L'Histoire - Philosophie - Terminale L

L'Histoire - Philosophie - Terminale L

Cette fiche de révision est consacré à la notion d'histoire en philosophie. Notre professeur vous invite à revoir ce concept avant l'épreuve du Bac L.

L'Histoire - Philosophie - Terminale L

Le contenu du document

I - Introduction

L'histoire se définit sommairement comme l'étude et l'écriture des événements passés. Elle est en ce sens le garant de la mémoire des civilisations et du genre humain.
Mais, quel est le sens de l'histoire ? Son étude peut-elle et doit-elle prétendre à l'objectivité ? Est-elle vouée à l'arbitraire ou à des fins déterminées ? C'est dans ces perspectives que l'histoire va intéresser le cadre des investigations philosophiques.
Pour ce faire nous organiserons notre parcours autour des positions antagonistes de divers théoriciens s'étant penchés sur la question d'une philosophie de l'histoire.

II - Le sens de l'histoire, entre universalité et subjectivité

Comment prétendre à l'objectivité lorsque l'objet de notre étude n'est pas soumis à la rigueur des lois générales de la nature, lorsqu'il relève du fait humain, de ses atermoiements, de ses doutes et de ses absconses intentions ? Comment peut-on s'assurer du sens de l'histoire ?

1 - Hérodote : la Grèce antique et l'émergence d'une science historique

Avec Hérodote (484 av. J.-C - 420 av. J.-C) le récit historique acquière le souci du fait objectif. Le caractère mythologique et légendaire du récit laisse peu à peu place aux principes du témoin (l' histôr en grec) et de l'enquête ( historia en grec).
Si Hérodote n'est pas à l'origine de ces deux principes, on en trouve en effet des occurrences dès les textes rapportés aux récits homériques, c'est lui qui va en instruire la plus grande rigueur.
Hérodote souligne ainsi la nécessité d'un regard critique sur les faits rapportés. Pour ce faire, il s'intéresse prioritairement aux événements récents de l'histoire, ceux qui se prêtent le moins aux fabulations séculaires de ses témoins directs ou indirects.
Les textes d'Hérodote entendent établir une chronologie des événements, ainsi qu'une étude de leurs enchainements, de leurs causes et de leurs conséquences.
De Thucydide (460 av. J.-C - 397 av. J.-C) à Plutarque (46 ap. J.-C - 125) en passant entre autres par Aristote (384 av. J.-C - 322 av. J.-C), nombre de ses congénères de l'Antiquité lui reprochèrent toutefois encore une certaine naïveté dans la critique, une partialité dans le jugement et un goût encore trop prononcé pour le pittoresque dans l'écriture.
Citation : «  Hérodote, Histoires.

2 - La subjectivité : facteur objectif de l'histoire

Si le critère de la véracité des événements rapportés demeure au fondement de toute étude sérieuse, c'est sur un critère différend que va s'appesantir la pensée moderne et contemporaine de l'histoire.
La dimension interprétative et subjective de tout récit historique va ainsi devenir un objet d'étude et un facteur à part entière de celui-ci.
Loin de voir dans la subjectivité une entrave à la saisie de l'histoire, des penseurs, à l'image du philosophe Paul Ricœur (1913-2005), la considèrent comme le pré requis même de toute étude. L'histoire est faite par les hommes, une histoire objective et froide des événements est une histoire désincarnée et donc par conséquent dénaturée.
Dans le même ordre d'idée, au début du XXème siècle, l'Ecole des Annales va introduire dans le champ des investigations historiques, les facteurs économiques, sociaux, et plus spécifiquement encore des facteurs relatifs à l'étude des mentalités. Ces facteurs viennent ainsi s'ajouter aux catégories plus classiques, aux catégories plus objectives, des analyses des événements d'obédience politique, diplomatique ou militaire.
Plus récemment, à l'initiative de Pierre Nora, plusieurs historiens s'adonneront même à la pratique des essais dits d' égo-histoire. Dans cet exercice du récit historique, ce sont les propres vies des auteurs qui doivent être saisis comme pan de l'histoire et se raccorder à l'histoire traditionnelle.
Citation : « « Entre l'action et la pensée, il n'est pas de cloison. Il n'est pas de barrière. Il faut que l'histoire cesse de vous apparaître comme une nécropole endormie, où passent seules des ombres dépouillées de substance. Il faut que, dans le vieux palais silencieux où elle sommeille, vous pénétriez, tout animés de la lutte, tout couverts de la poussière du combat, du sang coagulé du monstre vaincu - et qu'ouvrant les fenêtres toutes grandes, ranimant les lumières et rappelant le bruit, vous réveilliez de votre vie à vous, de votre vie chaude et jeune, la vie glacée de la Princesse endormie ... ». Lucien Febvre, Combats pour l'Histoire.

