses d’un point de vue plus philosophique, en problématisant la notion de langage autour de deux grandes questions.

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Le Langage - Philosophie - Terminale L

Le contenu du document

Ce cours sur le langage a pour objectif d’inculquer les bases de la linguistique tout d’abord, afin de bien connaître les fondements de notre parler. Puis il approfondira les choses d’un point de vue plus philosophique, en problématisant la notion de langage autour de deux grandes questions. 

D’abord, est-ce que l’existence d’une communication animale implique que le langage outrepasse la sphère humaine, ou n’est-ce là que le propre de l’homme, parce qu’il serait notamment l’expression d’une pensée ? 

Ensuite, justement, quels sont les tenants et aboutissants de ce lien a priori indéfectible entre le langage et la pensée ? 

Cette dernière peut-elle se faire sans lui ? Et inversement, lui, n’existe-t-il pas avant tout pour exprimer une pensée qui sinon serait vouée au silence et aux limites de la conscience subjective ?

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

Les notions de linguistique générales (différences entre langage, parole, langue) ; les différentes fonctions du langage (phatique, poétique, conative, émotive, référentielle, métalinguistique) ; le lien intime entre pensée et langage ; la pensée conceptuelle comme pensée articulée (Hegel, Merleau-Ponty) ; la pensée intuitive résistante à tout langage (Bergson, Rimbaud) ; les mots et les actes.

Introduction

Définitions quant au langage

DÉFINITION : Langage.

    • Tout code, c'est-à-dire système de signes, ayant pour fonction d’établir une communication. Ainsi on parle de langage animal, artificiel, gestuel.
    • Ensemble de la langue et de la parole.
    • Au sens large, tout système d’expression et de communication.

DÉFINITION : Langue.

    • Code linguistique en tant que système abstrait.
    • La langue est composée d’unités que sont le signifié : la chose désignée, différent de référent (c’est-à-dire l’objet réel) et le signifiant : le mot qui la représente. Ainsi, c’est le référent chien qui aboie, pas le signifiant, pas le mot proprement dit.

DÉFINITION : Parole.

    • Utilisation, réalisation de la langue.
    • Double articulation (phonèmes, qui n’a pas de sens en lui-même, et morphèmes, unités minimales significatives) de la langue. Les phonèmes sont des unités distinctives et successives composant les morphèmes [il] = [i] + [l]. Ils sont d’un nombre déterminé dans chaque langue, qui varie d’une langue à l’autre.

DÉFINITION : Signe linguistique.

    • Quelque chose d’arbitraire, de conventionnel entre les utilisateurs du code.
    • Exemples : le langage sms ou internet où les majuscules signifient que l’on crie, et où certaines ponctuations sont des smileys, comme ;) qui est un clin d’œil.

Les fonctions du langage

Le langage compte six fonctions :

  • Référentielle : le message informe (“il pleut”)
  • Émotive : exprime l’état du locuteur (“c’est révoltant”)
  • Conative : permet d’agir sur le récepteur (“va-t-en !”)
  • Poétique : se vise lui-même dans sa forme
  • Phatique : vérifie, ouvre ou ferme la communication (“Allo ?”)
  • Métalinguistique : porte sur le langage lui-même (“je = pronom”)

Problématique

Comme on peut le voir dans les éléments définitionnels ci-dessus, le langage semble être un phénomène extrêmement restreint, analysé tel quel. Mais pour autant, est-il spécifiquement humain ? Et deuxièmement, quels sont les rapports du langage et de la pensée ?

I. LE LANGAGE EST-IL SPÉCIFIQUEMENT HUMAIN ?

A. De la communication animale

On observe bien des traces de communication animale, chez les insectes, les mammifères, les oiseaux, etc. Donc les animaux communiquent entre eux, ces derniers en effet émettent des signes vocaux, olfactifs, visuels, sonores, thermiques, électriques. 

Les messages de ces signaux portent sur leur territoire, leur statut social, leur humeur, leur sentiment. Il y a donc une communication animale réelle, mais peut-on la comparer au langage humain ? Ou le langage humain, langage articulé, n’est-il pas bien spécifique, parce que porté par un être doué de conscience ? S’agit-il alors, entre la communication animale et le langage humain d’une véritable différence, donc de nature, ou d’une différence simplement de degrés ?

