L'Existence et le Temps - Philosophie - Terminale L

L'Existence et le Temps - Philosophie - Terminale L

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Ce cours sur l’existence et le temps a pour but de montrer leur intime corrélation, l’un ne pouvant pas se penser sans l’autre.

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L'Existence et le Temps - Philosophie - Terminale L

Le contenu du document

Ce cours sur l’existence et le temps a pour but de montrer leur intime corrélation, l’un ne pouvant pas se penser sans l’autre. Ainsi, dans une première partie, consacrée à ce qu’est le temps dans l’existence, nous verrons que ce dernier ne peut se comprendre en dehors de son ancrage empirique, existentiel, ce qui pousse même à distinguer un temps purement objectif, quasi formel, d’un temps tout à fait subjectif, celui de la durée vécue par une conscience singulière. 

De même, dans une seconde partie, consacrée à l’inverse à ce qu’est l’existence dans le temps, seront appréhendés les limites de l’existence humaine, sa finitude, sa mortalité, et les deux attitudes qui en découlent. Une attitude naturellement pessimiste, l’homme ne supportant pas de ne pas maîtriser son existence et de se savoir mortel indépendamment de sa volonté. 

Une attitude optimiste, faisant de la vie une parenthèse fondamentale, un lieu où agir, se projeter, exister pleinement, en dépit du fait que cela s’arrêtera forcément un jour...

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

Le lien intime entre existence et temps ; le temps comme transcendance (Platon) ou empirique (Aristote) ; la distinction temps des horloges quantitatif/temps de la conscience qualitatif (Bergson) ; le temps comme forme a priori de la sensibilité (Kant) ; l’attitude pessimiste et le divertissement (Baudelaire, Pascal) ; l’attitude optimiste et l’agir (Marc Aurèle, Sartre) débouchant sur l’existentialisme.

Introduction

Définitions

L’existence, c’est le fait qu’une chose ou qu’un être soit réellement, pour de vrai. Dire que Dieu existe, c’est dire qu’il a une réalité concrète. De même, l’existence d’un homme, c’est sa vie concrète, ce dont elle est faite, ce qui lui donne sa matière et son sens. 

L’existence s’oppose ainsi à l’essence qui est la définition d’une chose ou d’un être, le déroulé de ses qualités, quasi indépendamment de leur incarnation dans la réalité. L’existence de l’homme est une existence de sujet, d’être conscient. 

C’est donc par sa lucidité extrême que l’existence d’un homme est différente des autres existences. Mais c’est aussi par le fait qu’elle est bornée, limitée dans le temps, mortelle, finie. Le temps peut donc impacter de manière bien particulière nos existences humaines, puisqu’il les contraint inéluctablement et apparaît comme limitant nos libertés.

Le temps, quel est-il ? En voici une bonne question. Le temps est une réalité bien difficile à appréhender. Saint Augustin, au IVème siècle après J.-C. est un des premiers à avouer la difficulté à penser le temps, dans les Confessions, lorsqu’il dit : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais, mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus ».

On peut toutefois dire que le temps se conjugue en trois dimensions : le passé, qui n’est plus, dont l’existence n’est donc plus palpable réellement ni objectivement ; le présent, qui est là, maintenant, dans l’instantané et la fulgurance, qui donc n’est pas pensable tel quel puisqu’il n’y a pas la distance suffisante pour le faire ; et le futur, qui défie encore plus la pensée, puisqu’il n’est pas encore là et n’est donc que pure contingence ou imagination. 

Tout se passe donc comme si le temps encadrait nos existences mais sans exister lui-même réellement, hormis dans l’instant. Qu’on essaie de le penser, et soit il n’est plus, soit il est trop actuel, soit il n’existe pas encore... Quel défi donc d’appréhender le temps !

De plus, les choses se corsent davantage encore lorsque l’on distingue le temps objectif, celui des horloges, des minutes et des secondes qui sont les mêmes, objectivement et universellement, du temps subjectif, de la durée vécue d’un moment, qui eux sont absolument personnels (si je m’ennuie, le temps me paraîtra bien long, alors que si ce que je fais me plais résolument, il me paraîtra bien court).

