Bac L Arts - Marcel DUCHAMP

Bac L Arts - Marcel DUCHAMP

Bac L Arts - Marcel DUCHAMP

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Introduction

  • Peintre, plasticien, homme de lettres et joueur d'échecs français naturalisé américain en 1955.
  • A suivi les cours de la célèbre Académie Julian
  • Inventeur des « ready-made » au début du XXe siècle, sa démarche artistique exerce une influence majeure sur les différents courants de l'art contemporain.
  • À ses débuts, il fréquente principalement des artistes d'inspiration cubiste tels que Fernand Léger et Robert Delaunay, ou encore Albert Gleizes et Jean Metzinger, auteurs de l'ouvrage Du Cubisme qui pose les bases théorique du cubisme en 1912.
  • Il s'écarte de la peinture, vers 1913-1915, avec les premiers ready-made, objets « tout faits » qu'il choisit pour leur neutralité esthétique : Roue de bicyclette (1913), Porte bouteille (1914), Fontaine (1917), un urinoir renversé sur lequel il y appose la signature « R. Mutt ».
  • À travers ses œuvres, Duchamp mène une réflexion sur la notion d'Art, sur l'esthétique, préparant ainsi ce qu'est l'art conceptuel. Le pop-art et le happening ont aussi fait de fréquents emprunts aux pratiques et démarches artistiques de Duchamp
« Je leur dis que les trucs d'aujourd'hui sont les vérités de demain » (M. Duchamp)

MARCEL DUCHAMP ET LE CONCEPT DE « READY-MADE »

En inventant le « ready-made » (« déjà fait » en anglais), Duchamp a réussi à briser la suprématie de la peinture par rapport à la sculpture. En dépit de son passage à la célèbre Académie Julian, Duchamp est toujours resté sceptique face aux possibilités de la peinture, incapable, selon lui, de contenter ses exigences d'objectivité et de rigueur scientifique dans l'art. C'est pour cette raison qu'à ses yeux la peinture restera toujours « seulement une forme d'expression parmi d'autres ». En 1915, Duchamp finit par abandonner presque complètement la peinture.
Les ready-made sont un genre artistique nouveau, autonome, qu'il a inventé. Il s'agit d'objets utilitaires produits industriellement et que seul le processus de sélection et de présentation par l'artiste transforme en œuvres d'art. Duchamp, en effet, ne crée pas ces œuvres, mais présente des objets en leur accordant le statut d'œuvres d'art. Ce faisant, il porte un sérieux coup au mythe de l'artiste créateur, au génie artistique.
Duchamp veut surtout rompre avec les attentes conventionnelles du public ; il veut sonder les limites de l'œuvre et son élargissement radical. Ainsi tous ses « ready-made » formulent une question fondamentale : quelles sont les qualités et conditions requises pour qu'un objet puisse être défini comme œuvre d'art ?

