Le monstre - TPE - Première L

Le monstre - TPE - Première L

Camille, Charlotte, et Juliette, membres de la communauté digiSchool Bac L, vous présentent leur TPE de 1ère L consacré à la figure du monstre.

Un monstre est-il uniquement mauvais ? Un homme a-t-il automatiquement des sentiments ? Y a-t-il des personnages plus monstrueux que le monstre principal ? Au programme : les œuvres de David Lynch Elephant Man, Mary Shelley Frankenstein, Victor Hugo Notre-Dame de Paris et enfin celle de Thomas Harris Hannibal Lecter : Les Origines du Mal. Ces quatre œuvres introduisent des monstres particuliers, et qui présentent une monstruosité différente.

Téléchargez gratuitement ci-dessous ce TPE de 1ère L sur le personnage du monstre !

Le monstre - TPE - Première L

Le contenu du document



Suite à vos nombreuses demandes, nous décidons cette semaine de vous offrir un numéro spécial sur le monstre. Dans le cadre actuel rempli de crises et de conflits mondiaux, il est légitime de se demander ce qu’est vraiment un monstre. Peut-on désigner comme tel un président d’un pays en guerre comme Bachar el-Assad, un dictateur ou encore des fanatiques religieux ? Nous nous intéresserons aux monstres des XIXème et XXème siècles, même si ceux-ci sont présents dans la société depuis des siècles. De Frankenstein aux terroristes en passant par Dracula, le monstre évolue à travers les différentes sociétés qu’il terrorise. Dans ce hors-série no4 de février 2017, nous répondons à la question du monstre à travers l’Histoire : dans quelle mesure les regards que portent sur le monstre les XIXème et XXème siècles reflètent-ils son ambiguïté ? Nous vous proposerons une réponse à cette question maintes fois exprimée dans vos courriers au travers de nombreux documents étudiés et de recherches, portant entre autres sur de grandes œuvres littéraires et historiques, une interview d’un spécialiste, un sondage et une exposition sur la thématique du monstre, ainsi que plusieurs surprises que vous découvrirez au cours de votre lecture.

Avant de commencer, nous devons pourtant nous demander : qu’est-ce qu’un monstre ?

Monstre : nom masculin (du latin monstrum, phénomène singulier, fait pour être montré). Être vivant présentant une importante malformation : La tératologie est l'étude des monstres. Être fantastique des légendes, de la mythologie : Un centaure était un monstre moitié homme, moitié cheval. Animal effrayant ou gigantesque par sa taille, son aspect. Objet, machine effrayants par leur forme énorme. Personne d'une laideur effrayante. Personne qui suscite l'horreur par sa cruauté, sa perversité, par quelque vice énorme : Un monstre d'ingratitude. Familier. Enfant insupportable.


INTERVIEW

« Le monstre n’est pas forcément celui que l’on croit. » A l’occasion de nos recherches, nous avons eu la chance de communiquer avec Stéphane Pajot, auteur de De la femme à barde à l’homme-canon, et spécialiste des phénomènes de cirque, les freaks. Il a eu la gentillesse nous accorder du temps pour répondre à nos questions dont voici quelques extraits.


Comment qualifieriez-vous le monstre ?

Il y a plusieurs catégories de monstres : le monstre inventé homme ou animal tels que Frankenstein, Dracula ou la bête du Gévaudan ; il y a les hommes qui ont des déformations physiques et que l’on a surnommés « monstres » ou « freaks » dans les cirques et les entresorts tels que Elephant Man ou l’homme lion ; et enfin les hommes que l’on qualifie « monstres » dans le sens où ils tuent ou torturent leurs semblables, des nazis allemands aux kamikazes djihadistes. On peut aussi qualifier de monstre un homme qui frappe sa femme. Chaque catégorie est différente, impossible de faire une généralisation et, de fait, de donner une qualification globale.


Comment transformer un homme en monstre ?

Par l’éducation et par la violence. Un enfant confronté à la violence sera statistiquement amené à être plus violent qu’un enfant qui n’a pas connu la violence. Il y a aussi ce qu’on appelle le lavage de cerveau. Des individus qui ont une emprise forte sur d’autres individus peuvent en faire ce qu’ils veulent. On retrouve ce système dans toutes les guerres et dans les sectes. Aujourd’hui, l’Etat islamique (ou Daesh) arrive à convertir des hommes en monstres, en tueurs de sang-froid.


Quelle figure du monstre vous semble-t-elle être la plus intéressante ?

La figure des « monstres de foire », des « freaks », de ces phénomènes de cirque. Leurs histoires respectives m’ont passionné, j’ai eu envie d’en savoir plus, comprendre comment ils vivaient avec leurs contemporains sous le prisme du cirque et des entresorts. D’où l’écriture d’un livre « De la femme à barbe à l’homme canon » (D’Orbestier éditions) pour tenter de raconter leurs biographies distinctes.


Pensez-vous que les “bêtes de foire” peuvent- être considérées comme des monstres ?

Le mot « monstre » est dur mais c’est la traduction du terme anglais employé alors « freaks » et inventé par Phinéas Barnum. Personnellement je préfère parler de « phénomènes de cirque». Ces personnes ne sont pas communes, de ce fait, certains les considèrent comme des monstres.


Les monstres ont-ils une dimension humaine ?

Oui, car ce sont des humains.

Que dire de la citation de Victor Hugo “le prodige et le monstre ont les mêmes racines” ? Entièrement d’accord, si on part du principe que l’on ne nait pas forcément monstre mais qu’on le devient. Hitler n’était pas un monstre quand il était enfant. Les racines de la vie sont les mêmes.


D’après vous, l’exposition de monstre au cirque est-il une façon de donner une image à la monstruosité ?

Non. Si l’on prend le cas d’Elephant Man (un homme atteint d’une maladie grave), le monstre était plutôt son employeur qui le trainait dans des conditions indignes et qui le frappait. Avant Elephant Man, c’est le dénommé Barnum (1810-1891), entrepreneur de spectacles américain qui a inventé les « freaks shows » pour le cirque. Il a vite compris que la curiosité et le voyeurisme chez l’homme étaient omniprésents. C’est lui qui a réuni des géants, des nains, des hommes très gros ou très maigres, des femmes à barbe (...) pour les présenter au public. Il leur a donné des noms pour les vendre comme le « Général Tom Pouce » qui n’avait jamais été général, d’ailleurs il mentait aussi sur son âge. Mais qu’importe, Barnum savait les gens crédules et prêts à dépenser de l’argent. Mystificateur né, il a même exposé le squelette d’une sirène, composé d’une queue de poisson et d’un buste et d’une tête d’orang-outang, en 1842.


Le monstre est-il toujours synonyme de monstruosité ?

Non. L’exemple le plus frappant se trouve dans le film « Freaks » de Tod Browning. Un nain, dans ce cas un « freak de cirque » (donc considéré comme « monstre » de cirque) est amoureux d’une femme de taille normale. Il croit qu’elle est aussi amoureuse de lui mais elle lui ment, c’est de la méchanceté à l’état pur. « Le monstre n’est pas forcément celui que l’on croit », c’est un peu la morale de ce film que je vous conseille vivement de voir.


Un portrait ambigu

Un monstre est-il uniquement mauvais ? Un homme a-t-il automatiquement des sentiments ? Y a-t-il des personnages plus monstrueux que le monstre principal ? Ce sont à ces questions que nous essayerons de répondre dans cette première partie de ce dossier spécial sur le monstre. Nous prendrons appui sur les œuvres de David Lynch Elephant Man, Mary Shelley Frankenstein, Victor Hugo Notre-Dame de Paris et enfin celle de Thomas Harris Hannibal Lecter : Les Origines du Mal. Ces œuvres se situent dans les XIXème et XXème siècles mais sont de natures diverses. Le roman épistolaire de Mary Shelley appartient au genre gothique, un mouvement très courant en Grande-Bretagne au XIXème siècle. Le roman historique de Victor Hugo fait partie du mouvement romantique. Le film de David Lynch a été nommé aux Césars pour le meilleur réalisateur en 1980. Le roman de Thomas Harris fait partie d’une tétralogie composée de Dragon Rouge, Le Silence des agneaux, Hannibal et enfin Hannibal Lecter : les Origines du mal. Ces quatre œuvres introduisent des monstres particuliers, et qui présentent une monstruosité différente.


Un physique repoussant qui ne s’accorde pas à son caractère.

Elephant Man ou la bonté enfouie

Elephant Man ou l’homme éléphant, connu pour son physique peu agréable à la vue, est un symbole de la monstruosité physique. Joseph Carrey Merrick de son vrai nom, surnommé John dans le film de Lynch, est né à Leicester en Angleterre en août 1862. Il semblerait que les malformations de l’enfant aient commencé vers l’âge de 21 mois. Sa mère, Mary Jane, meurt alors que son fils est encore très jeune. Son père se remarie, mais la seconde épouse est horrifiée par les difformités du garçon, qui n’a que 10 ans, et le chasse du domicile familial.

En effet, ce dernier est atteint d’une maladie héréditaire appelée syndrome de Protée. Cette maladie implique plusieurs tissus du corps. Elle se manifeste dès la naissance par des hamartomes (malformations tissulaires d'aspect tumoral) qui grandissent au cours de la vie. La colonne vertébrale de Merrick était penchée vers la droite et une partie de son crâne était recouvert d’excroissances d’os et de chair, excroissances également présentes sur son bras droit. Son dos et ses jambes étaient constituées de plaques de chairs ressemblant à d’énormes verrues. Il souffrait de bronchites chroniques qui l’empêchaient de respirer normalement et de s’allonger pour dormir. Seules ses parties génitales présentaient un aspect commun.

C’est le docteur Frederick Treves qui étudia son cas et prit soin de lui tout au long de sa vie.

Dans le film de David Lynch, le docteur Treves présente Merrick comme étant un cas rare d’une maladie encore inconnue à l’époque. Il énonce alors devant ses confrères la liste des difformités physiques de celui-ci.

Dans cette image tirée du film, « Elephant Man », est présenté torse nu aux confrères médecins de Treves. Leur réaction première est un cri d’étonnement, presque d’horreur.

D’autre part, durant toutes ses apparitions dans des lieux publics tels que la rue ou le bateau, afin de ne pas effrayer les passants, le personnage de Merrick a le visage dissimilé sous un sac en toile percé de seulement deux orifices, pour l’un de ses yeux et pour sa bouche afin qu’il puisse respirer, ce qui n’arrange probablement rien à ses insuffisances respiratoires chroniques.

Sur cette image tirée de la fin du film de Lynch, on voit Merrick sur le point d’embarquer dans un bateau le ramenant chez le docteur Treves. Ce passage se situe après que Bytes, le propriétaire de Merrick, l’ait emmené de force et maltraité, ce qui avait indigné les autres monstres de foire prisonniers de Bytes, qui ont donc aidé Merrick à s’échapper. Ce moment est particulièrement émouvant par ce système d’entraide mis en place entre « monstres ».

