L'Inconscient - Philosophie - Terminale L

L'Inconscient - Philosophie - Terminale L

Télécharge gratuitement cette fiche de Philo sur l'Inconscient (dans la grande thématique du Sujet) pour réviser efficacement ton bac !

Ce cours sur l’inconscient a pour objectif de vous donner une base conceptuelle quant à ce dernier. L’inconscient, notamment, se décline en trois grandes catégories, ce que l’on a tendance à oublier en ne retenant que l’inconscient psychique, celui inventé par Freud, propre à la psychanalyse, qui équivaudrait à 90% de mes actions.

digiSchool t'accompagne toute l'année dans tes révisions du baccalauréat !

L'Inconscient - Philosophie - Terminale L

Le contenu du document

Ce cours sur l’inconscient a pour objectif de vous donner une base conceptuelle quant à ce dernier. L’inconscient, notamment, se décline en trois grandes catégories, ce que l’on a tendance à oublier en ne retenant que l’inconscient psychique, celui inventé par Freud, propre à la psychanalyse, qui équivaudrait à 90% de mes actions. 

Outre cet inconscient psychique, il existe en effet un inconscient cognitif (ce qui dans nos connaissances n’est pas conscient, comme les petites perceptions), mais également un inconscient collectif (celui de la collectivité qui influence l’individu à agir de telle ou telle manière sans que ce dernier n’en ait conscience).

Mais attention, on vous demande d’être tout à fait au point sur l’inconscient psychique théorisé par Freud, celui qui vise à défaire l’homme de sa supériorité consciente, celui qui tend à remettre en cause qu’il puisse être l’unique sujet de ses actions et qui implique l’idée d’un autre moi en moi...

PRÉREQUIS

Aucun prérequis, c’est un cours de débutant en philosophie, aucune crainte ! Il faut juste être vigilant quant aux distinctions conceptuelles employées et au vocabulaire spécifique utilisé.

OBJECTIFS

Les trois types d’inconscient (cognitif, psychique, collectif), l’inconscient comme absence de conscience (inconscience) ou comme entité à part entière, les critiques de l’inconscient (la mauvaise foi de Sartre, l’irresponsabilisation d’Alain, lalangue de Lacan).

Introduction

A. Définition : inconscience et inconscient

Même si nous nous prenons bien trop souvent pour des êtres d’esprit, force est de constater que la plupart de nos actions échappent à notre conscience, sont ainsi “non conscientes”. 

Par exemple, lorsque je suis sur mon vélo et que je freine quasi automatiquement devant un enfant qui traverse la route, ce n’est pas tout à fait conscient puisque c’est instinctif, automatique, et si j’avais attendu de prendre une décision délibérée, tout à fait consciente, l’enfant aurait été renversé. Preuve en est qu’il y a au moins une toute petite part d’inconscient en nous. 

Sauf si l’on considère comme le fait la psychanalyse que l’inconscient a une part beaucoup plus importante et correspond à 90% de nos opérations mentales ! Mais alors, qu’en est-il ? Et qu’entendre réellement sous ce terme pour le moment quelque peu obscur d’ « inconscient » ?

Est inconscient celui qui ne se rend pas compte que ses actions comportent des risques, sont dangereuses pour lui-même ou pour d’autres. « Es-tu inconscient ? », dira-t-on à un enfant qui monterait tout seul une grande échelle. 

Dans cette continuité, « inconscient » est aussi employé comme synonyme de totalement irresponsable (« Quoi ? Tu as laissé seul ton bébé de six mois ? Mais tu es complètement inconscient ! »). Mais, ici, il y a quand même une forme de conscience. Ces actes dits inconscients ne sont pas dénués de conscience, ils sont juste un peu fou. On parlera alors seulement d’inconscience.

Il y a aussi des états où la conscience semble sur pause, en veille. Pensons au sommeil, l’anesthésie, le coma, où la conscience semble sur pause, comme en veille. Est-ce là encore vraiment de l’inconscient ? Ou de l’inconscience ?

Attention, contrairement à l’inconscience, l’inconscient est un véritable concept, qui s’est forgé au fil du temps et dont la paternité est à imputer à Freud. Contrairement à l’inconscience, il n’est pas une simple absence de conscience ou une mise entre parenthèses. 