B. Différences fondamentales avec le langage humain

Différence originelle : l’esprit. Pourquoi les animaux, alors qu’ils crient, brament, chantent, etc., ne “parlent” pas ? Pourquoi un perroquet, qui répète inlassablement ce qu’on lui demande, n’est pas doté de langage ? C’est parce qu’à la différence de l’homme, ce qui sort de son bec est simplement d’ordre vocal, quelque chose de répétitif et stéréotypé, tandis qu’on peut penser que chez l’homme, le langage est raccordé à l’esprit, qu’il signifie, exprime donc ce dernier.

Pas de dialogue. A priori, le message animal n’apporte aucune réponse, sinon une conduite, qui n’est pas une réponse. Il n’y a donc pas de dialogue entre les animaux.

Pas de données linguistiques. De plus, la communication animale ne porte que sur des données objectives et non pas linguistiques. Au contraire, le langage humain est articulé. C’est ce qui le rend si fécond, puisqu’à l’aide d’au moins 30 sons différents, les combinaisons multiplient les possibilités, de là les mots, qui combinés entre eux donnent une infinité de phrases possibles !

Donc, fixité animale contre infinité humaine.  Les contenus du message animal sont aussi limités et stéréotypés, soumis à une certaine fixité, alors qu’ils s’avèrent infinis dans le langage humain. 

Benveniste, dans Problèmes de linguistique générale, montre ainsi que les hommes peuvent babiller le bec en l’air, pépier comme des oisons, ressasser comme des perroquets, mais quelle que soit la manière dont ils usent de la parole, ils en usent. Il cite à cet égard Max Müller qui dit que « le langage est le Rubicon qu’aucun animal ne franchira jamais ». 

À cet égard le langage humain peut improviser une multitude de choses, là où l’animal est limité. Ce pourquoi Descartes, dans le Discours de la méthode, voyait dans notre langage, par son incroyable adaptabilité, la preuve de l’existence de la pensée.

Donc seul l’homme parle, est doté de langage. L’homme parle même seul, à lui-même (ce qu’on appelle soliloque), ce que l’animal est bien incapable de faire. Certains penseurs qualifient ainsi l’être humain d’homo loquens plutôt que d’homo sapiens, la parole étant pour eux ce qui différencie absolument l’humain du reste du monde vivant.

REPÈRE. Le langage est le propre de l’homme, parce qu’il est articulé et relié à une pensée, qu’il est la marque de son infinité idéelle. Il existe certes une communication animale, mais tellement limitée qu’elle ne saurait constituer un langage (stéréotypée, instinctive, non adaptable, presque exclusivement physiologique). D’où l’expression d’homo loquens pour définir l’homme.

II. LE LANGAGE ET LA PENSÉE. LA PENSÉE PEUT-ELLE EXISTER SANS LE LANGAGE ? ET DIRE, EST-CE DISTINCT DE FAIRE ?

Tout comme il existe une corrélation entre l’existence et le temps, il y en a une entre le langage et la pensée, mais quelle est-elle ? Les mots semblent tout à fait nécessaires, et même indispensables, pour que la pensée puisse s’exprimer. 

Comme le dit Boileau, un célèbre rhéteur, dans L’art poétique, « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Mais en même temps, parfois le langage semble restreindre la pensée, la limiter, il paraît beaucoup trop étroit pour traduire toutes les variétés de pensées qui traversent notre esprit, comme si les mots étaient dans l’incapacité d’exprimer adéquatement nos pensées.

A. Le langage, condition de la pensée conceptuelle

Très tôt, on accusait le langage d’être une source d’erreurs et de confusion pour la pensée. On pense ici par exemple à Platon qui opposait farouchement l’art de la rhétorique de la philosophie. 

Et pourtant, un seul et même mot en grec désigne le discours et l’esprit logique, celui de logos. Preuve que le langage ne peut se détacher de la pensée. Cette étymologie commune invite même à penser une consubstantialité des deux : d’un côté la pensée silencieuse, de l’autre le langage exprimant par le son ce que pense l’esprit en silence. 

Comment en effet penser clairement quelque chose si on ne peut mettre en mots cette dernière ? Hegel, dans la Phénoménologie de l’esprit, le dit : « L’ineffable, c’est la pensée obscure, la pensée à l’état de fermentation, et qui ne devient claire que lorsqu’elle trouve le mot juste ». 

Dans sa lignée Merleau-Ponty explique que « La pensée n’a rien d’intérieur, elle n’existe pas hors du monde des mots » (Phénoménologie de la perception). Le langage ne servirait donc pas juste à communiquer, à parler, mais ni plus ni moins, avant tout, avant de s’exprimer, à penser. La pensée, conceptuelle du moins, semble nécessiter le langage comme matériau d’ouvrage.