Problématique

De tout cela naît un drôle de paradoxe. Alors que nous sommes toujours dans le temps, qu’il n’est pas possible que nous en sortions, qu’il apparaît comme une dimension de nos existences, qu’il s’impose littéralement à nous, il nous paraît extrêmement difficile de le penser, le saisir, sans parler de l’idée même, de parvenir à le contrôler ou le maîtriser. 

De sorte qu’il va s’agir ici non pas de penser l’existence et le temps séparément, mais bien de penser leur intime corrélation. Parce qu’en effet l’existence inscrite dans le temps pose la question de son propre sens, autrement dit, l’irréversibilité et l’éphémère induits par le temps orientent sensiblement notre appréhension de l’existence. 

Plus simplement, comment l’homme, marqué par la finitude, par le fait qu’il est mortel, parvient-il à assumer malgré tout sa vie, si fragile ? Et de même, le temps inscrit dans l’existence pose la question de sa propre nature. 

Autrement dit le temps peut-il se comprendre hors de l’expérience qui en est faite ? Y a-t-il une donnée objective de ce dernier ou n’est-il que subjectif ? Existe-t-il en dehors de nous ou n’est-ce là que la construction de l’esprit humain ? Et qu’est-ce que l’existence nous dit donc du temps ?

On le voit donc, il y a un entrecroisement incessant des notions de temps et d’existence, des dialogues et une définition de l’un par l’autre, qu’il va s’agir, au sein de ce cours, d’interroger.

I. LE TEMPS DANS L’EXISTENCE : QUEL EST-IL ? COMMENT SE DÉFINIT-IL ?

A. De l’éternité, de l’atemporalité du temps, à sa concrétude, son empirisme

La vision commune du temps à l’époque antique grecque est dominée par l’œuvre de Platon et son concept de monde des Idées. Ce monde est celui des vérités immuables, contrairement au monde ici-bas où vit l’homme, marqué par le changement et le devenir, les évolutions en tout genre. 

Le monde des Idées se présente comme le foyer des essences, des définitions éternelles des choses. Le temps se pense alors hors de l’existence, hors de l’expérience vécue du monde qui ici-bas ne vaut pas la peine d’être considéré.

Un peu plus tard dans l’antiquité grecque, Aristote va dépasser son maître Platon, pour lui, cette expérience vécue du monde va être primordiale pour comprendre l’épaisseur des choses. Et c’est à travers celle-ci que le temps va se trouver une édifiante acception.

En effet, chez Aristote le temps se mesure à travers ses occurrences sensibles, c’est-à-dire avec ses manifestations dans l’expérience. C’est à partir des dynamiques du monde, de la manifestation, de l’effectuation et de l’évolution de phénomènes constatés par la conscience, qu’Aristote va instruire une idée du temps essentiellement corrélée à la perception du mouvement.

Mais Aristote ne peut rabattre une notion aussi prédominante que le temps aux mouvements particuliers d’un seul phénomène. Il extrait une règle générale de tous les phénomènes constatés pour les penser, pour le dire succinctement, sur les principes de l’antériorité et de la postérité. Saisis dans l’ordre de la succession, les mouvements particuliers laissent alors apparaître ce mouvement en soi qui est l’épaisseur du temps.

Dès lors, expérimenté par la conscience mais ne dépendant pas d’elle, la transcendant dans l’ordre des mouvements des phénomènes eux-mêmes, le temps acquiert une existence propre. 

Ainsi Aristote écrit-il, dans la Physique :

« Il est intéressant d’examiner les relations de l’âme et du temps, et de se demander pourquoi le temps paraît être présent en tout être, dans la terre, la mer et le ciel. […] Ce qui fait encore problème, c’est de savoir si oui ou non, en l’absence de l’âme, le temps pourrait être. 

Car s’il est impossible qu’existe un nombrant quelconque, il est du même coup impossible qu’existe un nombrable, pas plus, évidemment qu’un nombre : le nombre est, en effet, soit le nombré, soit le nombrable. 

Mais si la nature n’accorde qu’à l’âme la faculté de nombrer, et plus précisément à cette partie de l’âme qu’est l’intellect, il est impossible que le temps soit l’âme, sauf quant à son substrat, au sens où l’on dit que le mouvement peut-être sans l’âme. 