Malgré son aspect physique peu attirant, Merrick est un homme très intelligent et aimable. En effet, ce dernier est capable de construire une maquette de la cathédrale en face de sa chambre dans l’hôpital du docteur Treves.

Cet aspect de John est particulièrement intéressant puisque l’histoire de la maquette est présente tout au long de la vie à l’hôpital de ce patient hors du commun. Elle montre en effet que ce monstre a de l’imagination, la cathédrale n’étant pas entièrement visible de sa fenêtre, il a dû en imaginer une partie comme il l’explique à une infirmière.

D’autre part, une fois qu’il a réappris à parler, Merrick s’exprime de manière extrêmement respectueuse envers son interlocuteur. Par exemple, lorsqu’il vient chez le docteur Treves et qu’il rencontre sa femme autour d’un thé, il fait preuve de beaucoup de correction dans son langage et dans ses manières.

De plus, lors de ce même passage, John regarde Madame Treves et se met à pleurer. Il ajoute qu’il pleure car il est submergé par la beauté de cette femme. Ce passage est extrêmement révélateur de l’humanité de Merrick car il est capable de pleurer et de reconnaître la beauté.

Pour donner un autre exemple de l’humanité de ce personnage, il est nécessaire de souligner l’amour que ce dernier porte à sa mère décédée, dont il a une photographie avec lui tout au long du film.

Il dit à plusieurs reprises qu’il la trouve très belle et qu’il l’aime. Comment peut-on traiter un homme de « monstre » s’il est capable d’amour ?

Il est important d’ajouter que l’homme éléphant se sent lui-même humain. Il le crie à ses poursuivants sur le pont du bateau qui doit le ramener chez le docteur.

Sur cette image tirée du film on voit bien la position d’infériorité dans laquelle se trouve John Merrick face à tous ces hommes qui viennent pour se moquer de lui et le frapper à cause de son physique repoussant.

En effet, cette scène est une scène clé du film. C’est à cet instant qu’il crie « Je ne suis pas un éléphant ! Je ne suis pas un animal ! Je suis un être humain... Je suis un homme...» avant de s’effondrer de chagrin. Grâce à cette réplique, il manifeste son humanité et l’expose au monde entier. Le fait qu’il sache ce qu’il est (et ce qu’il n’est pas) lui permet de créer une ambigüité entre son physique et sa personnalité.

Parallèlement, le roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, paru en 1831, raconte lui aussi l’histoire d’un monstre, Quasimodo. De même que John Merrick, Quasimodo est un personnage ambigu, avec son physique repoussant, capable pourtant de générosité, et même d’amour.

La première description introduisant le personnage, débutant par une prétérition, le représente de façon extrêmement imagée avec sa « bouche en fer à cheval », son « petit œil gauche obstrué d’un sourcil roux en broussailles tandis que l’œil droit disparaissait entièrement sous une énorme verrue », ainsi que ses dents « ébréchées çà et là comme les créneaux d’une forteresse », dont l’une « empiétait [sur sa lèvre] comme la défense d’un éléphant ». Le narrateur conclut cette description hideuse de son visage par « la grimace était son visage ». Ainsi il nous présente bien une image d’un homme avec un physique ignoble.

Cependant, les apparences sont parfois trompeuses. Derrière cette laideur se cache un personnage au cœur tendre.

Pour commencer au chapitre IV, il sauve Esméralda lorsqu’elle demande le droit d’asile après avoir été condamnée à mort, ce qui est révélateur de sa générosité.

Le narrateur ajoute dans ce même chapitre, que « C’était une chose touchante que cette protection tombée d’un être si difforme sur un être si malheureux. [...] C’était les deux misères extrêmes de la nature et de la société qui se touchaient et qui s’entraidaient ». L’adverbe « si » exacerbe la difformité de ce personnage par la façon de le nommer comme un être « si difforme ». Le narrateur ajoute qu’il est « une misère extrême de la nature » de par son apparence laide, apparence se joignant à la misère de la bohémienne qu’il aide malgré son propre malheur.

De plus c’est un personnage extrêmement touchant puisqu’il est conscient de sa laideur. Au chapitre II du neuvième livre. Il dit à Esméralda : « Je vous fais peur. Je suis bien laid, n’est- ce pas ? Ne me regardez pas. Ecoutez-moi seulement. Le jour vous resterez ici ; la nuit vous pouvez vous promenez par toute l’église. Mais ne sortez pas de l’église ni jour ni nuit. Vous seriez perdue. On vous tuerait et je mourrais ». Cette phrase montre bien à quel point Quasimodo connaît sa « monstruosité » et pourtant il est capable d’hospitalité pour cette condamnée à mort demandeuse d’asile. De plus il désire aussi la protéger, il lui donne donc des conseils pour survivre en ajoutant que c’est une question de vie ou de mort pour eux deux.

Ainsi Quasimodo et Elephant Man sont deux figures majeures de la monstruosité physique. Cependant leur caractère est fortement contrasté avec leur physique. En effet on ne s’attend pas à de telles qualités morales de leur part aux premiers abords.


La créature de Frankenstein ou la beauté de l’âme cachée par un aspect monstrueux

Derrière le physique hideux du monstre de Frankenstein se cache une créature seule. Qui n’a jamais entendu parler du célèbre monstre de Frankenstein ? Frankenstein est un roman gothique de Mary Shelley, écrit en 1818. Le personnage du monstre de Frankenstein est une créature d’aspect horrifiant, composée de morceaux de cadavres assemblés entre eux pour former un monstre, un géant de huit pieds de haut, hideux.

La première description qui nous est presentée de la créature est significative : « Il était déjà une heure du matin ; une heure de pluie morne battait les vitres et ma chandelle presque consumée dispensait une lueur vacillante grâce à laquelle je vis s’ouvrir l’œil jaune et terne de la créature. Comment pourrais-je décrire mes émotions devant cette catastrophe, devant le malheureux que je m’étais employé à former au prix d’efforts et de soins infinis ? Ses membres étaient bien proportionnés et j’avais choisi ses traits en raison de leur beauté. Leur beauté ! Grand Dieu ! Sa peau jaune couvrait à peine l’assemblage des muscles et des artères ; ses cheveux étaient d’un noir de jais, sa chevelure abondante ; ses dents d’une blancheur nacrée. Hélas, ces merveilles accentuaient l’horrible contraste qu’offraient ses yeux aqueux - presque de la même couleur que ses orbites sombres dans lesquelles ils étaient incrustés ainsi que son teint hâlé et ses lèvres droites et noires. »

La créature n’a pas assez de peau pour se protéger du monde extérieur qui va le faire souffir, d’où les larmes qui perlent à ses yeux « aqueux ». D’ailleurs, dès le début de sa vie, le monstre sait qu’il est destiné à être « malheureux, pauvre et sans aide ». Ses yeux sont jaunes et ternes, et son créateur ne peut pas définir le terme pour les qualifier tant ils sont monstrueux. Ses yeux sont de la même couleur que les orbites sombres dans lesquelles ils sont incrustés, et que « son teint halé et ses lèvres droites et noires ». Aussi, le monstre est physiquement ambigu car il est décrit comme une créature hideuse, mais aussi comme ayant des traits que son créateur a pris soin de choisir en raison de leur beauté, des « cheveux d’un noir de jais », ainsi que des « dents d’une blancheur nacrée ». Le narrateur, son créateur, précise que « ces merveilles accentu[ent] l’horrible contraste » entre la monstruosité physique que sa créature présente et ces petits détails qui le rendent un peu plus humain en raison de leur beauté.

En le voyant, le créateur ne peut pas décrire ses émotions tant le portrait de sa créature est effrayant. Il constate de plus que la peau du monstre couvre « à peine l’assemblage des muscles et des artères », ce qui prouve que le docteur Frankenstein a précipité l’achèvement de son œuvre tant il était pressé de voir l’accomplissement de ses travaux.

Il le qualifie pour la première fois de « monstre » quand il le voit. Le monstre, lui, ne prend conscience de sa monstruosité qu’au chapitre 12, quand il observe son reflet dans l’eau. Il est terrifié par sa propre image et a un mouvement de recul. Il ne peut pas croire à ce qu’il a vu et quand il prend conscience de sa monstruosité, il est en proie aux sensations « les plus amères de découragement et d’humiliation ». Il ne se rend cependant pas encore compte à quel point sa difformité lui sera fatale.

Mais les apparences sont souvent trompeuses car, derrière une monstruosité physique, une créature hideuse, se cache un être généreux et capable d’amour, ce qui est difficile à concevoir au premier regard. Pour ce qui concerne son caractère, c’est un être doux et généreux. En effet, quand la créature, seule, observe ses voisins, elle éprouve de la compassion et souhaite les aider. Le monstre leur apporte tous les jours du bois et ceux-ci pensent qu’un bon esprit veille sur eux. La générosité de la créature est complétée par son besoin d’amitié et d’affection. Il observe ses voisins et leur rend service en espérant qu’ils l’accepteront et surmonteront sa laideur pour mieux l’apprécier. Il hésite de nombreuses fois pour aller les voir car il a conscience que sa monstruosité prendra le dessus sur les bienfaits qu’il leur a apporté dans le regard que portent sur lui les voisins. La créature est sensible à la nature, comme on le voit lorsqu’elle est dans sa forêt : « une douce lumière envahit le ciel et me donna une sensation de plaisir » ou encore « ma joie principale était le spectacle des fleurs, des oiseaux, toutes les gaies couleurs de l’été ». La créature est également sensible à l’art, entre autres à la musique, puisque lorsqu’ elle entend une jeune fille jouer et les sons sont pour elle « plus harmonieux que le chant de la grive ou du rossignol », mais également à la littérature car elle lit beaucoup, notamment dans le chapitre 15, et décrit ses impressions suite à la lecture des œuvres de Plutarque, de Werther ou de Goethe. La créature est également sensible à autrui, en particulier aux de Lacey, ses voisins qu’il observe avec envie et qu’il veut rejoindre. La créature est capable d’empathie, de compassion, d’affection et de volonté d’intégration.

Dans le film de James Whale, le personnage du monstre est différent. Le monstre est en effet très grand et l’aspect de son visage est effrayant. Le maquilleur chargé de transformer l’acteur Boris Karloff en un monstre avait étudié l’anatomie et la chirurgie, et avait constaté que si l’on greffait un cerveau dans une boîte crânienne, il fallait d’abord enlever le haut du crâne, puis après opération, le ressouder.

C’est ce qui explique la taille impressionnante du front du monstre, ainsi que son visage carré et son crâne plat. Le monstre est le résultat d’une greffe de membres d’origines diverses. Il a aussi une carrure étrange, en plus de sa chair raide et malsaine et de sa démarche lourde et maladroite. Intelligent et doué de la parole dans le roman de Mary Shelley, il est fréquemment présenté dans les adaptations comme une brute, et sa monstruosité est amplifiée par le fait qu’il ne sache pas parler, il pousse seulement des rugissements ou des grognements qui le font ressembler à un animal.