On peut en effet définir l’inconscient de manière négative, comme ce qui n’est tout simplement pas conscient, mais on peut également le définir de manière positive comme étant une réalité psychique à part entière, en plus de la conscience, qui est autonome donc qui a son propre mode de fonctionnement.

B. Problématique générale : quelle réalité pour l’inconscient ? Comment le concevoir ?

D’abord, une problématique de type ontologique (qui a trait à l’existence d’une chose) : quelle réalité pour l’inconscient ? Devons-nous penser comme Freud, que l’inconscient est un bout à part entière de notre psychisme, et que donc il a une existence active et réelle ? Ou ne devons-nous considérer l’inconscient que comme ce qui échappe à la conscience, et rien de plus, sans que cela constitue une autre partie de notre psychisme ?  

Ensuite, une problématique de type gnoséologique (ce qui a trait à la connaissance d’une chose, aux conditions par lesquelles on peut appréhender, connaître, conceptualiser, savoir, etc., cette chose) car se pose la question de comment concevoir cet inconscient s’il s’agit de quelque chose qui par définition échapperait à la conscience ?

I. L’INCONSCIENT COGNITIF COMME POINT DE DÉPART, OU L’INCONSCIENT COMME PHÉNOMÈNE SECONDAIRE

Il s’agit ici de toutes ces connaissances dont nous n’avons pas une idée claire et distincte, qui sont là mais confuses ou obscures. On parlera donc d’inconscient cognitif. Comment les philosophes expliquent-ils ce phénomène d’inconscient cognitif ?

A. Descartes : c’est la faute au corps

Descartes, parce qu’il est dualiste, exclut radicalement l’idée qu’une activité inconsciente puisse exister au sein même de l’esprit. Alors, il réduit les états inconscients, ceux où nous ne semblons pas maîtres de nos actions, au corps, plus précisément, puisque le corps et l’esprit sont deux domaines différents, ils sont étrangers l’un à l’autre et le fonctionnement du corps échappe en partie à l’esprit. 

La conscience ne maîtrise pas tout, elle a des degrés d’inconscience, selon Descartes, car elle est tout en relation avec ce corps qui ne lui ressemble pas. Les phénomènes inconscients sont donc entièrement issus, selon lui, d’une mauvaise communication entre l’âme et le corps. Ainsi écrit-il dans les Méditations métaphysiques (VI) :

« La nature m’enseigne aussi par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote en son navire, mais, outre cela, que je lui suis conjoint très étroitement et tellement confondu et mêlé, que je compose comme un seul tout avec lui. 

Car, si cela n’était, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirais pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu’une chose qui pense, mais j’apercevrais cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau ; et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connaîtrais simplement cela même, sans en être averti par des sentiments confus de faim et de soif. 

Car en effet, tous ces sentiments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui proviennent et dépendent de l’union et comme du mélange de l’esprit avec le corps. »

Mais un défaut peut être ici pointé : l’explication de Descartes relie les phénomènes inconscients au corps mais est aveugle aux phénomènes inconscients qui se situent dans l’esprit.

B. Leibniz, un défaut de perception

Pour Leibniz, le refus de Descartes de considérer qu’une forme d’inconscient existe au niveau de l’esprit, et pas seulement du corps, est une erreur. Descartes se fourvoierait à penser que là où il n’y a pas de pensée consciente, il n’y a tout simplement pas de pensée du tout.

Leibniz considère au contraire qu’il y a tout un tas de pensées de degrés différents, de la plus obscure à la plus claire. Il existe une infinité de degrés entre la non-conscience et la conscience parfaitement claire. Entre ces deux extrêmes, il existe les « petites perceptions », des perceptions inconscientes. 

De quoi s’agit-il ? De minuscules perceptions, en si grand nombre que nous sommes dans l’incapacité de les percevoir toutes, alors elles restent inaperçues. Comme nous l’avons vu dans le cours sur la conscience, Leibniz illustre sa théorie par un exemple précis, celui du bruit de la mer, que je perçois globalement sans entendre le son de chacune des vagues et encore moins celui de chaque gouttelette se mouvant. 