FONTAINE (1917) : LE SCANDALE



Fontaine est un ready-made, autrement dit une idée que Marcel Duchamp a eu de « choisir » un urinoir industriel en vue d'une exposition d'art moderne au lieu de faire une sculpture de ses mains.
L'objet original est un simple article de sanitaire acheté dans un magasin de la société J. L. Mott Iron Works, à New York. Marcel Duchamp a ajouté à l'aide de peinture noire l'inscription « R. Mutt 1917 ».
Pour son premier salon, qui se tient à New York à partir du 9 Avril 1917, la Société des artistes indépendants de New York (Society of Independent Artists) dont Walter Arensberg, un ami de M. Duchamp est directeur administratif, permet que tout artiste expose l'objet de son choix sans que le jury ne fasse aucune sélection moyennant un prix de six dollars pour exposer. Il ne devrait donc pas y avoir de refusé parmi les artistes pour des raisons esthétiques.
Duchamp envoie dans ces conditions sous le pseudonyme de R. Mutt un urinoir en porcelaine comme sculpture destinée à l'exposition. L'auteur passe pour artiste parfaitement inconnu de Philadelphie et personne ne reconnaît Duchamp derrière ce nom.
Or, « l'appareil sanitaire » envoyé par R. Mutt n'est pas exposé, sous le prétexte que « sa place n'est pas dans une exposition d'art et ce n'est pas une œuvre d'art, selon quelque définition que ce soit ». La décision est prise par William Glackens, le président de la Society, au terme d'un vote à la majorité qui a réuni les membres du comité directeur, la veille du vernissage, contrairement au principe suivant lequel il n'y a pas de jury.
Les motifs plus précis invoqués pour refuser l'envoi de Richard Mutt auraient été : L'objet est « immoral et vulgaire » L'objet est un plagiat ou plutôt une « pièce commerciale ressortissant à l'art du plombier». Le peintre George Bellows pense qu'il s'agit d'une « blague », mais Walter Arensberg défend Richard Mutt du fait que « le droit d'admission a été payé », « une forme séduisante a été révélée, libérée de sa valeur d'usage » et « quelqu'un a accompli un geste esthétique ».
La polémique se déclenche un peu plus tard avec la publication d'un article anonyme paru dans The Blind Man, une revue satirique fondée à l'occasion du salon par Duchamp, Henri-Pierre Roché et Beatrice Wood : «  The Richard Mutt Case » (« L'Affaire Richard Mutt »). En défense de R. Mutt, il est écrit : « Les seules œuvres d'art que l'Amérique ait données sont ses tuyauteries et ses ponts ». L'argumentaire consiste à dire que l'important n'est pas que Mutt ait fait la fontaine avec ses mains ou non, mais qu'il ait choisi un objet de la vie quotidienne en lui retirant sa valeur d'usage avec un nouveau titre et un nouveau point de vue et la création consiste en une nouvelle pensée de l'objet.

L.H.O.O. Q (1919/1930) : L'IRREVERENCE DE DUCHAMP



Le titre de cette œuvre (L.H.O.O.Q) repose sur un allographe : les lettres, prononcées à voix haute, forment une phrase, pour le moins vulgaire (« Elle a chaud au cul »). L'œuvre de Duchamp parodie ici évidemment la Joconde (1503-1506), célèbre tableau du génie italien de la Renaissance Leonard de VINCI exposé au Musée du Louvre.
Souvent rapproché des Dadaïstes en raison de sa démarche iconoclaste, Duchamp montre avec cette œuvre un certain humour résidant dans la parodie d'un tableau connu de tous (si bien qu'on surnomme souvent cette œuvre « Joconde aux moustaches »).
La feuille a été réalisée en 1919 et consiste en une reproduction en couleurs, format carte postale, de la Joconde affublée par Duchamp d'un bouc et d'une moustache et du titre énigmatique au demeurant L.H.O.O.Q. Selon Duchamp, ce genre de travaux confirme aussi son concept de ready-made, même s'il a interprété le matériau de départ - comme c'est le cas ici - en lui faisant subir des interventions prononcées.
Duchamp traite les valeurs vénérables de l'histoire de l'art avec le manque de considération observé chez d'autres dadaïstes. C'est ainsi que Kurt Schwitters retouchera en 1921 une reproduction de la Madone Sixtine peinte par Raphael vers 1513/14 en y apposant des inscriptions ironiques (voir ci-dessous, à droite)




En affublant Mona Lisa d'une moustache, Duchamp abolit avec humour la barrière des genres. Dans la littérature consacrée à l'art, ce geste a toujours été interprété comme un rappel des dadaïstes aux spéculations touchant l'homosexualité de Leonard de Vinci.

MARCEL DUCHAMP EST « RROSE SELAVY », par MAN RAY (1920/21)



Dans cette photographie de l'artiste Man Ray, ami de Duchamp, Duchamp se travestit en « Rrose Sélavy », personnage fictif créé par le poète surréaliste Robert Desnos (cf. son recueil Corps et biens).
Ici encore, Duchamp aime à jouer avec le masculin et le féminin. Le titre dissimule encore un jeu de mots érotiques (« Eros, c'est la vie » en référence au dieu grec de l'Amour, Cupidon en latin). Grimé en femme, coiffé d'un chapeau à la mode, une étole de fourrure élégante sur les épaules, les yeux et les lèvres maquillés et une bague à la main droite, Duchamp se présente comme une bourgeoise new yorkaise.
Dans cet autoportrait, la distinction des sexes est abolie. L'artiste masculin n'adopte pas seulement un rôle étranger, il s'approprie aussi une identité féminine. Le nom de son alter ego féminin est en même temps un commentaire subtil de l'ensemble de son œuvre artistique chargée de motifs sexuels. Dans une interview tardive de 1966, Duchamp reconnait ouvertement : « Je crois beaucoup à l'érotisme, parce que c'est vraiment une chose assez générale dans le monde entier, une chose que les gens comprennent. » 