Toute la partie dans le livre consacrée à la survie du monstre n’est pas apparente dans le film, ainsi l’expression de son humanité à travers sa générosité et sa volonté de trouver des amis n’est pas évoquée. Les studios de production du film ne voulaient pas que le spectateur ait la possibilité de prendre position pour le monstre, aussi ils imposèrent à Whale de ne pas montrer la part d’humanité du personnage de Mary Shelley. Cependant, un des côtés de son humanité est montré dans le film lors de la scène avec la petite fille. Elle dépasse l’apparence monstrueuse de la créature et joue avec elle.

La créature imite la petite fille qui jette des fleurs dans l’eau, mais son ignorance crée une catastrophe. Le monstre de Frankenstein, tellement heureux d’être enfin accepté, se prend au jeu de la petite fille, et la prend aussi pour une fleur. Ainsi, il la jette dans l’eau, ignorant les conséquences et le danger de son geste pour l’enfant. Néanmoins, il comprend qu’elle se noie et veut aller chercher de l’aide.

Le code Hays força les studios du film à couper la fin de la scène entre la créature et la petite Maria car on voyait le monstre violemment jeter la petite fille dans la rivière.

Le code Hays ou Motion Picture Production Code est un code de censure régissant la production des films, établi par le sénateur William Hays, président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association, en mars 1930 et appliqué de 1934 à 1966. Ce code a pour principe qu’aucun film ne sera produit qui porterait atteinte aux valeurs morales des spectateurs. La sympathie du spectateur ne doit jamais être jetée du côté du crime, des méfaits, du mal ou du péché. Seuls des standards corrects de vie soumis aux exigences du drame et du divertissement seront présentés.

Dans le film de 1931, pour maintenir le suspense sur la personnalité du monstre, la créature de Frankenstein apparaît dans le générique de début suivi d'un point d'interrogation. Le nom de Boris Karloff apparaît cependant à la fin. Comme l'explique le générique final: « il n'est pas inutile de répéter les noms d'un bon casting. »

Ainsi, le personnage du monstre de Frankenstein est ambigu car son image extérieure de monstre terrifiant ne s’accorde pas à son reflet intérieur, doux et généreux. Il sera repris dans de nombreuses adaptations cinématographiques, comme La Fiancée de Frankenstein en 1935. Le mythe de Frankenstein a également été adapté au théâtre ; en 1927, la pièce Frankenstein de Peggy Webling, attribue le nom du créateur à la créature.


Un homme inhumain

Le monstre Frankenstein ou le caractère lunatique.

La créature de Frankenstein est un monstre physique, comme dit précédemment.

En effet la créature est immense et fait preuve d’une force inhumaine, et possède de plus des yeux aqueux noirs et profonds. Mais ce monstre a également un tempérament qui s’accorde à ce portrait hideux et effrayant. Son caractère varie beaucoup, on peut dire que le monstre est lunatique car comme dit précédemment, il peut autant être généreux et doux que rempli de haine et de désir de vengeance. Il est désireux de vengeance lorsqu’il constate sa solitude et son abandon par son propre créateur. Sa solitude le pousse à être cruel et à maudire son créateur qui l’a lâchement abandonné, trop horrifié. Lorsqu’il apprend que son créateur est mort, il se sent coupable et est pris de remords. Il raconte à Walton ses regret d’avoir tué des innocents même si lorsqu’il commit ces crimes, il semblait fier de son geste tant il voulait faire du mal à Frankenstein et se venger de son abandon. A travers Frankenstein, la créature n’est rien qu’un « démon », un « monstre » ou encore un « suppôt de Satan ». Mais il se peut qu’à certains moments du récit, le monstre soit vraiment qualifiable de tel. En effet, il tue des innocents en les regardants dans les yeux. Mais lorsqu’il en reparle, il éprouve des remords à l’égard de ses victimes. Il tue tour à tour les proches de son créateur, qu’il maudit toujours plus. Il a beaucoup souffert. Quand il rencontre son créateur, il ne veut pas céder à la violence même si il sait qu’il sortira victorieux d’un éventuel combat contre Frankenstein, étant donné que ce dernier l’a créé plus fort que lui. Il lui rappelle qu’il est sa créature, son « Adam » en quelque sorte. La créature se qualifie elle- même d’ange déchu, et annonce à son créateur que la misère et la solitude l’ont transformé en monstre et qu’elle était originellement bonne. Le monstre a un caractère lunatique renforcé par les contrastes entre les crimes qu’il commet et les regrets qu’il éprouve.

Son caractère lunatique est en particulier montré dans la phrase « la générosité et la bonté éprouvées un instant plus tôt cédèrent la place à une rage et à une fureur démoniaques », après avoir sauvé un enfant de la noyade et s’être fait tiré dessus en guise de récompense.

Il pleure, assis dans la forêt tant sa solitude est pesante et l’instant d’après, il s’émerveille devant la beauté de la nature. Il est parfaitement conscient de sa laideur et de sa difformité. C’est un être paradoxal : il évoque son dégoût et son incompréhension devant le crime et dit qu’« il [lui] parut inconcevable qu’un homme puisse assassiner son semblable », alors qu’il va commettre des crimes uniquement justifiés par sa soif de vengeance. Il se pose de nombreuses questions à propos de ses origines et de sa transformation en monstre : « Etais-je donc un monstre, une flétrissure à la surface de cette terre, que tous les hommes fuyaient et méprisaient ? » Ces questions telles que « qu’étais-je ? » se bousculent dans son esprit embrumé par des sentiments contrastés. Si ils sont aussi changeants, c’est également parce que la créature est influencée par ses lectures et « établissait souvent des parallèles entre ses lectures et ses propres sentiments. » Il se remémore les prières d’Adam à son créateur et se demande où est le sien. Il prend conscience au chapitre 15 que celui-ci l’a abandonné et son « cœur amer le maudissait. » Lorsque la créature se décide enfin à aller voir ses voisins, il supplie le vieillard aveugle de le protéger et de l’accepter, mais le fils l’arrache de son père avant qu’il ne lui promette quoi que ce soit. Le monstre est jeté violement au sol et est frappé avec un bâton. Le monstre pouvait le tuer, le démembrer « comme un lion le fait d’une antilope, mais l’amertume [lui] étreignait le cœur et [il se] contint. » Il ne souhaite pas se défendre et attaquer son agresseur tant il est déçu de sa tentative échouée, dans laquelle il avait tant d’espoirs. Il ne maudit pas immédiatement le fils qui l’a arraché à ses espérances et qui l’a frappé, tant il est accablé de tristesse, d’angoisse et de douleur. En revanche, il maudit son créateur pour l’avoir créé, et se maudit lui-même pour continuer à vivre (« pourquoi n’ai-je pas éteint en cet instant l’étincelle d’existence que vous m’aviez si légèrement communiqué ?») Il en veut ensuite à ses voisins et « aurait pris plaisir à détruire le chalet et ses habitants et [il se serait] délecté de leurs cris et de leur détresse. » Il peut autant être rempli d’espoirs d’être enfin accepté tel qu’il est, que de volontés de détruire ceux qui ont créé sa solitude et son échec, ce qui fait son caractère lunatique. Ses changements d’humeur sont dus en partie à son créateur qui l’a abandonné. D’autre part, le caractère monstrueux de la créature est évoqué du point de vue du docteur Frankenstein, qui souffre à cause de sa créature qui se venge de son abandon. Ainsi, son ennemi est diabolisé, il ne le désigne que par des termes péjoratifs tels que « monstre », « démon », « misérable »... Leurs relations sont uniquement violentes verbalement et leur hiérarchie évolue.

Lors de cette scène, les deux personnages se font face, leur rapport de supiériorité s’inverse. Le monstre traite son créateur d’esclave, car il est plus puissant que lui, il assène à ce dernier : « vous êtes mon créateur, mais je suis votre maître ; obéissez- moi ! » Lors de ce passage, le monstre ressent de la colère, des envies de vengeance, de la fureur, du désespoir. Dès cet instant , il veut déclarer une guerre sans merci à l’espèce humaine, surtout à celle qui l’a créé et l’a « précipité dans la tourmente de cette misère insupportable. » Il considère également Satan comme le modèle de sa condition.

La créature ajoute même qu’il est un être mauvais parce qu’il est malheureux. Ce monstre a donc un caractère ambigu, puisqu’il est très lunatique ; il passe de l’émerveillement à la fureur en passant par le désir de vengeance qui le pousse à continuer sa misérable vie dans la solitude. Sa seule raison de vivre est le désir de se venger et de faire souffrir son créateur. Cependant, lorsqu’il voit le corps sans vie de ce dernier, pourtant maudit tant de fois, il est déchiré par une douleur dont il se débat. Il est tiraillé entre le remord et sa propre accusation, et l’injustice que lui a causé son créateur : « Voici encore une de mes victimes, cette mort est la consommation de mes crimes, mon existence misérable touche désormais à sa fin ! » Ce qu’il annonce juste après, « Ô Frankenstein, être généreux et dévoué ! », alors qu’il l’a maudit tout le long du récit, est un peu ironique. De plus, il ajoute que son cœur a été conçu pour abriter l’amour et la sympathie, mais dans le roman, il exprime davantage la haine et la vengeance. Au début du récit qu’il conte à son créateur, il déclare qu’en voyant William, le petit Frankenstein, il pensait qu’il n’aurait pas de préjugés et voudrait s’en faire un ami. Cependant, en apprenant qu’il est un Frankenstein, en plus de ses moqueries sur sa laideur, il décide tout simplement de le tuer, en lui disant « tu seras donc ma première victime. » En voyant l’enfant mort, son cœur se gonfle de joie et son triomphe lui semble immense, il semble ainsi heureux. Mais aussitôt après, la rage reprend le dessus sur ses sentiments et sa soif de vengeance est ravivée. Plus tard, quand il raconte cet évènement à son créateur, il se demande « comment il ne s’est pas précipité parmi ses semblables pour trouver la mort en tentant de les détruire au lieu d’exprimer ses sentiments à l’aide de cris et de pleurs ». Pour revenir au récit que fait le monstre à Walton, il exprime la difficulté des crimes qu’il a commis, en interrogeant de façon rhétorique Walton « croyez-vous que j’ai été insensible à l’angoisse et au remords ? [...] Vous imaginez que les gémissements de Clerval ont été une musique agréable à mes oreilles ? » La créature alterne ses sentiments, il est tiraillé entre un « égoïsme terrifiant le poussait de l’avant » et « le remords [qui] distillait son venin dans [son] cœur ». Apres avoir tué l’ami de Frankenstein, il a le cœur brisé et désemparé, il plaint Frankenstein pour qui il éprouvait pourtant de la haine, sa pitié touche à l’horreur, il se déteste également. Mais aussitôt après avoir pris conscience que son créateur est à l’origine de sa misérable existence et de ses tourments, sa soif de vengeance reprend une nouvelle fois le dessus. Lorsque Walton doute de sa sincérité et est persuadé que le monstre n’éprouve pas de pitié, et que son seul regret est que sa victime ne soit pas morte de ses mains, le monstre l’interrompt en criant et répétant « c’est faux ! » Néanmoins, il dénonce son créateur, lui reproche d’avoir été plus heureux que lui, de l’avoir empêché d’être heureux, et évoque une injustice. La créature se contredit à chaque prise de parole. Ensuite, elle se rend compte qu’elle est contradictoire et finit par se qualifier de misérable. Dans une longue prise de parole, le monstre exprime une dernière fois ses regrets d’avoir infligé une vie remplie de souffrances à son malheureux créateur. Pour renforcer ces paroles et montrer son véritable regret, il se suicide en se jetant dans l’eau glacée ou il disparait dans les flots ténébreux.