Et l’antériorité et la postériorité se trouvent dans le mouvement, et constituent le temps dans la mesure où elles sont nombrables. [...] le temps est nombre du mouvement ».

B. Le temps comme forme à priori de l’existence

Avec Aristote, on a compris que le temps était clairement indétachable de nos existences concrètes, qu’il se déroulait là avec nous, et pas dans un ailleurs, au-delà du monde. 

Mais c’est avec Kant, influencé par les théories scientifiques de Newton, que pour la première fois se trouve pensée l’idée selon laquelle le temps serait une forme a priori de l’existence humaine. Qu’est-ce à dire exactement ? 

Pour Kant, l’existence a différentes dimensions, elle en a deux : l’espace, qui est la forme a priori externe de notre sensibilité, de notre manière d’appréhender les choses, de nous situer dans le monde, et le temps, forme a priori interne. Cela signifie que tout ce qui est en dehors de nous se situe nécessairement dans l’espace, est donc spatialement orienté, chaque chose ayant une place dans l’espace particulière. 

Et pour ce qui se passe dans nos esprits, cela se succède, et ne peut intervenir instantanément, tout en même temps, de sorte que cela suppose une temporalité.

Cette notion de forme a priori est extrêmement intéressante, et nous pourrions même partir de ce concept kantien pour penser le temps comme une forme a priori de nos existences, qui ne peuvent se dérouler qu’ici et maintenant, dans un espace donné et une trame temporelle associée. 

Le temps est bien le cadre de notre vie, nous évoluons tous de la naissance à la mort, en passant par les âges de la vie. Le temps est ce qui marque nos vies individuelles, comme le prouve l’importance que l’on donne à notre date de naissance, que l’on fête chaque année qui passe via les anniversaires. Le temps, on essaie aussi d’effacer les traces de son passage, superficiellement, car on ne peut effacer son terme fatal bien sûr, en essayant de rester jeune, de diminuer les rides, la vieillesse, etc. 

Si le temps s’arrêtait, que deviendrions-nous ? La valeur que nous accordons aux choses n’est-elle pas tout entière suspendue à la temporalité et au fait que nous sommes mortels ? La série Altered carbon est particulièrement éloquente à cet égard. Cette série raconte les dérives d’un monde devenu transhumain, où les hommes sont immortels. 

Sans l’épée de Damoclès que constitue la mort, sans le danger du temps qui passe et la fragilité de l’existence, les hommes deviennent dépourvus de valeur et de sentiments. 

On ne peut croire éternellement, on ne peut aimer éternellement, on ne peut mener une existence véritablement humaine hors du temps. Il est juste de penser que le temps est ainsi une forme a priori de nos existences humaines, rien ne pouvant se passer hors de lui.

C. Du temps quantitatif au temps qualitatif

Le temps est une réalité concrète, on l’a appris d’Aristote notamment. Il est même à concevoir comme une forme a priori de notre existence, et cette idée nous la devons à Kant

Mais encore faut-il distinguer entre le temps des horloges, le même pour tous (une seconde reste une seconde où que l’on soit dans le monde, idem pour les minutes et les heures, les jours...), un temps objectif, quantitatif, quasi mathématique, et un temps davantage subjectif, qualitatif, celui de la durée vécue (nous n’avons pas la même impression de durée selon qu’on aime ou qu’on n’aime pas ce que l’on fait, par exemple, alors certes quantitativement 1h sera passée à attendre dans la salle d’attente du médecin, mais le temps paraîtra bien plus long que lorsque je m’adonne, durant une heure, à ma passion du vélo). 

Autrement dit, le temps, toujours, serait appréhendé à partir de l’expérience vécue d’une conscience. Et c’est notamment Bergson qui théorise cela. Ici l’opération de la conscience n’est pas limitée à la constatation des dynamiques des phénomènes sensibles comme chez Aristote, non. Le temps ici ne se mesure pas, il s’éprouve. 

Ce n’est pas à partir du mouvement des choses que se saisit le temps, mais à partir de ceux de la conscience. Ou plus exactement le temps est dans l’affection de la conscience par le mouvement des choses. 

