L'Histoire - Philosophie - Terminale L

L'Histoire - Philosophie - Terminale L

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L'Histoire - Philosophie - Terminale L

Le contenu du document

Dans ce cours, il va s’agir tout d’abord de distinguer la grande histoire,  successions des faits et événements historiques menés ou non par les grands hommes, de la petite histoire, le récit, la narration de ces événements par l’étude de l’historien. 

Mais il va surtout s’agir de se demander si l’histoire a un sens, et, le cas échéant, quel est ce sens ? Objectif ? Déterminé à l’avance ? Ou subjectif ? Dépendant d’une quelconque liberté humaine de ses acteurs ou de la subjectivité de l’historien qui la réécrit ? 

C’est à cette grande problématique que s’intéresse ce cours, qui croisera des philosophes majeurs de l’histoire comme Hérodote, Hegel, Lévi-Strauss, Marx, Nietzsche, etc.

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

La double définition de l’histoire (Geschichte/Historie, grande histoire/petite histoire) ; Le déterminisme contre la liberté ; La providence divine à l’œuvre dans l’histoire et la théodicée (Saint Augustin) ; L’effectuation rationnelle de l’histoire (Hegel) ; L’histoire comme science objective (Hérodote) ; L’histoire comme création d’élans vitaux particuliers (Nietzsche) ; L’histoire ou la lutte des classes (Marx) ; L’ethnocentrisme et la différenciation culturelle (Lévi-Strauss).

Introduction

A. Définition

En français, il n’y a qu’un mot pour désigner l’histoire, mais dans d’autres langues comme l’allemand, il y en a au moins deux, et cela simplifie grandement les choses puisque les deux mots donnent évidemment un sens bien différent à l’histoire dont il est question. 

Ainsi, nous devons distinguer entre la grande histoire, que l’allemand nomme “Geschichte”, l’histoire est d’une part l’ensemble des événements du passé de l’homme pris dans leur succession, et la petite histoire, que l’allemand nomme “Historie” et qui équivaut à la reconstruction narrée de ces faits par les historiens, garante de la mémoire des civilisations et du genre humain.

Il y a la grande histoire, celle des événements, du domaine de l’action, donc, et la petite histoire, celle qui raconte les faits, du domaine de la théorie.

B. Problématique

La grande question quant à l’histoire est de savoir si elle a un sens, et le cas échéant, lequel... 

Son étude peut-elle et doit-elle prétendre à l’objectivité ? Est-elle vouée à l’arbitraire ou à des fins déterminées ? L’histoire s’écrit-elle après coup, par l’Historie, quand les événements sont passés ? Ou l’histoire se fait-elle in situ, par les hommes qui agissent ? Le sens de l’histoire ne leur échappe-t-il pas ? Les humains sont-ils libres ou destinés à faire l’histoire qui leur serait dictée ? Et quelle est la place de l’historien, dans l’écriture de cette dernière ?

REPÈRE. Il faut bien distinguer l’histoire, la grande, la Geschichte, celle des événements, des faits historiques, des hommes, et l’histoire comme domaine d’étude, l’Historie, visant à retranscrire dans une narration les faits passés.

I. LE SENS DE L’HISTOIRE, ENTRE UNIVERSALITÉ ET SUBJECTIVITÉ

Comment prétendre à l’objectivité alors que jamais l’histoire n’est soumise à la rigueur des lois générales de la nature, puisqu’elle relève du fait humain, de ses atermoiements, de ses doutes, de ses intentions plus ou moins limpides, et surtout, de sa liberté ? Comment peut-on s’assurer du sens de l’histoire et encore mieux le comprendre, si elle est le fait d’hommes libres, agissant de manière autonome et non automatique ?

L’universalité c’est ce qui est valable pour tous, quel que soit le lieu et le moment. La subjectivité c’est ce qui n’est valable que pour une personne, un sujet...

A. Le souci de l’objectivité, Hérodote : la Grèce antique et l’émergence d’une science dite historique

C’est avec Hérodote (484 av. J.-C – 420 av. J.-C) que le récit historique acquiert le souci de l’objectivité. Le caractère mythologique et légendaire du récit laisse peu à peu place aux principes du témoin (l’histôr en grec) et de l’enquête (historia en grec).

Si Hérodote n’est pas à l’origine de ces deux principes, puisqu’on en trouve en effet des occurrences dès les textes homériques, c’est lui qui va en instruire la plus grande rigueur.