Dans le film de James Whale de 1931, le côté  mentalement monstreux est bien montré. Le monstre ne s’exprime que par des grognements qui le rendent féroce et dépourvu de sens humains.

Lorsque le monstre tue l’assistant du docteur, il a un regard plein de triomphe et de haine, ce qui renforce sa monstruosité intérieure. De plus à la fin du film, le monstre ne regrette en aucun cas ses crimes et ne se suicide pas sur le corps de son créateur. Il jette son créateur du haut d’un moulin enflammé par une foule haineuse.


Thomas Harris, né le 11 avril 1940 à Jackson dans le Tennessee, est un journaliste et écrivain américain spécialisé dans le thriller.

Il écrit son premier roman en 1975 et connaît le succès international avec ses quatre thrillers autour du personnage d’Hannibal Lecter. Il s'inspire du travail de l'agent du FBI Robert Ressler. Le premier livre sorti fût Dragon Rouge en 1989, puis Le Silence des agneaux en 1990 qui reçut le grand prix de littérature policière et le prix Mystère de la critique en 1991, parut ensuite Hannibal en 2000 et enfin Hannibal Lecter : Les Origines du mal en 2007. Cependant, le récit n’est pas continu à travers les œuvres en effet, l’histoire débute dans le roman Hannibal Lecter : Les Origines du mal puis se poursuit avec Dragon Rouge puis Le Silence des agneaux et se conclut dans Hannibal. D’une enfance calme et paisible à 8 ans, nous suivons le parcours de cet homme jusqu’à l’âge adulte à travers les différentes et horribles épreuves qu’il connait et le font devenir un monstre.

Thomas Harris l'auteur des célèbres thrillers a récemment révélé qui lui a inspiré le fameux personnage du psychiatre cannibale, Hannibal Lecter. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne s'agit pas d'un personnage de fiction, mais d'un homme bien réel : un médecin condamné pour meurtre, qu'il a rencontré dans les années 1960 en visitant une prison mexicaine. Harris s'étant initialement rendu dans cette prison pour interviewer un certain Dykes Askew Simmons emprisonné pour avoir tué trois personnes, il a aussi fait la connaissance du "Dr Lazar". Un an plus tôt, ce dernier avait soigné Simmons d'une blessure par balle (alors qu’il tentait de s'évader).

Dans la préface d'une nouvelle édition du Silence des agneaux, publiée à l'occasion du 25ème anniversaire de la sortie du livre, Harris est revenu sur cette étrange rencontre. La conversation a pris une tournure très sombre et inquiétante lorsque le Dr Lazar a commencé à évoquer la blessure de Simmons et ses victimes. Ce n'est qu'après l'entretien qu'un gardien a dit à Harris que le Docteur était lui aussi un meurtrier : "Il ne quittera jamais cet endroit. Il est fou".

Il faut cependant noter que le personnage d’Hannibal Lecter a partiellement existé. En effet il est l’accumulation de nombreux tueurs en série. Le docteur Lazar, Ed Gein, Ted Bundy et Gary Michael Heidnik sont ses inspirations.


Hannibal Lecter ou la cruauté dissimulé

Tout au long du récit, Thomas Harris impose une certaine réserve quant à la physionomie du personnage d’Hannibal Lecter. Sa sœur Mischa est la plus longuement décrite. Elle incarne la naïveté de l’enfance, la pureté, et l’innocence. Sa description extrêmement touchante et captivante en fait un personnage très attachant pour le lecteur. Tout au long du récit, le fossé se creuse entre le personnage décédé et intemporel de Mischa et celui d’Hannibal rongé par l’inconscience et le désir de vengeance qui tendent à montrer leur ressemblance à l’enfance, mais mettent également l’accent sur le devenir monstrueux du personnage principal.

Le récit ne comporte donc que très peu d’éléments sur le physique du personnage. Tout au long de la tétralogie l’auteur ne laisse paraitre que peu de traits. En effet, nous pouvons déduire qu’il est de type caucasien, de taille moyenne, aux cheveux bruns et les yeux marron. Il est ambidextre. Il est extrêmement intelligent, calculateur, soigné et précautionneux. Il se tient droit, avec beaucoup de grâce, ses dents blanches et régulières lui procurent un sourire charmeur, mais aussi froid et carnassier, montrant toute la cruauté de l'individu. Il est possible de faire un parallèle avec la blancheur des dents de Frankenstein.

En effet, qui pourrait se méfier d’une personne au physique si avenant ? A dire vrai, personne ne pourrait se douter que derrière ce physique aimable et courtois se cache un homme dévoré par la haine et le désir de vengeance. Hannibal a huit ans au début du roman en 1941, et vit dans le château Lecter, fondé par son aïeul en Lituanie. Il est extrêmement intelligent et précoce. Lors de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par Adolf

Hitler qui met la région Baltique dans une situation sanglante, elle devient la ligne de front de la Seconde Guerre mondiale. Hannibal, sa sœur Mischa et ses parents s'échappent jusqu'à la cabane de chasse située dans la forêt afin d'éviter de tomber entre les mains des troupes allemandes. Trois ans plus tard, les nazis sont enfin repoussés du pays occupé ensuite par les soviétiques. Durant leur fuite, cependant, les allemands détruisent un tank soviétique qui s'était arrêté au domaine des Lecter pour demander de l'eau. L'explosion tue tout le monde sauf Hannibal et sa sœur Mischa, qui deviennent orphelins. Ils survivent dans la cabane de chasse jusqu'à ce que six anciens militaires lituaniens, menés par un collaborateur du régime nazi nommé Vladis Grutas, s'établissent au même endroit pour voler des trésors de guerre tout en se faisant passer pour la Croix- Rouge. Ne trouvant aucune nourriture, ils tuent et mangent un jeune garçon qu'ils avaient capturé et gardé enchaîné. Ensuite, la jeune Mischa, au grand désespoir d’Hannibal Lecter, se voit emmenée de force vers la baignoire servant à cuire la nourriture. Elle est suspendue dans les airs par un bras et hurle le nom de son frère, qui ne peut malheureusement rien faire pour l'aider. C'est à ce moment-là que quelque chose s'est brisé en lui. C’est cette image qu’il le hantera pendant plus d’une dizaine d’année. Plus tard, il apprendra ensuite que le repas mangé le soir même, que les Allemands avaient préparé, était sa sœur, et qu'il en avait mangé à son insu. Ce qui lui causera un tel choque qu’il ne parviendra plus à parler.

De plus, Hannibal oubliera un temps le nom des assassins de sa sœur : Vladis Grutas, Zigmas Milko, Bronis Grentz, Enrikas Dortlich, Petras Kolnas et Kazis Porvik.

Enfin, le jeune Hannibal va être sauvé puis envoyé dans le château Lecter, reconverti en orphelinat, pour finalement être adopté par son oncle et sa femme, une Japonaise, dame Murasaki. Par hasard, il retrouvera ses bourreaux et commencera sa vengeance, tout en attirant l'attention d'un inspecteur de police français nommé Popil.

Bien que d'une grande abomination, les crimes du Dr Lecter obéissent à une logique, à un certain sens esthétique et moral qui lui sont propres. Loin de justifier les atrocités qu'il commet, ses motivations donnent un sens à ses actes et rendent le personnage plus sympathique. Ce psychopathe, sociopathe est un homme doté d'un très grand pouvoir de manipulation et d'analyse, ce qui fait de lui un prédateur redoutable.

La conscience d'Hannibal ne réprime pas ses actes. Il agit sans le moindre remords et sait toujours faire preuve d'un certain humour noir lorsqu'il commet un meurtre. En effet, si Lecter manque de sens moral, cet humour est souvent présent, ce qui rend ambigüe la nature de ses crimes et rend le personnage à la fois insondable et paradoxal : comment un homme peut-il en faire preuve d'une telle inhumanité? Personne ne semble pouvoir pénétrer les dédales obscurs du cerveau psychopathe d'Hannibal Lecter. On apprend souvent qu'il se réfugie dans son palais de la mémoire, technique antique de mémorisation. Ce monde intérieur très développé expliquerait quelques-unes de ses facultés extraordinaires. Ce palais se développe dès sa plus tendre enfance. Dans le chapitre 4, M. Jakov professeur d’Hannibal lui apprendra que pour développer ses connaissances et s’en souvenir le jeune garçon aura besoin d’un palais de l’esprit qui devra se développer tout au long de sa vie. Dans le prologue, c’est ce palais qui est décrit : « Au centre de son esprit, la porte conduisant au palais de la mémoire d’Hannibal Lecter est dans les ténèbres, mais il est possible de retrouver son loquet rien qu’au toucher. L’étrange portail ouvre sur des couloirs et des salles qui rivalisent en nombre avec ceux du musée Topkapi. Les sections consacrées aux premières années d’Hannibal diffèrent des suivantes en ce qui les archives qui les fondent restent incomplètes. Il y a des scènes sans vie, fragmentaires comme des débris de statues antiques réassemblés dans du plâtre anonyme. D’autres salles ont le son et lumière, cependant, et l’on entend de grands serpents lutter et siffler dans le noir, seulement révélés par des éclairs intermittents. Des plaintes et des hurlements emplissent certains réduits dans les ailes où Hannibal lui-même ne peut se risquer, mais les corridors ne les renvoient pas en écho, et il y a aussi de la musique, si l’on préfère. L’édification du palais a commencé aux premiers temps de l’apprentissage du jeune Hannibal. Ensuite, pendant les années de confinements, il l’a agrandi et embelli, survivant sur ses trésors pendant les longues périodes où ses geôliers lui déniaient l’accès à ses livres. ». Hannibal Lecter est donc un homme inhumain, un monstre, qui sous couvert d’une apparence angélique dissimule une cruauté sans limite et une vive intelligence.