Aux catégories de la quantité de mouvement d’Aristote, Bergson substitue celles de sa qualité. Dès lors le mouvement ne vaut pas comme déplacement dans le monde mais comme changement de celui-ci. Et le temps n’est plus mesure du mouvement mais pure durée. Ainsi écrit-il dans La pensée et le mouvant que :

« Le temps est ce qui se fait et même ce qui fait que tout se fait […]. Le temps pourrait s’accélérer énormément, et même infiniment : rien ne serait changé pour le mathématicien, pour le physicien, pour l’astronome. 

Profonde serait pourtant la différence au regard de la conscience. Ce ne serait plus pour elle, du jour au lendemain, d’une heure à l’heure suivante, la même fatigue d’attendre. 

De cette attente déterminée, et de sa cause extérieure, la science ne peut tenir compte […] couramment, quand nous parlons du temps nous pensons à la mesure de la durée, et non pas à la durée même. Mais cette durée que la science élimine, qu’il est difficile de concevoir et d’exprimer, on la sent et on la vit ».

Mais attention, pour autant, le temps chez

Bergson

ne se contente pas d’être un attribut de la conscience. Par le fait même que l’affection de celle-ci ne soit que la conséquence d’un changement dans le monde, la conscience circonscrit moins le temps qu’elle n’y est circonscrite.

Il reste donc une forme de cette dernière. Donc, si c’est bien à partir de l’expérience du temps que peut être saisie l’essence de ce dernier, si le temps est bien inscrit dans l’existence, c’est en tant qu’il en est le principe organisateur.​

REPÈRE. Le temps est quelque chose de concret, de palpable, qui cadre l’existence. Il n’est pas une abstraction, c’est donc quelque chose d’existentiel par nature. Le temps est ainsi à considérer comme une forme a priori de nos existences, qui ne peuvent se dérouler hors de lui. Du coup le temps est indissociable de la vie de la conscience, il se dédouble donc en temps objectif, quantitatif, mathématique, celui des horloges, le même pour tous, et en temps qualitatif, la durée telle qu’elle est vécue par la conscience, propre à chaque moment de l’existence.

II. L’EXISTENCE DANS LE TEMPS : COMMENT Y VIVRE ? QUE CELA IMPLIQUE-T-IL POUR L’HOMME ?

A. L’ombre de la mort, angoisse et divertissement. Subir le temps

« Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : “Souviens-toi !”
Les vibrantes douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible,

Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon
Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse ;
Chaque instant te dévore un morceau du délice
A chaque homme accordé pour toute sa saison.

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde
Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix
D'insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois,
Et j'ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor !
(Mon gosier de métal parle toutes les langues.)
Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or !

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

Tantôt sonnera l'heure où le divin Hasard,
Où l'auguste Vertu, ton épouse encor vierge,
Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !),
Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! »

Ce poème, L’horloge, écrit par Baudelaire, met parfaitement bien en scène l’idée que tout homme se fait du temps : un bourreau là pour nous prendre nos vies, et qui nous rappelle chaque seconde notre fin inéluctable. Comme si notre vie n’était qu’un sablier.

« Car enfin, qu’est-ce que l’homme, dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. », explique Pascal, bien pessimiste, dans ses Pensées

Et ce pessimisme est dû à quelque chose qui depuis le début désespère l’homme : sa finitude, sa mortalité, le fait qu’il ne maîtrise pas les termes de son existence, qu’il ait à vivre durant un certain temps puis à accepter de disparaître du jour au lendemain. 

Marc Aurèle le rappelle aussi : quel vaniteux serait l’homme qui oublierait qu’il n’est qu’un point dans l’infinité du monde ! Nous sommes si peu de choses et nous croyons bien souvent au centre du monde. Mais au fond, l’homme est perpétuellement angoissé par sa fin assurée, alors il se trouve des divertissements pour oublier, pour tenter d’apprendre à vivre bien malgré tout, pour tenter d’accepter la loi fatale du temps. 