Autrement dit, entre les états de conscience et ce type d’état inconscient, il y a une forte continuité, il n’existe en fait qu’une différence de degré entre le conscient et l’inconscient, qui provient d’un simple défaut de notre perception (nous ne pouvons percevoir l’infiniment petit, ni un nombre trop conséquent de perceptions en même temps).

REMARQUE. Le point commun des théories de Descartes et de Leibniz c’est qu’ils renvoient l’inconscient à une place secondaire et ne le théorisent absolument pas comme une réalité à part entière. Il faut attendre Freud pour cela, ce dernier considérant l’inconscient comme une partie tout à fait autonome du moi, coexistant avec la conscience certes, mais étant la part la plus importante de notre psychisme. Ce n’est ainsi qu’avec Freud que se théorise l’idée d’un psychisme inconscient.

 

REPÈRE. Les petites perceptions de Leibniz, ces perceptions si infimes ou en si grand nombre qu’elles échappent à notre conscience trop globale, offrent une des premières théorisations de l’inconscient. Ici, toutefois, l’inconscient est encore à comprendre comme non conscience plus que comme réalité à part entière.

 

II. L’INCONSCIENT PSYCHIQUE COMME DONNANT LA PART BELLE À L’INCONSCIENT

« Une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas quand c’est moi qui veux ; de sorte que c’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut “je pense”. Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi, c’est une pure supposition. »

Nietzsche, Le gai savoir.

 

On est ici au plus près de l’inconscient tel que Freud le définira. Nietzsche toutefois ne conceptualise pas à proprement parler l’idée même d’un inconscient psychique. Mais ce qu’il dit ci-dessus est sans doute la meilleure définition que l’on peut donner de l’inconscient.

Mais c’est bien à travers les travaux de psychanalyse de Freud que la notion d’inconscient va trouver à se définir et à se circonscrire pleinement. Chez Freud l’inconscient n’est pas seulement une présence diffuse qui affecte la pensée et le corps, il est doté d’une véritable structure bien distincte de la conscience, et possédant ses propres logiques. L’inconscient est ici une entité à part entière d’un appareil psychique que Freud configurera au cours de son œuvre de deux manières différentes, appelées topiques.

A. La logique de l’inconscient freudien

L’inconscient, par définition, n’est pas accessible à la conscience, cette dernière ne peut en retracer que les effets sur nos conduites, nos émotions et nos propos. La conscience n’est dans cette configuration que la partie visible d’un être dont l’entité ne peut être découverte que pas les voies d’exploration de l’inconscient. La logique de l’inconscient est travaillée essentiellement par le désir et les pulsions, et de fait dans la conscience n’apparaissent que les parties non refoulées de ces désirs et de ces pulsions d’origine irréfléchie.

Selon Freud, divers actes et paroles conscients se laissent assaillir par les logiques inconscientes. C’est le cas des actes manqués, des lapsus, des mots d’esprit, ou encore des rêves, qui sont autant d’errements et de lacunes conscientes ou, considéré dans le mouvement inverse, de conflits inconscients. 

Dans sa pratique psychanalytique, Freud va chercher à provoquer diverses manifestations de la vie inconsciente. Par le recours à l’hypnose dans un premier temps ; puis par la mise en place d’une méthode dite de la libre association dans laquelle le patient est invité à exprimer toutes les pensées qui lui viennent spontanément à l’esprit.

REPÈRE. L’inconscient psychique a été théorisé pour la première fois par le psychanalyste Freud, qui fut le premier à penser ce dernier comme une réalité et non comme un simple défaut (l’absence de conscience comme exemple avec Leibniz). C’est une hypothèse scientifique mais qui persiste encore deux siècles après, son crédit est immense.

 

B. Première topique

Dans la première topique de Freud, l’appareil psychique se compose du conscient, du préconscient, de la censure, et de l’inconscient.

Le conscient est ainsi la surface qui relaie le monde extérieur et le monde intérieur. Il est cette dimension de l’être conduite par la raison et de fait par le refoulement des excitations sensorielles du désir et des pulsions. Le préconscient est alors ce qui laisse présager de l’inéluctable ouverture du conscient à ses excitations sensibles. 

La censure est l’instance chargée de prémunir le conscient de celles-ci. Enfin, l’inconscient se compose de tous les désirs et les pulsions refoulés par le conscient ; il est un flux de sensations qui n’est soumis à aucune instance régulatrice.