Cette intelligence se distingue dès sa plus tendre enfance. Au chapitre 4, on comprend que le garçon assoiffé de connaissance s’apparente à un surdoué. Tout d’abord il a appris à lire à un âge extrêmement avancé : « Mais Hannibal Lecter a toujours su lire, ou du moins c’est ce dont Nounou est convaincue. Pendant une brève période autour de ses deux ans, elle lui a fait la lecture,[...], mais elle sentait aussi sa petite tête pivoter sur sa poitrine tandis qu’il suivait des yeux les mots sur la page, jusqu’au jour où elle l’avait découvert assis tout seul, pressant le livre contre son front avant de l’écarter à la meilleure distance focale, et lisant à voix haute. », De plus le garçon est très curieux : « A six ans, le garçon est passé par trois expériences importantes. D’abord, il a découvert Les Eléments d’Euclide.[...] A l’automne de cette année-là, on lui a présenté une petite sœur, Mischa.[...],il s’est rendu compte qu’il l’aimait d’un amour qu’il lui était impossible de nier, et qu’il attendait avec impatience le moment où il pourrait lui montrer et lui expliquer des choses, quand elle serait assez grande pour s’étonner et s’émerveiller ; il voulait qu’elle ressente l’ivresse de la découverte, elle aussi. Et c’est encore à cette époque que le comte Lecter a surpris son fils en train d’estimer la hauteur des tours du château en mesurant la longueur de leur ombre, selon une méthode qui venait d’Euclide en personne, d’après ses dires. » La vive intelligence de ce garçon contribuera à accentuer l’horreur de ce meurtre à l’âge adulte.

Son cannibalisme et ses meurtres d’une violence sans précédent sont donc les seules preuves de cette monstruosité. Même, le premier meurtre d’Hannibal est atroce. Après avoir tué le boucher Paul Momund la seule explication qu’il donne à sa tante pour cet acte est : « J’aurai pu me servir du couteau du boucher, mais l’épée de Masamuné-dono m’a paru tellement plus approprié... [...]La lame n’a pas une seule éraflure.[...]Ce boucher était comme du beurre. »

Le cannibalisme naît chez Hannibal suite à une conversation banale sur la cuisine et la préparation de mets. Au chapitre 22, le cuisinier explique : « Observe, Hannibal, lui enjoint-il : ce qu’il y a de meilleur, dans un poisson, ce sont les joues. C’est souvent le cas pour nombre de créatures vivantes... » . A partir de ce moment le jeune garçon se nourrira des joues de ses victimes.

Le cannibalisme est la forme ultime de l’agression. C’est une victoire suprême : non seulement par le meurtre de ses ennemis mais aussi en dévorant leurs restes. Cette pulsion sadique qui alimente l’ego fragile du tueur en série lui qui désire si désespérément éprouver un sentiment de pouvoir sur les autres. Le cannibalisme est donc le vecteur d’une telle quête. C’est une sorte de trophée que toujours le tueur garde ainsi sur lui et en lui.

Dans le chapitre 25, la séance du détecteur de mensonge renforce cette idée qu’Hannibal Lecter bien qu’humain ne ressent aucune émotion liée à cette humanité : « A la plus grande curiosité des villageois, qui n’ont jamais rien vu de tel, un polygraphe est installé au poste de gendarmerie. Arrivé de Paris avec l’inspecteur, le technicien procède à un grand nombre de réglages, [...]. L’inspecteur lance un coup d’œil à Hannibal en train d’examiner la machine et demande à tous les autres de quitter la pièce. L’orateur attache le détecteur de mensonge au bras d’Hannibal.

- Donner votre nom, lui demande-t-il

- Hannibal Lecter, répond celui-ci d’une voix rauque. […]

Les pics et les vallées sur les lignes d’encre restent constants : pas de variation de la pression artérielle, pouls régulier, respiration normale. [...]

- Avez-vous tué Paul Momund ?

- Non.

Pas de trouble notable sur les tracés. [...]

- Ce garçon ne réagit à rien ! Se plaint l’opérateur. Ou bien c’est un orphelin de guerre qui a perdu toute capacité d’émotion, ou bien il a un sang-froid monstrueux.

- Monstrueux, répète l’inspecteur. »

Un détecteur de mensonge, ou polygraphe, est un ensemble d'appareils qui mesurent les réactions psychophysiologiques d'un individu lorsqu'il est interrogé, afin de déterminer s'il dit la vérité ou s'il ment. Datant de plus de 2000 ans, l'utilisation de méthodes scientifiques pour la conception de détecteurs de mensonge remonte au XIXème siècle, notamment avec les travaux de Cesare Lombroso qui inventa en 1885 un détecteur de mensonge qui mesurait la pression sanguine.

Ce polygraphe sensé être infaillible et donc ridiculiser par le sang-froid et la maitrise des émotions du personnage.

Mais a-t-il vraiment des émotions ?

A cela, nous pouvons répondre que oui. Et c’est alors que toute l’ambiguïté du personnage apparait. Nous avons déjà mentionné que sa quête est accomplie dans le but de venger sa sœur qu’il aimait tant. Cependant, d’autres détails tendent à montrer l’humanité d’Hannibal. Le surnom « Nounou » est extrêmement chaleureux et à une valeur appréciative. De plus, à la fin du roman, Hannibal avoue ses sentiments à sa tante, ce qui peut paraitre inutile au lecteur déjà au courant. En effet, Dame Murasaki est la seule en qui Hannibal a confiance. Il l’a venge du boucher au début de l’histoire tel un fervent serviteur. Ainsi, le personnage d’Hannibal est également construit sur une ambigüité outrancière. Ainsi, La violence et l’atrocité de ses crimes et sa passion en font un personnage dissocié de la réalité.


Le monstre n’est pas forcément celui que l’on croit

Un entourage monstrueux

Dans l’histoire de l’homme éléphant nous pouvons nous demander qui sont les véritables monstres. En effet certains personnages sont d’une méchanceté monstrueuse. Cette cruauté est particulièrement visible dans le personnage de Bytes le propriétaire de John Merrick. Ce dernier le frappe et ne lui donne que très peu à manger. De plus lors d’un de ses mouvements de colères liés à l’abus de la boisson, il enferme le pauvre John, de plus en plus malade, dans une cage avec des singes qui se mettent à hurler devant cet homme hideux. Ainsi le spectateur se rend compte de l’inhumanité du caractère de Bytes et de sa méchanceté.

De plus, il exploite Merrick en le forçant à se produire en spectacle dans des cirques à curiosités, les Freaks shows (cf interview de Stéphane Pajot p. 4-5). Il est exhibé puis battu par ce monstre qu’est Byte car ce dernier ne prend pas la mesure de ses actes, il ne considère pas John comme un humain mais comme « son monstre » qui lui permet de gagner sa vie.

Un autre personnage exécrable est celui du garde de nuit qui lui aussi fait son commerce sur la misère de l’homme éléphant. Ce dernier entre dans sa chambre la nuit et se moque ouvertement de lui, il lui manque de respect en face sachant très bien que le pauvre Merrick ne peut rien faire contre lui. Il est très ironique lorsqu’il lui dit : « Vous êtes très beau ce soir vous ressemblez au prince de Galles ». En réalité il pense toujours qu’il est abominable mais il essaye de créer entre eux un certain lien.

Merrick ne peut se défendre et donc se laisse plus ou moins faire.

D’un autre côté, le docteur Treves s’interroge sur son attitude face à son patient. En effet, il pense qu’il est aussi un « monstre » car il a voulu éviter à Merrick de se produire en spectacle lors des Freaks shows, cependant il fait défiler des invités dans la chambre d’hôpital de l’homme éléphant. Il se demande donc s’il n’est pas aussi « monstrueux » que Bytes, car quelque part il fait la même chose que lui mais cette fois-ci le spectacle se déroule à l’hôpital. Il pensait bien faire et ne se rendait pas compte que les gens n’auraient pas forcément la même volonté de faire le bien que lui. En voulant que Merrick soit à égalité avec les autres hommes, il a accentué sa différence en rendant sa vie plus confortable.

Nous voyons donc que le « monstre » n’est pas qu’Elephant Man, puisque certains autres personnages sont déshumanisés par leurs comportements envers lui.


La survivance en temps de guerre

Cependant, bien que l’entourage des différents protagonistes étudiés puisse être monstrueux, l’époque et le contexte historique peuvent l’être tout autant. C’est alors une question de survie qui se pose. Sommes- nous prêts à tout pour survivre ?

Dans Hannibal Lecter : Les origines du mal le monstre n’est en réalité pas celui qu’on croit. Certes, Hannibal Lecter est un psychopathe et un sociopathe. Mais ce sont en réalité les atrocités de la société et de l’époque qui créant un système de cause à effet ont bouleversé cet homme.

La Première Guerre mondiale (1914-1918) bien que surnommée la Grande Guerre pour son nombre de victimes ne fût rien en comparaison du nombre de victimes de la Seconde Guerre mondiale (1939- 1945).

Le 28 juin 1914 l’assassinat de l'Archiduc François- Ferdinand à Sarajevo ne laissait pas prévoir une guerre si destructrice. Les pertes humaines de la Première Guerre mondiale s'élèvent à environ 18,6 millions de morts. Ce nombre inclut 9,7 millions de morts pour les militaires et 8,9 millions pour les civils. Les Alliés de la Première Guerre mondiale comme les Empires centraux perdent plus de 9 millions de vies.

Mais la Seconde Guerre mondiale fut le conflit le plus meurtrier de l'Histoire avec plus de 60 millions de morts soit 2,5 % de la population mondiale. Globalement, les estimations des historiens varient de 50 millions de morts minimum à 85 millions maximum.

Le roman Hannibal Lecter : les origines du mal commence au deuxième jour de l’opération Barbarossa pendant la Seconde guerre mondiale en Lituanie.

L'opération Barbarossa, ou « Barberousse », est le nom donné à l'attaque de l'URSS lancée par Hitler et dirigée par Friedrich Paulus le 22 juin 1941. De sa réussite ou de son échec dépendra l’issue du conflit mondial débuté en septembre 1939.

A l’origine de la décision allemande se trouve un enjeu stratégique de la part d’Adolf Hitler. Confronté à la résistance inattendue de l’Empire Britannique après la chute de la France, le dictateur redoute l’attitude de Moscou qui a profité du pacte germano-soviétique pour s’avancer en Europe orientale. D’autre part Hitler sait qu’économiquement l’Allemagne est à la merci de Staline. Il décide donc de mettre sur pied une campagne décisive pour s’emparer de l’essentiel de la partie européenne de l’URSS. Cela permettra au IIIe Reich d’assurer sa survie économique à long terme (par l’exploitation tant des ressources que des hommes) et de détruire la possibilité d’une guerre sur deux fronts en privant Londres de son dernier allié sur le continent.

La planification de cette guerre de conquête, qui doit fournir à l’Allemagne l’espace vital évoqué dans Mein Kampf, débute à la fin de l’été 1940. Si le travail fourni par les états-majors est méticuleux, il se base sur des informations erronées. En effet, les services de renseignements allemands sous-estiment gravement les effectifs de l’armée rouge tant en hommes qu’en matériel. Imprégnés d’idéologie nazie Ainsi, négligent-ils les capacités de mobilisation politique et industrielle de l’URSS. Pariant sur une campagne courte, ils font l’impasse sur la préparation de matériels hivernaux. Erreur qu’ils paieront cher notamment lors de la bataille de Moscou en décembre 1941.