Regardons à quel point la science-fiction est riche quant aux machines à remonter le temps ou à l’avancer ! Le temps, l’homme y est condamné, forme de nos existences, nous ne pouvons le transcender. Les délires fous des transhumanistes qui rêvent d’immortalité ne sont que de l’ordre du fantasme : un jour, plus ou moins lointain, la mort nous emportera. 

Cette fatalité du temps est un frein à notre liberté, une prison. Le temps n’est pas maîtrisable en tant que tel, il est la seule chose sur laquelle nous ne pouvons rien. Alors nous essayons de l’oublier, exactement comme certains se noient dans l’alcool, ou la drogue, pour oublier.  

En se divertissant l’homme échappe au spectacle de sa misère existentielle, de sa finitude, il oublie. Mais c’est sans doute là subir le temps encore plus, ce qui constituerait au final un cercle vicieux : je ne supporte pas d’être enfermé dans le temps, de ne pouvoir maîtriser ma finitude, je me divertis pour oublier, mais se faisant je laisse passer le temps, précieux, et laisse aussi filer quelque peu mon existence.

B. Le pouvoir du carpe diem, de l’instant présent. Agir (dans) le temps

Une vision optimiste des choses existe, qui prend le contrepied de cette vision pessimiste. Cette dernière consiste à dire que puisque nous sommes limités par le temps, contraints par ce dernier, il ne faut pas rester passifs mais profiter de chaque instant comme si c’était le dernier, d’une part, et se projeter, agir, être maîtres du temps qu’il nous reste à vivre, d’autre part. 

Cette philosophie, c’est celle du Carpe Diem, locution latine qui signifie « cueille le jour ». Marc Aurèle, empereur romain, parmi maints philosophes antiques, défend cette position. Ainsi peut-on lire dans ses Pensées pour lui-même : « Jette donc tout, ne garde que peu de choses. Et encore souviens-toi que chacun ne vit que dans l’instant présent, dans le moment. Le reste, ce n’est que le passé qui n’est plus, ou un obscur avenir ».

 En effet, si le temps nous conditionne et condamne notre existence à être mortelle, le temps nous emprisonne encore plus si nous le voyons de manière négative, si on le laisse passer et si nous décidons de ne rien faire, sous prétexte que notre vie s’arrêtera un jour sans qu’on le veuille. 

Si au contraire nous savourons chaque moment, nous faisons de chaque instant une source de valeur, si nous vivons à fond les choses comme s’il ne nous restait qu’une journée à vivre, alors le temps n’a pas raison de nous, mais nous maîtrisons le temps en ne le laissant pas contraindre notre élan vital.

Une telle vision des choses a alors une incidence sur la définition même que l’on se fait de l’homme, elle change la manière si figée de le considérer. Cette nouvelle définition, nous allons le voir dans le point suivant, c’est celle de l’existentialisme.

C. Une nouvelle définition de l’homme. L’existentialisme : que l’homme se fait dans le temps et ne se préexiste pas de toute éternité

REPÈRE. L’existentialisme est ce courant philosophique qui définit l’être par son existence plutôt que par son essence, c’est-à-dire que l’être n’est pas prédéterminé à l’avance, puisqu’il se réalise dans l’exercice de sa vie, de ses actions, dans l’instant de ses expériences.       

L’existentialisme révolutionne les choses car il dit de l’être humain qu’il ne préexiste pas à ses actes, qu’il n’existe pas réellement en dehors du projet de lui-même qu’il se crée tout au long de sa vie, que tel individu est devenu ce qu’il est devenu par l’existence qu’il mène et rien d’autre. L’existence concrète est donc ce qui vient délimiter, définir les êtres humains.

Sartre est l’un des théoriciens les plus pertinents de l’existentialisme, athée parce qu’il remet en cause l’idée de Dieu. Dieu et la foi constituent pour lui des obstacles trop importants à la liberté essentielle de l’homme et à cette idée que l’homme se fait par ses actes. 

Selon lui, Dieu n’existe pas, l’homme est absolument seul, jeté dans le monde dès sa naissance, il n’a d’autre choix que de se faire lui-même en existant par la somme de ses actions. Ce qui explique le postulat de l’existentialisme, à savoir que l’existence précède l’essence et que l’homme est absolument responsable de tous ses actes et de la définition qu’il se donne de lui-même. 