Dans cette première topique le conscient est encore la pierre angulaire de l’appareil psychique, l’instance à partir de laquelle sont d’une certaine manière déduits les autres composants du système.

C. Deuxième topique

Dans la seconde topique de Freud, les éléments de l’appareil psychique se répartissent désormais suivant les catégories du Ça, du Moi, et du Surmoi. La figure de l’inconscient est ici reprise sous les traits du Ça principalement, mais aussi en partie par celle du Surmoi et du Moi. Le Ça c’est le caractère primitif, archaïque, de l’être ; celui où opère la satisfaction immédiate des besoins biologiques. 

Le Surmoi et le Moi en découlent. Le Surmoi est ainsi ce qui s’oppose à l’expression du Ça, ce qui tente de le refouler ; il est l’intériorisation des interdits moraux hérités du social, et de ce fait il demeure en partie inconscient. Le Moi naît quant à lui de ces tensions internes du Ça et du Surmoi ; il est cette instance par laquelle le sujet tente de les rendre viables dans le monde extérieur et sociale vécu.

Dans cette seconde topique est soulevée la prépondérance de l’inconscient dans l’appareil psychique. L’inconscient n’y est pas tant ce qui est refoulé, ce qui est mis à la marge par le conscient, que le conscient n’est l’infime partie de l’être encore sous le contrôle de la raison. Notons par ailleurs, que la seconde topique ne tend pas à se substituer pleinement à la première topique, elle vient plus exactement s’y superposer.

f6464a25-248b-44eb-8ec0-32c4d0f3bb90_w558h439

III. POSTÉRITÉS ET CRITIQUES DU PSYCHISME INCONSCIENT

A. Lacan et l’inconscient dans le langage

Pour Lacan, l’inconscient perd de son caractère de logique diamétralement opposée à celle du conscient. Ici, l’inconscient n’est pas livré à une série d’interprétations mais développe une structure analogue à celle du langage, ce qu’il appelle « lalangue ».

L’inconscient se distingue toutefois du langage articulé. Il n’est pas ainsi, comme ce dernier, spéculation sur la détermination d’un sens, mais bien plutôt pulsion du sens. Autrement dit, il n’est pas pour Lacan question de la pensée réfléchie de la conscience à travers les mots, mais de l’intériorisation et de l’appropriation inconscientes de ces mots à travers les spécificités d’une intonation, d’une prononciation, d’une connotation, etc.

B. Jung et l’inconscient collectif

« La conscience, si vaste qu'elle puisse être, est et reste le petit cercle, à l'intérieur du grand cercle de l'inconscient, l'île environnée par l'océan ; et tout comme la mer, l'inconscient, lui aussi, donne sans cesse naissance à une foule innombrable et toujours renouvelée d'êtres vivants dont on ne peut espérer saisir toute la richesse. »

Jung, Psychologie du transfert.

Jung a lui aussi contribué à repenser l’inconscient comme une instance non autonome, et en corrélation notamment avec les autres composantes de l’appareil psychique.  C’est dans ce cadre qu’il a élaboré le concept d’inconscient collectif. L’inconscient retrouve ici sa définition de pendant du conscient, et avec celle-ci une structure qui ne relève pas uniquement du désir et des pulsions.  

L’inconscient collectif postule ainsi que les archétypes, les symboles, ou encore les mythes qui jalonnent l’histoire des civilisations participent d’un imaginaire atavique, c’est-à-dire que de générations à d’autres se transfèrent de manière inconsciente des potentialités spécifiques d’évocation et d’adoption de figures et de structures d’un patrimoine culturel et représentationnel.  

REMARQUE. L’inconscient collectif est un troisième type d’inconscient (après l’inconscient cognitif et psychique). Jung en est l’un des théoriciens. À quoi correspond-il ? Il y aurait des normes, des idées, des valeurs, dépassant l’individu, mais l’influençant : ceux de la société à laquelle il appartient.

C. Sartre et le soupçon de mauvaise foi

« Si en effet nous repoussons le langage et la mythologie chosiste de la psychanalyse, nous nous apercevons que la censure, pour appliquer son activité avec discernement, doit connaître ce qu’elle refoule. 