B. Et pourtant, le langage semble parfois bien constituer un obstacle pour la pensée

Selon Bergson, il existe deux types de pensée :

  • La pensée conceptuelle, que le langage exprime plus ou moins.
  • La pensée intuitive, qui pour Bergson est la pensée pure, la vraie. Si la pensée conceptuelle est liée, soumise au langage, la pensée intuitive (sentiments, émotions) ne l’est pas, parce qu’on ne peut pas traduire entièrement ce que notre âme ressent. « La pensée pure demeure incommensurable avec le langage », explique-t-il ainsi dans La pensée et le mouvant.

L’expérience de manquer de mots pour décrire une émotion ou un état d’esprit nous touche tous. Comme s’il existait effectivement une pensée antérieure à la pensée conceptuelle, cette fameuse pensée intuitive hors des mots, comme celle par exemple du nourrisson. 

Beaucoup de poètes, dont Rimbaud, dénonçait l’impossible adéquation entre le langage et la pensée, celle-ci étant infini et le premier étant limité. 

D’où sa volonté de colorer les voyelles, pour inventer un nouveau langage, plus proche de la profondeur du moi :

« A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, Je dirai quelque jour vos naissances latentes » (poème « Voyelles »).

REPÈRE. Langage et pensée sont intimement liés. Mais si la pensée conceptuelle ne peut se réaliser sans langage, s’il est son matériau premier, la pensée intuitive elle, viscérale, se passe de mots. D’où le fait que dans certaines situations on manque de mots pour s’exprimer.

C. Est-ce que dire, c’est faire ?

Il y a une fonction dénotative du langage : en nommant tous les éléments l’homme décrit les contours du monde. Le « dire » n’est pas un « faire », car le dire intervient seulement après coup, comme un commentaire tardif sur un texte « déjà fait ». 

Le langage serait plus de l’ordre de l’interprétation que de l’action. « Tu causes, c’est tout ce que tu sais faire », « Parole, paroles, paroles ». Ces expressions montrent bien un décalage entre le dire et le faire, entre le langage et l’action. Que des mots, dénués de concrétisation bien souvent.

Mais dire devient faire quand la parole a aussi pour projet « de faire en sorte que l’autre fasse ». C’est la fonction conative du dire, par exemple l’impératif. Nombre de métiers ont pour but de faire agir l’autre (avocats, professeurs, journalistes). 

Donc la distorsion entre le mot et l’acte n’est pas une règle puisque le langage peut aboutir à des actes. Le langage est alors performatif : il fait ce qu’il dit.

La puissance du dire ne vient pas du dire lui-même : elle dépend aussi de qui dit. Par exemple la phrase « je te baptise » n’a de sens que si elle est prononcée par un prêtre, avec la formule et les gestes qui conviennent. 

Ainsi Bourdieu dans Ce que parler veut dire explique que l’efficacité des paroles est liée au pouvoir de l’institution qui les autorise, au statut social de celui qui les prononce, à une situation elle-même légitimée. L’autorité n’advient au langage que du dehors.

Conclusion

Le langage est multiple et surtout non univoque. Si on peut pousser très loin son analyse linguistique, les choses deviennent beaucoup plus complexes lorsqu’on se pose de grandes questions philosophiques. 

Ainsi, nous avons vu qu’une sorte de langage existait bien chez l’animal, un langage que l’on suppose néanmoins différent par nature (et non par degrés) puisque l’on accorde la conscience intellectuelle qu’à l’homme et qu’on ne croit déceler dans les signaux animaux que des choses figées et stéréotypées. 

De même, les choses ne sont pas simples quand on creuse le rapport entre le langage et la pensée : si ce dernier semble fonder la pensée conceptuelle ou lui être consubstantiel, force est de constater qu’il échappe à la pensée intuitive.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Le langage est une notion complexe qui nécessite beaucoup de distinctions conceptuelles pour savoir de quoi l’on parle. 

Il sera donc fondamental dans ta copie de bien départager le langage de la langue, de la parole, de la communication par exemple, tout comme il sera important si le sujet porte sur le rapport entre langage et pensée, de distinguer plusieurs types de pensée.

POUR ALLER PLUS LOIN…

Afin de donner tout son sens à ce cours, il serait très intéressant lire le passage du Discours de la méthode dans lequel Descartes montre d’une manière très simple et très claire l’infinité du langage humain et dans lequel il voit l’infinie adaptabilité de l’homme et sa grandeur naturelle.

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