Afin de détruire l’URSS, le Reich prévoit de recourir à des groupes d’intervention nommé les « Einsatzgruppen » qui agiront à l’arrière du front. Ces unités aux ordres de la SS, seront les responsables de la tristement célèbre « Shoah par balles. » que l’on retrouve dans le roman.

Ainsi, de 1941 à 1945, 80 % des pertes de la Wehrmacht sont subies sur le front russe.

Sur le plan militaire, l’opération Barbarossa repose sur 3 Groupes d’armées, qui rassemblent plus des deux tiers des divisions allemandes : le groupe d’armées nord avec le Maréchal Von Leeb qui doit s’emparer des Pays Baltes et de Leningrad, le groupe d’armées centre avec le Maréchal Von Bock qui doit anéantir par des encerclements les forces soviétiques en Russie blanche, puis pousser jusqu’à Moscou, et le groupe d’armées Sud avec le Maréchal Von Rundstedt qui doit s’emparer des richesses Ukrainiennes avant de progresser dans la direction du Caucase.

Face au dispositif allemand, les soviétiques opposeront 4 fronts, rassemblant dans les jours suivants immédiatement l’invasion environ 190 divisions. Néanmoins les formationssoviétiques sont moins fournies que celles des allemands, et l’encadrement souffre gravement des conséquences des purges de la fin des années 30.

D’autre part Staline estime, malgré de nombreux rapports et indices, qu’Hitler n’attaquera pas et que les préparatifs allemands ne sont que du chantage. Ainsi le 22 juin les formations soviétiques seront prises au dépourvu, recevant même des ordres leur interdisant de provoquer les forces allemandes. Les premières semaines de Barbarossa sont donc un désastre pour l’URSS. Staline qui semble avoir un temps chancelé moralement à l’annonce de l’attaque allemande, intime à ses généraux une résistance à outrance qui va favoriser les plans allemands misant sur la mobilité. Néanmoins le triomphe nazi ne peut être complet en raison des insuffisances de la Wehrmacht.

En effet, la logistique allemande montre vite ses limites. La grande partie de l’armée allemande avance alors encore au rythme des chevaux, ce qui ralentit le rythme des opérations. Le taux de disponibilité des matériels atteint des niveaux alarmants car commence à manquer cruellement. De plus, les effectifs engagés par Berlin sont encore insuffisants pour nettoyer totalement les zones conquises. De nombreux soldats soviétiques échappent ainsi à la captivité et forment des groupes de partisans.

Résultat : l'effort décisif en décision de Moscou se trouvera retardé.

Enfin contrairement aux estimations optimistes du Haut Commandement allemand, l’armée rouge parvient à renaitre constamment de ses cendres en alignant toujours plus d’hommes et de matériels. Au jeu de la guerre d’attrition, le Reich mal préparé à une guerre longue, ne peut que perdre. Surtout, avec l’entrée en guerre des États-Unis contre l’Allemagne le 11 décembre 1914.


En comparaison de ces deux cartes, on peut observer que l’Opération Barbarossa traverse la Lituanie. Pays d’Hannibal, qui sera victime d’une guerre et de ses atrocités et de ses destructions.

Ainsi, les monstres sont donc également ceux qui prennent part à la guerre.

Cependant, les chapitres 7 et 8 présentent de nouveaux types de monstres dans l’histoire d’Hannibal : Vladis Grutas, Zigmas Milko, Bronis Grentz, Enrikas Dortlich, Petras Kolnas et Kazis Porvik les assassins de sa sœur l’ayant cannibalisé afin de survivre. L’inhumanité qui s’est forgé en eux pendant la guerre se résume dans cet extrait : « Sortant d’un long rêve fiévreux, Hannibal les entend revenir. Cris, agitation. De sa place derrière les barreaux, il regarde Grutas lécher la dépouille sanglante d’un oiseau, puis la jeter aux autres, qui s’abattent dessus comme des chiens. Grutas lève son groin maculé de sang et de plumes vers les enfants.

- Manger ou crever ! siffle-t- il entre ses dents.

C’est le dernier souvenir conscient qu’Hannibal Lecter gardera du relais de chasse. »

Ainsi, les hommes déshumanisés s’apparentent à des bêtes sauvages, poussés par leur instincts de survie à commettre des crimes atroces, ils deviennent des monstres absolument abominables et nous font penser, que le monstre, n’est pas toujours celui qu’on croit.


Un créateur indifférent

Lorsque l’on parle de Frankenstein, le roman épistolaire de Mary Shelley, le monstre auquel on pense est la créature de Frankenstein et non son créateur. Cependant, certaines personnes confondent les deux personnages, ainsi, il pense en premier lieu à Frankenstein, qu’ils prennent pour la créature hideuse. Ils ont cependant raison de penser que le docteur Frankenstein est également un monstre. Il ressemble à sa créature lorsqu’elle est cruelle. Ils cherchent tous deux à se venger de l’autre. La créature de Frankenstein rappelle à son créateur qu’ils sont égaux, qu’ils se ressemblent malgré le refus de Frankenstein de l’admettre. Lors de leur rencontre dans la montagne où se cache la créature, ils font preuve de violence verbale en s’insultant et le monstre raconte à son créateur les pensées cruelles qu’il a eu envers ce dernier. La créature avoue à son créateur qu’il est « une caricature de [lui]-même, et [leur] ressemblance même rend [la créature] d’autant plus horrible. » Ainsi, cette ressemblance entre les deux personnages, dont un est un monstre, rend l’autre monstrueux également. Victor Frankenstein est aussi monstrueux que sa créature, même s’il refuse de l’admettre.

De plus, le nom Frankenstein vient de l’allemand, où stein (stone en allemand) signifie dur, insensible. On comprend donc son attitude envers sa créature par son nom.

Néanmoins, certains passages dans le roman nous font comprendre la prise de conscience de la culpabilité du docteur. Il se maudit lui- même à plusieurs reprises dans le récit. Il s’accuse à juste titre de la mort de Justine, la servante, accusée elle-même du meurtre de William, en réalité tué par le monstre que Victor a créé. Il est en quelque sorte en haut de la chaîne des crimes ; il créé une créature pour laquelle il n’éprouve qu’indifférence, ainsi, celui- ci s’en venge en tuant et en accusant une innocente, qui est condamnée à mort. Frankenstein est l’unique responsable de ces évènements. Il est, par la même occasion, le responsable de la mort de Clerval, de sa femme Elisabeth et pour finir, de sa propre mort. Le personnage de Frankenstein a créé un monstre qui tue, aussi le créateur lui-même est un monstre. L’indifférence du docteur envers le fruit de ses travaux acharnés est cruelle et monstrueuse.

D’autre part, dans le film de Whale, le docteur est présenté comme ayant créé un monstre plus que comme un docteur ayant créé la vie.

Frankenstein, en tentant de créer la vie après la mort, défie Dieu, qui est le seul à détenir le pouvoir de réanimer les morts. De ce fait, il est condamné à souffrir et à errer à travers le monde tel un vagabond pour retrouver et se venger de la créature qu’il a créée. Sa créature lui reproche d’ailleurs son intention de surpasser Dieu en lui demandant « de quel droit osez-vous jouer ainsi avec la vie ? » En réalité, Frankenstein n’a aucun droit sur la vie de sa créature qui n’a pas choisi son apparence et qui a subit les expériences de son « maître naturel ».


Frankenstein est d’autant plus monstrueux qu’il ne prend ni le besoin, ni l’envie, ni le temps de donner un nom à sa créature, qu’il se contente d’appeler «monstre», «créature», «démon», «ennemi» et bien d’autres appellations péjoratives. Victor Frankenstein déshumanise en quelque sorte sa propre créature, sans motif, ainsi, il devient un être monstrueux.

Si Frankenstein ne donne pas de nom à sa créature, c’est parce qu’il refuse de le reconnaître comme son fils, or un père donne un prénom à son fils. C’est aussi car il refuse de le reconnaître comme un être humain, pour lui, il est seulement un monstre, sans humanité et donc sans nom. Nommer la créature Frankenstein, comme font la plupart des gens, c’est la reconnaître comme fils de son père, ce père étant irresponsable. En outre, nommer ainsi la créature, c’est dénommer son créateur, comme pour le punir de ses actions irresponsables et dangereuses pour son avenir et pour la société. Autrement dit, le plus monstrueux des deux personnages n’est pas celui que l’on croit.

Dans le roman, Frankenstein refuse la faveur que lui demande le monstre : lui créer une compagne. La créature insiste et le docteur finit par être véritablement forcé par le monstre qui le menace de recommencer ses crimes s’il refuse. Le docteur s’oblige donc à recommencer ses horribles travaux, avec des envies de tout arrêter, mais la menace constante du monstre le pousse à reprendre ses travaux. Finalement, il décide de détruire le début de son travail en déchirant l’assemblage de morceaux de corps qui allaient constituer la compagne du monstre. C’est un acte monstrueux, lui-même l’avoue en disant « il me semblait presque avoir mutilé la chair d’un être humain » Son geste est donc digne de ceux du monstre, qui tue les proches de Frankenstein, ici, il s’abaisse au niveau de celui qu’il maudit car ils tuent tous deux les proches de leur ennemi. Sa propre créature le qualifie de « créateur insensible et sans cœur ! »

D’autre part, Frankenstein est également fou, il se considère lui-même comme tel. Il se pose de nombreuses questions pour savoir s’il est fou ou s’il a fait le bon choix en créant ce monstre, mais il met fin à ces questionnements en s’assurant que l’espèce qu’il créé le glorifiera et que le succès couronnera ses efforts car « quelle force pourrait arrêter le cœur résolu et la volonté ferme de l’homme ? » Ainsi, le docteur Frankenstein est aussi monstrueux que sa créature car il se met à son niveau en tuant l’espoir que sa créature avait placé en lui en lui demandant de créer sa compagne. Il lui refuse tout : de lui donner un nom, de l’affection, lui offrir une compagne pour mettre fin à sa solitude, tout en le faisant encore plus souffrir de ce manque de compagnie.

James Whale, lui, ne respecte pas le choix de Frankenstein de détruire la compagne du monstre, mais choisit de continuer l’histoire de cette créature avec le film La Fiancée de Frankenstein, et ainsi minimise la cruauté de Frankenstein.

Dans le film de 1931, Frankenstein n’est pas présenté aussi monstrueux que dans le livre de Mary Shelley. On ne nous donne pas les détails des sentiments du monstre, qui souffre, seul et abandonné par son créateur et qui le maudit, lui reprochant son absence et son manque d’affectivité. Ainsi, dans l’adaptation cinématographique de Whale, le docteur n’est pas le monstre principal. Il tente de lui parler et de le dresser en quelque sorte. En lui demandant de s’assoir, il établit un léger contact.