Si nous renonçons en effet à toutes les métaphores représentant le refoulement comme un choc de forces aveugles, force est bien d’admettre que la censure doit choisir et, pour choisir, se représenter. 

D’où viendrait, autrement, qu’elle laisse passer les impulsions sexuelles licites, qu’elle tolère que les besoins (faim, soif, sommeil) s’expriment dans la claire conscience ? Et comment expliquer qu’elle peut relâcher sa surveillance, qu’elle peut même être trompée par les déguisements de l’instinct ? 

Mais il ne suffit pas qu’elle discerne les tendances maudites, il faut encore qu’elle les saisisse comme à refouler, ce qui implique chez elle à tout le moins une représentation de sa propre activité. E

n un mot, comment la censure discernerait-elle les impulsions refoulables sans avoir conscience de les discerner ? Peut-on concevoir un savoir qui serait ignorance de soi ? [...] Qu’est-ce à dire sinon que la censure doit être de mauvaise foi ? La psychanalyse ne nous a rien fait gagner puisque, pour supprimer la mauvaise foi, elle a établi entre l’inconscient et la conscience une conscience autonome et de mauvaise foi. »

Sartre, L’être et le néant, Tél., p. 88.

Sartre voit dans la théorie freudienne de l’inconscient une énorme contradiction : pour censurer quelque chose, explique-t-il, il faut connaître cette chose et avoir une conscience minimale de la censurer. Comment la conscience pourrait-elle bien ignorer ce qu’elle refoule alors que précisément elle le refoule ? C’est contradictoire. 

Selon Sartre, le refoulement est nécessairement quelque chose de conscient ou alors il ne tient pas du tout la route, on ne peut donc comme le pense Freud n’en avoir aucune conscience ou alors l’inconscient n’est plus qu’une histoire de mauvaise foi. Cette mauvaise foi, Sartre considère qu’elle est le fait de se mentir à soi-même. 

Pourquoi se mentir à soi-même ? Quel intérêt ? Celui de ne pas reconnaître ce qui en nous nous déplaît, ou pire encore ne pas assumer ses actes et notre responsabilité... D’où l’excuse brandie par maints avocats : tel ou tel psychopathe n’aurait pas fait exprès, ce serait son inconscient, il serait psychiquement malade et aurait agi à son insu.

D. Alain et les dangers éthiques de la théorie de l’inconscient

« Qu’un mécanisme semblable à l’instinct des bêtes nous fasse souvent parler et agir, et par suite penser, cela est connu et hors de discussion. Mais il s’agit de savoir ce qui sort ainsi de mes entrailles, sans que je l’aie composé, ni délibéré, est une sorte d’oracle, c’est-à-dire de pensée venant des profondeurs ; ou si je dois plutôt le prendre comme un mouvement de nature, qui n’a pas plus de sens que le mouvement des feuillages dans le vent. 

Le freudisme, si fameux, est l’art d’inventer en chaque homme un animal redoutable, d’après des signes tout à fait ordinaires ; les rêves sont de tels signes ; les hommes ont toujours interprété leurs rêves, d’où un symbolisme facile. Freud se plaisait à montrer que ce symbolisme facile nous trompe et que nos symboles sont tout ce qu’il y a d’indirect. 

Les choses du sexe échappent évidemment à la volonté et à la prévision ; ce sont des crimes de soi, auxquels on assiste. On devine par-là que ce genre d’instinct offrait une riche interprétation. L’homme est obscur à lui-même ; cela est à savoir. Seulement il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d’inconscient. 

La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient est un autre moi ; un moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses ; une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. 

Contre quoi il faut comprendre qu’il n’y a point de pensées en nous sinon par l’unique sujet, je. Cette remarque est d’ordre moral. En somme il n’y a pas d’inconvénient à employer couramment le terme d’inconscient ; c’est un abrégé du mécanisme. Mais si on le grossit, alors commence l’erreur, et bien pis, c’est une faute. »

Alain, Éléments de philosophie.