C’est dans l’épreuve de ses possibles, et jamais avant, que l’existence finit par créer sa propre essence. C’est là l’ultime liberté et la pleine responsabilité. Seul l’homme peut décider de ce qu’il doit faire, de ce qu’il est, et du sens de son existence. 

Ce pourquoi nous existons avant de nous définir et nous sommes la série de nos actes. « Ecce homo », disait Nietzsche, voulant dire par là que l’homme n’est ce qu’il est que dans la vue frontale de ses actions. « L’homme est condamné à être libre », dit quant à lui Sartre, pour tirer les conséquences ultimes sur la définition de l’homme de l’existentialisme.

Dans son ouvrage L’existentialisme est un humanisme, il précise davantage encore les choses et écrit ces quelques lignes qui condensent tout ce que nous avons expliqué ci-dessus : « Si Dieu n’existe pas, il y a au moins un être chez qui l’existence précède l’essence, un être qui existe avant de pouvoir être défini par aucun concept et que cet être c’est l’homme, ou, comme dit Heidegger, la réalité humaine. 

Qu’est-ce que signifie ici que l’existence précède l’essence ? Cela signifie que l’homme existe d’abord, se rencontre, surgit dans le monde, et qu’il se définit après. L’homme, tel que le conçoit l’existentialiste, s’il n’est pas définissable, c’est qu’il n’est d’abord rien ».

Conclusion

Tantôt tournée vers un extérieur transcendant, tantôt tournée vers elle-même, l’existence n’en finit pas de vouloir échapper à sa finitude, et par là même d’affirmer son inscription dans le temps. Le temps quant à lui ne peut se définir qu’au travers du prisme de l’existence : réalité concrète, il n’existe que pour des consciences l’éprouvant. Ce qui explique la distinction fondamentale, notamment, entre le temps quantitatif, objectif, celui des horloges, et le temps subjectif, qualitatif, durée vécue d’une conscience.

En tous cas, force est de constater que c’est dans leur rencontre respective que l’existence et le temps prennent sens, ce qui explique la dualité de cette notion, l’un ne pouvant pas se penser sans l’autre.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Dans ce cours, le but était de montrer à quel point l’existence ne pouvait se penser indépendamment du temps, et le temps séparément de l’existence. Cette liaison est loin d’être factuelle, de sorte qu’il va falloir à tout prix la faire ressortir dans ta copie. 

Un sujet sur le temps sera donc toujours un sujet de portée existentielle, et un sujet sur l’existence à relier à la temporalité. Ce lien, cette indistinction, est fondamentale pour réussir une copie sur ce sujet.

POUR ALLER PLUS LOIN …

Afin de donner tout son sens à ce cours, il serait très intéressant de jeter un œil au livre L’ordre du temps, de Carlo Rovelli, un physicien très inspiré quant à la question de la nature du temps et qui retrace une histoire scientifique tout à fait compréhensible du temps, quand, dans ce cours, nous nous contentons de concepts philosophiques. L’ouvrage apportera donc un point de vue plus scientifiquement orienté rendant le cours encore plus concret.

PROGRAMME COMPLET DE PHILOSOPHIE

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  1. La conscience
  2. La perception
  3. L'inconscient
  4. Autrui
  5. Le désir
  6. L'existence et le temps
  7. Le langage
  8. L'art
  9. Le travail et la technique
  10. La religion
  11. L'histoire
  12. La théorie et l'expérience
  13. La démonstration
  14. L'interprétation
  15. Le vivant
  16. La matière et l'esprit
  17. La vérité
  18. La société
  19. La justice et le droit
  20. L'Etat
  21. La liberté
  22. Le devoir
  23. Le bonheur (1/2)
  24. Le bonheur (2/2)

 

Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

Valkyrieship
20/20

Très bon cours, quoique compliqué pour un niveau de Terminale ! J'ai mis quelques temps à déchiffrer certaines phrases, le tout manque de virgules (et quelques phrases auraient le mérite d'être plus courtes). Un lexique à la fin aurait été appréciable. :) Merci beaucoup en tout cas !

par - le 12/10/2017

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