Dans le roman, le docteur s’enfuie sans même lui adresser un regard tant le monstre l’effraie. C’est donc Frankenstein qui refuse le geste amical du monstre et le fuit.

Frankenstein est donc un monstre intérieur car il est cruel à l’égard de son propre accomplissement, le résultat de longs mois de travail acharné, dans lequel il avait beaucoup d’espérances. Même si la créature qu’il a créée est monstrueuse par son physique, elle est sensible à la beauté, intelligente et remplie de bonté. Sans l’abandon de son inventeur, la créature aurait répondu aux attentes de celui-ci, et sa bonté aurait été infinie. Cependant, c’est l’erreur de Victor, en abandonnant sa créature, qui rend les deux personnages monstrueux. Frankenstein est totalement indifférent à la solitude et à la souffrance de sa créature.


Sous une apparence monstrueuse se cache souvent une âme généreuse et remplie de bonté. Cependant, dans certains cas, le monstre est terrifiant par son physique mais aussi par son mental, ses intentions violentes, et un désir de vengeance toujours plus intense. Mais il existe aussi des monstres, qui, sous un physique humain et un aspect ordinaire, se cache une monstruosité terrible. Tout type de monstre existe et se dissimule sous des apparences trompeuses, c’est pourquoi il faut s’en méfier. Aussi, le monstre n’est pas forcément celui que l’on croit, et un monstre peut en cacher un autre. Des créatures mystérieuses se perdent dans la masse de personnes masquées dans un monde où les apparences règnent. Un monstre se cache à l’intérieur de chacun de nous.

Le portrait ambigu de chacun de ces monstres interroge cependant la société.


Une ambiguïté qui interroge la société

La société réagit à l’apparition de ce monstre dans son quotidien et dans ses lectures. Les monstres que nous présentons ici ont une relation ambiguë avec la société, qui les admire puis les rejette. Certaines personnes les acceptent immédiatement car ils les considèrent comme des humains. En revanche, d’autres s’en écartent rapidement car ils les jugent à leur aspect, qui est monstrueux, terrifiant et repoussant. Cependant, les apparences sont parfois trompeuses et certains monstres hideux ne méritent pas le rejet de la société effrayée, tandis que d’autres monstres se cachent dans des corps humains ordinaires et qu’on ne soupçonne en aucun cas d’être un de ces êtres qui sèment la terreur partout où ils passent...


Un regard bienveillant

Un entourage compatissant et compréhensif

Le personnage du docteur d’Elephant Man représente bien tout au long du récit, l’archétype du bon Samaritain. En effet, il porte sur John Merrick un regard compréhensif et compatissant.

Le docteur Treves dès le premier instant semble très bienveillant et aimable avec John, qui était apeuré car cela faisait longtemps que l’on ne lui a avait pas adressé la parole de la sorte. Malgré une certaine gêne le docteur essaye tout de même de « briser la glace » et de l’interroger. De plus, lors de ce premier entretien il instaure un langage de signes avec son patient qui est muet pour le moment. La volonté de le comprendre et de dialoguer avec lui se manifeste donc grâce à ce langage rudimentaire. Le docteur fait en sorte que John se sente à l’aise et en confiance en sa présence. L’homme éléphant est facilement intimidé par les personnes qu’il ne connait pas. On le remarque lorsque l’un des collègues du docteur entre brusquement dans son bureau. La première réaction de ce patient hors du commun est de se cacher au fond de la pièce, car il a été traumatisé par son « propriétaire » qui le frappait et lui parlait très mal, comme on parlerait à un animal.

Tout au long de son séjour à l’hôpital, le docteur est l’un des seuls personnages à traiter l’homme éléphant comme un être humain. Il va notamment lui apprendre à parler, à exprimer ses sentiments, et même à lire la Bible. Lors d’un passage on découvre que John récite un des passages de celle-ci, que le docteur ne lui avait pas appris. John ajoute que c’est l’un de ses passages préférés. Ce qui montre bien le résultat du travail de Treves avec son patient qui n’est plus muet et qui est capable de donner son avis, et ses goûts.

De plus, le docteur Treves se montre extrêmement généreux envers Merrick, il le défend et se bat pour lui, lorsque Bytes, son « propriétaire » veut le récupérer, Treves fait tout pour le chercher et le ramener à l’hôpital. Il semble même inquiet de sa disparition ce qui met en évidence son attachement pour le « monstre » voire même l’amour qu’il lui porte. Mais aussi lors d’une réunion avec ses collèges, il fait en sorte que son patient, malgré sa maladie incurable puisse rester dans l’hôpital et bénéficier de soins. En effet, le fait qu’il n’y ait aucune possibilité de le soigner entraîne d’après la réglementation de la clinique, l’expulsion de John. Cependant, il arrive grâce à un vote, à convaincre ses collèges, de faire rester son patient. Il lui offre donc sa propre chambre dans l’hospice.

Il lui offre de quoi se faire beau, avec du parfum et des peignes, un cadeau que personne ne lui avait fait auparavant. Le fait qu’il soit repoussant physiquement, entraine dans l’imaginaire collectif, le dégoût pour cette personne. Il ne vient donc à personne cette idée d’offrir des produits dits de « beauté » à un homme dévisagé à ce point. Ce présent place le docteur au- dessus des autres personnages par sa générosité qui ne se tarit pas. Cette surprise rend son patient heureux. Le docteur lui montre ainsi la place d’être humain qu’il détient véritablement dans cet hôpital, place qu’il n’avait pas auparavant.

Le docteur Treves va même jusqu’à le présenter à sa femme, car il a beaucoup de considération pour John Merrick et pense qu’il est capable de se sociabiliser. C’est un des tournants de l’histoire. Sa femme est à l’image de son mari, ouverte et compatissante. Même si elle n’est pas à l’aise avec cet homme, elle s’intéresse à lui et lui pose des questions sur sa mère et sa vie.

L’acteur Antony Hawkins, qui interprète le docteur a un jeu très intéressant car chacun des regards qu’il porte sur John semblent pleins de compassion et d’amitié. Il lui sourit souvent pour lui montrer cette amitié qu’il a envers lui.

Le personnage de Madge Kendal, une actrice de théâtre qui rend visite à John, est très aimable avec lui et lui sourit. Ce ne sont pas des sourires de gêne que l’on retrouve chez d’autres personnages qui lui rendront visite après elle. Elle est réellement enchantée de rencontrer John et le regarde comme un homme. Elle joue avec lui un passage de Roméo et Juliet de Shakespeare.

Elle découvre ainsi sa sensibilité, et découvre à quel point c’est un homme merveilleux malgré son physique repoussant. Elle passe outre son physique et lui donne un baiser sur la joue, alors que personne auparavant ne lui avait montré un signe physique d’amour. Avant de repartir elle lui offre un portrait d’elle. Nous savons depuis l’épisode chez le docteur Treves à quel point Merrick est attaché aux représentations photographiques. Cette attention particulière est donc extrêmement gentille de la part de Madge.

De plus cette actrice l’invitera à une de ses représentations au théâtre où il sera acclamé par la foule à la fin de celle-ci. John confiera au docteur Treves qu’il se sent « accompli » depuis cette représenation .

On peut comparer la générosité du docteur Treves au caractère d’Esméralda dans le roman de Victor Hugo dans le chapitre IV du sixième livre dans le passage suivant : « C’était la bohémienne qu’il avait essayé d’enlever la nuit précédente, algarade pour laquelle il sentait confusément qu’on le châtiait en cet instant même ; ce qui du reste n’était pas le moins du monde, puisqu’il n’était puni que du malheur d’être sourd et d’avoir été jugé par un sourd. Il ne douta pas qu’elle ne vînt se venger aussi, et lui donner son coup comme tous les autres. Il la vit en effet monter rapidement l’échelle. La colère et le dépit le suffoquaient. Il eût voulu pouvoir faire crouler le pilori, et si l’éclair de son œil eût pu foudroyer, l’égyptienne eût été mise en poudre avant d’arriver sur la plate-forme. Elle s’approcha, sans dire une parole, du patient qui se tordait vainement pour lui échapper, et, détachant une gourde de sa ceinture, elle la porta doucement aux lèvres arides du misérable ». Dans cet extrait Esméralda vient en aide à Quasimodo après s’être humilié par la foule, elle lui apporte de l’eau. Ce geste est d’autant plus beau qu’il n’est pas attendu. En effet Quasimodo pensait qu’elle venait le frapper comme tous les autres avant elle.

Ces deux personnages sont bienveillants vis-à-vis du monstre et portent un regard de compassion sur lui, contrairement aux autres protagonistes. C’est cette bienveillance qui rend l’ambiguïté plus grande entre leur aspect physique et leur personnalité. En effet, les bienfaiteurs portent sur le monstre un regard affectif sur eux comme on le porterait sur un ami. On ne s’attend pas à avoir un tel regard sur un monstre puisqu’il est différent de nous, on ne le considère donc pas comme l’un des nôtres.


Une générosité sans regard

Dans Frankenstein, un des personnages du roman, le vieil homme du chalet, fait preuve d’une grande sincérité et d’une générosité sans limites envers la créature de Frankenstein. Le fait qu’il ne puisse pas juger le monstre renforce sa bonté. En effet, ce vieux monsieur est aveugle, ainsi il ne peut pas être effrayé de l’hideuse créature qui le supplie de le protéger. Le personnage est le doyen de la famille de Lacey, un vieil homme qui a souffert au cours de sa vie. Le monstre décide de se présenter dans la demeure de ce personnage lorsque le reste de sa famille est dehors : « J’avais assez de sagacité pour me rendre compte que la hideur inouïe de ma personne était la principale cause de l’horreur chez ceux qui m’avaient aperçu. Ma voix, bien que désagréable, n’avait en elle rien de terrible ; je croyais donc que si, en l’absence de ses enfants, je m’assurais la bienveillance et la médiation du vieux de Lacey, peut-être arriverais-je ainsi à me faire accepter de mes jeunes protecteurs. » Il sait que le vieillard l’écoutera car ce dernier ne pourra pas le juger et s’arrêter au premier aspect hideux de la créature.