Hérodote souligne ainsi la nécessité d’un regard critique sur les faits rapportés. Pour ce faire, il s’intéresse prioritairement aux événements récents de l’histoire, ceux qui se prêtent le moins aux fabulations de ses témoins directs ou indirects.

Les textes d’Hérodote entendent établir une chronologie des événements, ainsi qu’une étude de leurs enchaînements, de leurs causes et de leurs conséquences.

Pour Hérodote, l’histoire est d’autant plus objective que « ce sont les événements qui commandent aux hommes et non les hommes aux événements » (Histoires). Il défend donc l’idée que les hommes sont plus agis, acteurs, qu’ils ne décident eux-mêmes du sens de l’histoire.

B. Que le facteur histoire est la subjectivité

Avec le temps, la dimension interprétative et subjective du récit historique va ainsi devenir un objet d’étude et un facteur à part entière de celui-ci.

Loin de voir dans la subjectivité une entrave à la saisie de l’histoire, des penseurs, à l’image du philosophe Ricœur la considèrent comme le pré requis même de toute étude. L’histoire est faite par les hommes, de sorte qu’une histoire objective et froide des événements serait une histoire désincarnée et donc par conséquent dénaturée. 

Ainsi Lucien Febvre, un de ses confrères, écrit-il qu’ « entre l’action et la pensée, il n’est pas de cloison. Il n’est pas de barrière. Il faut que l’histoire cesse de vous apparaître comme une nécropole endormie, où passent seules des ombres dépouillées de substance. 

Il faut que, dans le vieux palais silencieux où elle sommeille, vous pénétriez, tout animés de la lutte, tout couverts de la poussière du combat, du sang coagulé du monstre vaincu – et qu’ouvrant les fenêtres toutes grandes, ranimant les lumières et rappelant le bruit, vous réveilliez de votre vie à vous, de votre vie chaude et jeune, la vie glacée de la Princesse endormie... » (Combats pour l’Histoire).

Dans le même ordre d’idée, au début du XXème siècle, l’École des Annales va introduire dans le champ des investigations historiques, les facteurs économiques, sociaux, et plus spécifiquement encore des facteurs relatifs à l’étude des mentalités. Ces facteurs viennent ainsi s’ajouter aux catégories plus classiques, aux catégories plus objectives, des analyses des événements d’obédience politique, diplomatique ou militaire.

Plus récemment, à l’initiative de Pierre Nora, plusieurs historiens s’adonneront même à la pratique des essais dits d’égo-histoire. Dans cet exercice du récit historique, ce sont les propres vies des auteurs qui doivent être saisies comme pans de l’histoire et se raccorder à l’histoire traditionnelle.

REPÈRE. L’histoire objective ou subjective, c’est toute une histoire ! Soit elle est objective et les faits sont traçables pour tous de la même manière parce qu’elle obéit à des mouvements explicables dont les hommes sont les acteurs, soit elle est subjective, dépend donc de la vision de chacun des personnages qui la font, avec toute leur part de mystère et de liberté.

II. LE SENS DE L’HISTOIRE, ENTRE DÉTERMINISME ET LIBERTÉ

Le fait historique est essentiellement celui de l’humain, il dresse une sorte d’esquisse de la destinée humaine. Le sens de l’histoire prend dans cette optique la forme d’une question existentielle. 

Les événements de l’histoire disent-ils quelque chose de la nature fondamentale de l’être humain ou ne sont-ils que le fruit de la contingence ?

Le déterminisme, c’est l’idée selon laquelle tout est déterminé à l’avance. L’histoire serait prédictible et les hommes la faisant ne choisiraient pas leurs faits et gestes réellement.

A. Histoire et providence divine

Dans la religion chrétienne, qui demeure un courant de pensée des plus partagés, le sens de l’histoire repose sur la volonté d’un démiurge divin qui préside aux destinées humaines. 

Bien que présente dans les courants de pensée de la philosophie antique, la question de la providence acquiert dans le christianisme un déterminisme plus affirmée qui garantit le devenir humain de sa création à sa fin appelée le jugement dernier.

Tout semblant de contingence et de vicissitude humaine est ainsi récupéré sous l’égide d’un projet divin dont les tenants et les aboutissants peuvent échapper à la raison humaine. L’histoire est, dans cette perspective, déjà écrite, et ses principaux événements, passés et à venir, énoncés au sein de l’écriture sainte, la Bible.