III - Le sens de l'histoire, entre déterminisme et nihilisme

Le fait historique est essentiellement celui de l'humain, il dresse une sorte d'esquisse de la destinée humaine. Le sens de l'histoire prend dans cette optique la forme d'une question existentielle. Les événements de l'histoire disent-ils quelque chose de la nature fondamentale de l'être humain ou ne sont-ils que le fruit de la contingence ?

1 - Histoire et providence divine

Dans la religion chrétienne, qui demeure un courant de pensée des plus partagés, le sens de l'histoire repose sur la volonté d'un démiurge divin qui préside aux destinées humaines. Bien que présente dans les courants de pensée de la philosophie antique, la question de la providence acquière dans le christianisme un déterminisme plus affirmée qui garantie le devenir humain de sa création à sa fin appelée le jugement dernier.
Tout semblant de contingence et de vicissitude humaine est ainsi récupéré sous l'égide d'un projet divin dont les tenants et les aboutissants peuvent échapper à la raison humaine. L'histoire est, dans cette perspective, déjà écrite, et ses principaux événements, passés et à venir, énoncés au sein de l' écriture sainte, la Bible.
Citation : « La providence divine qui conduit admirablement toutes choses, gouverne la suite des générations humaines depuis Adam jusqu'à la fin des siècles, comme un seul homme, qui, de l'enfance à la vieillesse, poursuit sa carrière dans le temps en passant par tous les âges ». Saint Augustin, Quatre-vingt trois questions diverses.

2 - La pensée déterministe

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) et Karl Marx (1818-1883) sont les deux figures tutélaires à travers lesquelles est généralement développée la question du déterminisme historique.
En effet, si celle-ci apparaît déjà au fondement de la religion chrétienne et de son principe de providence, c'est avec le siècle des Lumières que le déterminisme va trouver à être pensé hors des dogmatismes de la révélation divine, et ainsi se rapporter à la seule raison humaine.

    1 - Hegel

La philosophie de Hegel demeure empreinte de principes religieux. Ainsi, chez lui le sens de l'histoire relève d'une théodicée.
Dès lors, les événements chaotiques de l'histoire ne remettent aucunement en question le développement de ce qu'Hegel nomme l' Esprit Absolu, c'est-à-dire la raison humaine qui finira à terme par se révéler pleinement à elle-même.
Bien au contraire, c'est à travers les soubresauts de l'histoire que l' Esprit absolu s'accomplira, c'est dans la force de leur contradiction, de ce que ces soubresauts opposent à la raison, que cette dernière va puiser aux dépassements de ses potentialités.
Chez Hegel le sens de l'histoire se rapporte à une lutte pour la liberté de la raison. Celle-ci ne va pas de soi, elle n'a pas la clarté de la providence chrétienne, elle est durement mise à l'épreuve, c'est là la condition sine qua none de sa connaissance.
Citation : « L'histoire n'est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches ». Georg Wilhelm Friedrich Hegel, La raison dans l'histoire.