 

Pour Alain, l’inconscient freudien serait une exagération de comportements simplement irrationnels, reliés à l’instinct, à notre animalité. Pour lui, il n’y a rien de plus et pas de quoi théoriser un inconscient. Certes, il y a peut-être en chacun de nous une part d’animalité, mais cela n’a aucune influence fondamentale sur le moi, qui est l’unique sujet de nos pensées selon Alain. L’hypothèse de l’inconscient serait donc parfaitement inutile d’après lui.

Pire encore, cette théorie serait même dangereuse. En effet, selon Alain, une telle hypothèse favorise la déresponsabilisation (« ce n’est pas moi, c’est mon inconscient ! »), comme si en moi quelque chose me dirigeait à mon insu, me manipulait, tel un malin génie (on n’est pas loin de « à l’insu de mon plein gré » de Richard Virenque), ce qui équivaudrait à me rendre totalement irresponsable de mes actes. 

Telle est la faute dont parle Alain en fin de texte, celle qui consiste à nous déresponsabiliser de nos propres fautes, chose absolument immorale.

Conclusion

Pour conclure, l’idée d’inconscient, en un sens général et non seulement freudien, peut être positive à deux niveaux :

  • elle nous libère de la fiction que nous sommes les sujets d’une liberté absolue : non, je ne fais et ne pense peut-être pas que ce que je veux, en toute clairvoyance ;
  • mais en même temps elle questionne sans cesse la possibilité que nous soyons en tous points déterminés et invite donc à plus de lucidité quant à ce sujet.

Par ailleurs, l’inconscient nous renvoie enfin au moteur fondamental de nos vies : le désir, dont on a trop tendance à oublier les pouvoirs. (« Suis-je l’esclave de mes désirs ? », l’inconscient donne une réponse...).

Reste que l’hypothèse de l’inconscient peut être à considérer comme un appel à l’humilité pour l’homme qui depuis toujours aime à se diviniser, en lui rappelant que peut-être, une part de son âme n’est qu’une affaire de pulsions et de viscères et que contrairement à ce qu’il aime penser, non, l’homme n’est pas pur esprit. Citons à cet égard un morceau du film qu’Huston a consacré à Freud, Freud, passions secrètes :

« Trois révélations importantes ont modifié l’idée que l’homme se faisait de lui-même. Ce furent trois coups portés à notre vanité. Avant Copernic, nous pensions être le centre de l’univers, toutes les planètes tournant autour de notre Terre... Le célèbre astronome a ruiné cette illusion. Nous avons dû reconnaître que notre planète, avec d’autres, gravitait autour du soleil et qu’il existait d’autres systèmes au-delà du système solaire et des myriades de mondes. Avant Darwin, l’homme se prenait pour une espèce à part, différente du monde animal. Le célèbre biologiste a montré que notre organisme était le résultat d’évolutions anciennes régies par les mêmes lois pour tous les êtres vivants. Puis Vienne, 1885. Freud... [qui en découvrant l’inconscient montre que l’homme n’est pas pur esprit...] »

LE PETIT + DANS TA COPIE

Dans ce cours, nous avons voulu montrer que l’inconscient n’était pas que ce concept forgé par Freud, l’inconscient psychique, qu’il en existait d’autres, notamment l’inconscient cognitif et l’inconscient collectif.  Cet inconscient collectif est celui de la société, du groupe, de l’uniformisation des individus par la puissance de la pensée collective. Ne cloisonne donc jamais ta copie à l’inconscient psychique si le sujet ne s’y réduit pas, pense aux deux autres !

POUR ALLER PLUS LOIN …

Afin de donner tout son sens à ce cours, il serait très intéressant de visionner le film de Huston, Freud, passions secrètes qui a le mérite remarquable de montrer des hypnoses, des thérapies, et de montrer comment Freud dans sa vie en est venu à penser ce qu’il a pensé de l’inconscient.

 

Fin de l'extrait

Vous devez être connecté pour pouvoir lire la suite

Télécharger ce document gratuitement

Donne ton avis !

Rédige ton avis

Votre commentaire est en attente de validation. Il s'affichera dès qu'un membre de Bac L le validera.
Attention, les commentaires doivent avoir un minimum de 50 caractères !
Vous devez donner une note pour valider votre avis.

Nos infos récentes du Bac L

Communauté au top !

Vous devez être membre de digiSchool bac L

Pas encore inscrit ?

Ou identifiez-vous :

Mot de passe oublié ?