CE QUE L'ART DOIT A MARCEL DUCHAMP

L'œuvre de Marcel Duchamp bouleverse radicalement l'art du 20 e siècle. Avec l'invention, dans les années dix, du  ready-made - une pièce que l'artiste trouve «  already-made », c'est-à-dire déjà toute faite et qu'il sélectionne pour sa neutralité esthétique -, il ouvre la voie aux démarches avant-gardistes les plus extrémistes. Tous les mouvements qui utilisent des objets de la vie courante, pour surprendre comme le  Surréalisme, pour évoquer, critiquer, voire poétiser la société de consommation comme le  Pop art   et le   Nouveau réalisme, ou pour réconcilier l'art et la vie comme  Fluxus, lui sont redevables d'avoir transgressé les coutumes académiques.
Le 20 e siècle lui doit donc l'initiative du renouvellement des matériaux utilisés dans l'art, mais aussi un goût pour des questions complexes d'esthétique qui aboutiront dans les années 70 à l' Art conceptuel. Duchamp est l'artiste moderne qui a le plus directement interrogé la notion d'art - « quand il y a art » et ce qui « suffit à faire de l'art ». Il s'inscrit dans la lignée des artistes « intellectuels », comme Léonard de Vinci, et annonce les problématiques de Joseph Kosuth.
Connues d'abord de manière confidentielle, ses œuvres ont été largement diffusées à partir des années 60, lorsque la plupart des ready-mades, disparus au fil de ses déménagements ou tout simplement détruits, ont été réédités. En 1964, la galerie Schwartz, à Milan, lui propose en effet une édition à 8 exemplaires de ses ready-mades. Les considérant comme des originaux, dès lors que les premiers avaient été perdus, cet épisode lui permet encore une fois d'interroger un concept central dans l'histoire de l'art, puisque le terme d' original pour un ready-made n'a aucun sens. Duchamp y insiste lorsqu'il signe par exemple l'un de ces objets, le  Porte-bouteilles, « Marcel Duchamp, Antique certifié ».
L'hétérogénéité de ses moyens d'expression et la complexité de ses œuvres, de la peinture ( Nu descendant un escalier, 1913), à l'installation plastique la plus hermétique ( Étant donnés..., inachevée en 1966) en passant par les objets « tout fait» ( Fontaine, Porte-bouteilles) décrétés œuvres d'art par sa seule volonté, associées à sa constante revendication du « droit à la paresse », ne permettent de le classer dans aucun des mouvements artistiques du XXe siècle. Duchamp a traversé le cubisme, le futurisme, Dada et le surréalisme en s'excluant de lui-même de tout courant.

Bibliographie et webographie

  • Duchamp en forme de ready-made , ,   Blusson (2000)
  • Marcel Duchamp (1887-1968) : l'art contre l'art, Janis Mink, Taschen (2000)
  • Marcel Duchamp , Judith Housez, Grasset (2006)
  • Dadaïsme, Dietmar Elger, Taschen (2009)
  • Duchamp du signe, Marcel Duchamp, Flammarion (édition revue et corrigée, 2013)
Dada   est un mouvement intellectuel, littéraire et artistique qui, pendant la   , se caractérise par une remise en cause de toutes les conventions et contraintes idéologiques, esthétiques et politiques. Il a influencé le Surréalisme, courant né dans les années 1920, théorisé par André Breton.
Fin de l'extrait

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Les avis sur ce document

tinouq
16/20

Document presque complet ( on oublie de parler des Rotoreliefs de Duchamp , son travail sur le mouvement et les effets d'optique). Mais il est bien fait, l'oeuvre est bien résumée. Donc, ce document est utile aux étudiants. Merci. Quentin F.

par - le 12/05/2016

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