    2 - Marx

La démarche historique de Marx peut être envisagée dans la continuité de celle de Hegel, toutefois chez Marx on assiste à une certaine inflexion de l'idéalisme hégélien.
Ainsi, si Marx ne discute pas la dimension déterminisme de l'histoire, si pour lui les antagonismes de l'histoire serve sa réalisation, il y a chez lui cette volonté de rapprocher le plus possible les devenirs de l'histoire des hommes qui la fondent.
Plus qu'a l'idéalisme de la raison, qu'à l'accomplissement de sa liberté, c'est à celle de l'homme, à celle des individus pris pour eux-mêmes, que va s'intéresser Marx.
Dans ce contexte, saisis dans leur cadre social, les hommes se livrent à ce que Marx appelle une lutte des classes, qui oppose essentiellement en son temps bourgeoisie et prolétariat, mais qui s'étend dans sa pensée à toutes les sociétés et à toutes les franges de celle-ci, y compris au sein de la famille.
Chez Marx, le sens de l'histoire c'est alors celui qui conduira à l'abrogation des catégories sociales pour en venir à une acception plus libre de la condition humaine.
Citation : « L'athéisme est une négation de Dieu, et par cette négation, il pose l'existence de l'homme ». Karl Marx, Manuscrits.

3 - Contre la pensée déterministe

Les projections de Hegel et de Marx, et avec elles celles de la pensée déterministe et son idéal de progrès, ont été soumis à rude épreuve lors du siècle dernier. L' Esprit Absolu parviendra-t-il à s'accomplir à travers l'hérésie nazie ? L'appel au communisme induit par le principe de la lutte des classes peut-il se réjouir de la figure du stalinisme ?
Face à ces apories, diverses pensées proposent une alternative, si ce n'est une véritable opposition, à l'idéologie déterministe.

    1 - Nietzsche

La philosophie sur l'histoire de Friedrich Nietzsche (1844-1900) entend elle aussi rapporter le sens de l'histoire aux nécessités humaines. L'histoire n'a de sens qu'en tant qu'elle exacerbe les vitalités de l'être. Les théories de Nietzsche définissent trois principaux courants historiques :
  • L' histoire monumentale, c'est-à-dire l'histoire envisagée à travers les grands hommes qui l'ont jalonnée, ne doit pas sublimer ces derniers mais les ramener à leurs actions concrètes, et de fait humaines.
  • L 'histoire traditionaliste, c'est-à-dire celle qui s'évertue à instruire une mémoire des civilisations et des peuples, n'est opérante que dans la mesure où cette mémoire est sans cesse réactualisée, que se laisse réapproprier par les nouvelles générations, qu'elle n'est pas rendu à l'état de vestige, d'objet figé et fixé dans le temps.
  • L' histoire critique, c'est-à-dire celle d'une opinion actuelle et transcendante sur le passé, ne doit juger de l'efficience ou de la défaillance du passé qu'à la condition que cela serve à juger de ses propres efficiences et défaillances actuelles.
Citation : « Ne sais-tu pas que dans chacune de tes actions, l'histoire entière du devenir se répète en abrégé ? ». Friedrich Nietzsche, La volonté de puissance.

    2 - Lévi-Strauss

La pensée de Claude Lévi-Strauss (1908-2009) dans le domaine de l'histoire semble attaquer le déterminisme en ses points les plus fondamentaux.
Ainsi l'idée d'une histoire universelle est-elle battue en brèche à travers l'étude anthropologique et ethnologique de diverses peuplades dont l'existence ne correspond en rien au principe de progrès de l'histoire occidentale. Ici la raison n'a nulle liberté à conquérir, nul carcan à transcender, l'histoire est le fait de contingences, et de procédures cycliques.
Ce que va ainsi stigmatiser Lévi-Strauss c'est l'ethnocentrisme occidental, cette propension à n'envisager le monde et son cours qu'a travers ses propres préoccupations et ses propres ambitions, faisant alors fi de tout regard critique sur ceux-là.
Citation : « On refuse d'admettre le fait-même de la diversité culturelle ; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit ». Claude Lévi-Strauss, Race et histoire.

IV - Conclusion

Qu'elle convoque de purs philosophes ou des historiens, des anthropologues, des théologiens et des sociologues, la philosophie de l'histoire réclame un certain recul vis-à-vis des événements qui composent ladite histoire. Cela suppose une démarche épistémologique à l'égard des sciences de l'histoire. A la fois un travail de relecture de documents et d'écrits historiques, afin d'en mesurer la part d'interprétation et de subjectivité ; et à la fois une inflexion du sens de l'histoire qui ne peut plus simplement s'envisager suivant l'idéologie du progrès de la raison et de la sagesse humaines.
Fin de l'extrait

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