Ainsi Saint-Augustin, dans La cité de Dieu, pense-t-il que la providence divine conduit admirablement toutes choses, gouverne la suite des générations humaines depuis Adam jusqu’à la fin des siècles, comme un seul homme, qui, de l’enfance à la vieillesse, poursuit sa carrière dans le temps en passant par tous les âges.

Que l’histoire soit aux mains d’un démiurge dont nous ne serions que les marionnettes est une idée qui a été maintes et maintes fois reprises, ce démiurge étant un dieu, comme dans la religion chrétienne, ou autre chose, la nature, la raison, selon certains philosophes... Reste qu’il s’agit bien ici de pensée déterministe : l’homme ne choisit pas l’histoire qu’il fait, ici.

B. La pensée déterministe

Hegel et Marx sont les deux figures tutélaires à travers lesquelles est généralement développée la question du déterminisme historique.

En effet, si celle-ci apparaît déjà au fondement de la religion chrétienne et de son principe de providence, c’est avec le siècle des Lumières que le déterminisme va trouver à être pensé hors du champ de la révélation divine, et ainsi se rapporter à la seule raison humaine.

  • La philosophie de Hegel demeure empreinte de principes religieux. Ainsi, chez lui le sens de l’histoire relève d’une théodicée, c’est-à-dire du choix du meilleur des mondes possibles par un Dieu. Dès lors, les événements chaotiques de l’histoire ne remettent aucunement en question le développement de ce que Hegel nomme l’Esprit Absolu, c’est-à-dire la raison humaine qui finira à terme par se révéler pleinement à elle-même.
  • Bien au contraire, c’est à travers les soubresauts de l’histoire que l’Esprit absolu s’accomplira, c’est dans la force de leur contradiction, de ce que ces soubresauts opposent à la raison, que cette dernière va puiser aux dépassements de ses potentialités. « L’histoire n’est pas le lieu de la félicité. Les périodes de bonheur y sont ses pages blanches », écrit-il dans La raison dans l’histoire.
  • Chez Hegel le sens de l’histoire se rapporte à une lutte pour la liberté de la raison. Celle-ci ne va pas de soi, elle est durement mise à l’épreuve, c’est là la condition sine qua none de sa connaissance.
  • La démarche historique de Marx peut être envisagée dans la continuité de celle de Hegel, toutefois chez Marx on assiste à une certaine inflexion de l’idéalisme hégélien. Ainsi, si Marx ne discute pas la dimension déterministe de l’histoire, si pour lui les antagonismes de l’histoire servent sa réalisation, il y a chez lui cette volonté de rapprocher le plus possible les devenirs de l’histoire des hommes qui la fondent. Plus qu’à l’idéalisme de la raison, qu’à l’accomplissement de sa liberté, c’est à celle de l’homme, à celle des individus pris pour eux-mêmes, que va s’intéresser Marx.
  • Dans ce contexte, saisis dans leur cadre social, les hommes se livrent à ce que Marx appelle une lutte des classes, qui oppose essentiellement en son temps bourgeoisie et prolétariat, mais qui s’étend dans sa pensée à toutes les sociétés et à toutes les franges de celle-ci, y compris au sein de la famille.
  • Chez Marx, le sens de l’histoire c’est alors celui qui conduira à l’abrogation des catégories sociales pour en venir à une acception plus libre de la condition humaine.

C. Contre la pensée déterministe

Les projections de Hegel et de Marx, et avec elles celles de la pensée déterministe et son idéal de progrès, ont été soumis à rude épreuve lors du siècle dernier. 

L’Esprit Absolu parviendra-t-il à s’accomplir à travers l’hérésie nazie ? L’appel au communisme induit par le principe de la lutte des classes peut-il se réjouir de la figure du stalinisme ? Bien sûr que non...

Face à ces apories, diverses pensées proposent une alternative, si ce n’est une véritable opposition, à l’idéologie déterministe de l’histoire : non, cette dernière ne serait pas écrite à l’avance, au vu des drames dont elle est l’arène.

  • La philosophie de l’histoire de Nietzsche entend ainsi rapporter le sens de l’histoire aux nécessités humaines. L’histoire n’a de sens qu’en tant qu’elle exacerbe les vitalités de l’être. Les théories de Nietzsche définissent trois principaux courants historiques :
    • L’histoire monumentale, c’est-à-dire l’histoire envisagée à travers les grands hommes qui l’ont jalonnée, ne doit pas sublimer ces derniers mais les ramener à leurs actions concrètes, et de fait humaines.
    • L’histoire traditionaliste, c’est-à-dire celle qui s’évertue à instruire une mémoire des civilisations et des peuples, n’est opérante que dans la mesure où cette mémoire est sans cesse réactualisée, qui se laisse réapproprier par les nouvelles générations, qu’elle n’est pas rendu à l’état de vestige, d’objet figé et fixé dans le temps.
    • L’histoire critique, c’est-à-dire celle d’une opinion actuelle et transcendante sur le passé, ne doit juger de l’efficience ou de la défaillance du passé qu’à la condition que cela serve à juger de ses propres efficiences et défaillances actuelles. Ainsi Nietzsche, dans La volonté de puissance, écrit : « Ne sais-tu pas que dans chacune de tes actions, l’histoire entière du devenir se répète en abrégé ? ».

 

  • La pensée de Claude Lévi-Strauss elle aussi dans le domaine de l’histoire semble attaquer le  déterminisme en ses points les plus fondamentaux. Ainsi l’idée d’une histoire universelle est-elle battue en brèche à travers l’étude anthropologique et ethnologique de diverses peuplades dont l’existence ne correspond en rien au principe de progrès de l’histoire occidentale. Ici, la raison n’a nulle liberté à conquérir, nul carcan à transcender, l’histoire est le fait de contingences, et de procédures cycliques.
  • Ce que va ainsi stigmatiser Lévi-Strauss c’est l’ethnocentrisme occidental, cette propension à n’envisager le monde et son cours qu’à travers ses propres préoccupations et ses propres ambitions, faisant alors fi de tout regard critique sur ceux-là.  « On refuse d’admettre le fait-même de la diversité culturelle ; on préfère rejeter hors de la culture, dans la nature, tout ce qui ne se conforme pas à la norme sous laquelle on vit », écrit-il dans Race et histoire.

REPÈRE. L’ethnocentrisme est une propension à comprendre le monde qu’à travers le prisme de sa propre culture, qui amène à sous-évaluer les autres cultures. Ce concept a été fondé par Lévi-Strauss.

Conclusion

Qu’elle convoque de purs philosophes ou des historiens, des anthropologues, des théologiens et des sociologues, la philosophie de l’histoire réclame un certain recul vis-à-vis des événements qui composent ladite histoire. 

Cela suppose une démarche épistémologique à l’égard des sciences de l’histoire. 

À la fois un travail de relecture de documents et d’écrits historiques, afin d’en mesurer la part d’interprétation et de subjectivité ; et à la fois une inflexion du sens de l’histoire qui ne peut plus simplement s’envisager suivant l’idéologie du progrès de la raison et de la sagesse humaines.

LE PETIT + DANS TA COPIE

Lorsque tu dissertes sur l’histoire, tu ne peux évidemment pas rester abstrait. Il va te falloir des exemples précis de faits historiques, et attention, comme dirait Lévi-Strauss, à l’ethnocentrisme : l’histoire ne s’arrête pas à l’Europe... 

Attention également à bien distinguer de quel type d’histoire tu parles, la grande, celle des événements, ou la petite, celle qui narre ces événements...

POUR ALLER PLUS LOIN …

Lire l’excellent article d’Henri Marrou, « Tristesse de l’historien ». Dans cet article, l’auteur montre que l’historien ne parviendra sans doute jamais à réaliser sa tâche car il ne pourra jamais se mettre dans la tête des acteurs de l’histoire. Cela revient pour lui à faire parler des fantômes.

PROGRAMME COMPLET DE PHILOSOPHIE

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  1. La conscience
  2. La perception
  3. L'inconscient
  4. Autrui
  5. Le désir
  6. L'existence et le temps
  7. Le langage
  8. L'art
  9. Le travail et la technique
  10. La religion
  11. L'histoire
  12. La théorie et l'expérience
  13. La démonstration
  14. L'interprétation
  15. Le vivant
  16. La matière et l'esprit
  17. La vérité
  18. La société
  19. La justice et le droit
  20. L'Etat
  21. La liberté
  22. Le devoir
  23. Le bonheur (1/2)
  24. Le bonheur (2/2)

 

Fin de l'extrait

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