La créature demande refuge au vieil homme qui lui répond : «- Entrez, dit de Lacey ; j’essaierai du mieux possible de vous soulager ; mais malheureusement mes enfants sont absents, et comme je suis aveugle, je crains qu’il me soit difficile de vous donner à manger. »

Sa générosité et sa bonté sont spontanées et immédiates. La créature lui explique qu’elle est une « misérable créature abandonnée » et qu’elle recherche des amis qui voudront bien l’accepter tel qu’il est. Le vieillard lui répond avec sincérité : « Ne désespérez pas. Certes, c’est un grand malheur que d’être sans amis ; mais le cœur de l’homme, quand nul intérêt personnel immédiat ne l’obscurcit, est plein d’amour et de charité fraternelle. Appuyez-vous donc sur vos espérances ; et si ces amis sont bons et serviables, ne désespérez pas. » En réalité, la créature désigne les de Lacey eux-mêmes, qu’elle observe depuis des mois sans se décider à aller leur parler. Mais le vieillard ne le sait pas et demande des informations sur ces amis, il s’intéresse au personnage qui lui parle, même s’il ne le voit pas. Ainsi, on peut en déduire que le jugement et l’intérêt passent en tout premier lieu par les apparences, même si elles sont parfois trompeuses. La bonté du vieil homme se traduit par l’absence de son jugement et de son regard. La créature de Frankenstein indique au vieil homme que les amis qu’il recherche sont « bons, ce sont les meilleures créatures du monde. Malheureusement, elles ont un préjugé à [son] égard. [Il est] d’une nature bienveillante ; jusqu’ici [sa] vie a été innocente et bienfaisante, dans une certaine mesure ; mais une prévention fatale obscurcit leur vue, et au lieu de voir en [lui] l’ami sensible et bon qu[’il est], ils n’aperçoivent qu’un monstre exécrable. » A cette annonce, le vieillard lui dit que s’il est innocent, il pourrait les détromper. A ces mots, la créature est angoissée, car elle n’est pas tout à fait innocente et elle le sait. Le vieil homme semble véritablement soucieux de la réussite de la créature pour trouver ses « bienfaiteurs » comme il les appelle naïvement. Il lui dit ensuite : « Je suis aveugle et ne puis juger de votre apparence ; mais il y a dans vos paroles quelque chose qui me persuade de votre sincérité. Je suis pauvre et exilé ; mais ce me sera une grande joie que de pouvoir être utile, d’une façon quelconque, à un être humain. » Sa bonté est grande et il veut véritablement être utile à la créature qu’il ne voit pourtant pas. Il comprend sa détresse et compatit. Cependant, il ne sait pas qu’il ne va pas réellement l’aider car peu après, les habitants du chalet reviennent et le plus fort jette violemment la créature au sol puis la frappe brutalement. Le monstre, dévasté, se retire, accablé par son échec et par la promesse non formulée par vieil homme pour le protéger, avec l’arrivée brutale des « protecteurs » terrifiés.

Dans le film de James Whale de 1931, cet épisode n’apparait pas. Cependant, un personnage, qui n’est pas présent dans le roman, fait preuve de sagesse d’esprit en voyant le monstre, car ce personnage n’est pas effrayé, et l’invite à le rejoindre. Ce personnage, c’est une petite fille, Maria, qui, dès qu’elle voit la créature, semble intriguée et invite l’inconnu à la rejoindre pour jouer avec elle.

L’enfant n’est pas apeurée devant la créature, elle l’aborde directement en se présentant et en lui demandant s’il veut jouer avec elle. Elle lui tend une main sincère que le monstre accepte avec joie tant les gestes d’affections comme celui-ci sont rares dans son quotidien que sa solitude rend si sombre. Maria lui offre également des fleurs qu’il accepte aussi.

Pour la première fois dans le film, il sourit et semble véritablement heureux d’avoir trouvé une personne qui n’est pas effrayée de sa laideur monstrueuse et qui l’accepte tel qu’il est.

Il sourit, regarde la petite fille qu’il prend pour une fleur et la jette dans l’eau. Malheureusement, elle se noie et le monstre, effrayé de son geste, part chercher de l’aide.

Dans le roman de Mary Shelley, un enfant est également présent et rencontre le monstre, cependant il est horrifié par sa laideur et le repousse, malgré les intentions de la créature de s’en faire un ami. La créature le rassure en lui disant qu’elle n’a pas l’intention de lui faire du mal mais le petit garçon est persuadé qu’il va le manger ou le réduire en morceaux. La créature pensait que l’enfant était trop jeune pour avoir la difformité en horreur, mais elle se trompait.


Une position partagée

Un désir de créer suivi d’un abandon

Le personnage du docteur Frankenstein est ambigu. En effet, il fait preuve d’un désir paradoxal. Il veut à tout prix créer une créature, raviver les morts en défiant Dieu mais abandonne finalement sa créature tant elle est différente et monstrueuse. Frankenstein passe de longs mois à étudier la physique et la chimie, à lire des ouvrages savants, à travailler, à expérimenter en pensant réussir avec succès. Il se trouve durant ces longs mois de travail « en possession d’un pouvoir si étonnant qu’[il] hésitait longtemps sur la manière de l’employer. » Ce pouvoir est celui d’animer la matière inerte, mais le travail qui reste à faire pour véritablement ranimer un cadavre est considérable. Il se demande s’il doit créer un être qui lui ressemble mais en réalité, il va créer un être tout à fait différent physiquement et c’est cette différence qui va conduire les deux personnages à leur perte. Le docteur Frankenstein veut créer une espèce qui le vénérerait comme son créateur, et il pense que d’ « innombrables natures heureuses et généreuses [lui] devraient l’existence ». Il prend conscience de son pouvoir de rendre la vie à « un corps que la mort avait condamné à la putréfaction. » Frankenstein se consacre corps et âme à son travail, avec toujours plus de pensées optimistes qui renforcent son courage et sa volonté. Il va jusqu’à en souffrir car il ne dort plus tant il est impatient de voir ses travaux porter leurs fruits. Il lui arrive d’échouer mais il ne perd cependant pas espoir. Il défie doublement la religion au cours de ses travaux : il prélève « des ossements dans les charniers et dérange de [ses] doigts profanes l’agencement secret et prodigieux de l’édifice humain. » En plus de troubler les défunts enterrés religieusement, il défie Dieu en voulant l’égaler, voire le surpasser, en recréant la vie, pouvoir que seul Dieu détient et ce, depuis toujours.

Il dit lui-même que, dans sa quête, il avait perdu son âme et sa sensibilité, même si son humanité le faisait par moments se détourner avec dégoût de sa tâche tant ce travail est horrifiant.

Longtemps plongé dans son travail, au fur et à mesure que son ambition se réalise, il doute de la réaction de ses proches et décide de ne rien leur dire. Lorsque ses efforts touchent à leur fin, il est dans un état inquiétant dû à l’appréhension.

Ainsi, pendant de longs mois, il connait une excitation immense et un désir incontrôlable de voir l’achèvement de son œuvre.

Cependant, lorsque sa créature est achevée et animée pour la première fois, Frankenstein est totalement impuissant devant la laideur de sa créature, de huit pieds de haut, avec des yeux jaunes et aqueux. Frankenstein est horrifié par la créature qu’il a fabriqué et la fuit. Tout le long du roman, il accuse tour à tour le monstre de tuer sans pitié et lui-même, d’avoir créé cet être horrible et monstrueux dont il regrette la création.

Toute l’excitation et l’espérance que Victor Frankenstein avait mises dans ce projet de recréer la vie après la mort s’envole et s’efface complètement en voyant le monstre hideux qu’il a pourtant créé avec des traits qu’il avait choisi pour leur beauté.

D’autre part, le titre du roman de Mary Shelley est Frankenstein ou Le Prométhée moderne, le Prométhée désigne Victor Frankenstein comme personne qui apporte le feu aux hommes, c’est-à-dire une certaine forme de bonheur. Mais comment un homme qui a perdu toute forme d’espérance en voyant une créature qui l’a déçu peut-il apporter le bonheur aux hommes ?

On peut donc dire que Frankenstein ressemble à son monstre une nouvelle fois par son caractère lunatique. En effet, il passe de l’excitation, pendant des mois, de voir sa créature achevée, au dégoût lorsque son projet prend fin. Il est horrifié par le résultat et maudit sa créature et lui- même.

Dans le film de James Whale de 1931, le réalisateur ne fait pas le même choix que Mary Shelley. En effet, le spectateur n’a pas beaucoup de détails sur le travail de Frankenstein et sur les expériences qu’il effectue. Aussi, le personnage du docteur Frankenstein ne semble pas horrifié de sa créature, il est au contraire, très joyeux de l’achèvement de son projet. Il crie et répète de nombreuses fois « Il est vivant ! » et les autres personnages présents dans la scène le retiennent tant il semble heureux, surpris et presque fou.

Concernant la réaction de Frankenstein, juste après avoir réalisé que son projet avait réussi, il est extrêmement surpris et joyeux. Il va même jusqu’à prononcer la phrase « Maintenant je sais ce que c'est que d'être Dieu. » La phrase fut remplacée par un son de tonnerre lors de la première sortie du film avant d'être totalement coupée à partir de 1934 et de la promulgation du code Hays. La scène a été remise dans le film en 1980.

Aussi, le docteur Frankenstein est paradoxal car le délire excitant éprouvé en créant la première créature ne correspond en aucun cas aux sentiments éprouvés lorsqu’il est forcé de créer une autre créature par le monstre. En effet, lorsqu’il est obligé de recréer un monstre, il vit dans une peur constante, sous les menaces continues du « démon ». Frankenstein éprouve du dégoût pour la créature qu’il n’a pas encore créée, en imaginant une race de démons détruisant la race humaine. Ainsi, par égoïsme et par peur d’être responsable de la mise en péril de la race humaine, il décide de réduire en lambeaux l’œuvre qui l’occupait. Le monstre hurle son désespoir et sa vengeance prochaine en voyant la destruction de la promesse de son créateur maudit.

Ainsi le personnage de Frankenstein est partagé entre l’excitation de surpasser Dieu, qu’il défie en créant un être assemblé de cadavres, et la déception, suivi de l’horreur et de la haine.


Les Freaks shows : la volonté de voir le monstrueux

Dans le film Elephant Man de David Lynch, le personnage principal vient d’un cirque humain : les Freaks shows.

Freak show : Le terme a été créé en Angleterre au 16e siècle, pour désigner le type de spectacle dans lequel on montre des "freaks" c'est- à-dire des monstres. Cependant, on suppose que les spectacles, ou en tous cas l'exposition du monstre, a débuté depuis l'Antiquité même. On rappelle notamment l’étymologie du mot monstre, qui vient du verbe « montrer, » c’est-à- dire que le monstre est celui que l’on montre, d’où l’implication de l’exposition. Ces cirques à curiosités sont très en vogue au IXème siècle. En effet la population est fascinée par ses erreurs de la nature. On y trouve ainsi des minéraux, des végétaux et des animaux. Le but de ces cabinets était de surprendre le visiteur, en y exposant par exemple des animaux avec des malformations, et incluant de la même manière des organes (la plupart génitaux) ou des crânes ou des moulures de freaks. Ils étaient généralement possédés par des grandes familles ou par des personnes politiquement importantes.


Ils suivent comme dirait Stéphane Pajot un cycle d’ « attraction, [d’] attirance, et [de] répulsion ». Tout comme l’homme éléphant, on y voyait la femme à barbe, l’homme canon, la femme singe ou d’autres curiosités encore.

Ainsi les visiteurs entrent et sortent afin de voir ce que promettent ces affiches. Ils montrent donc une position partagée face à ses créatures, car d’un côté ils désirent les voir et d’un autre ils sont horrifiés une fois face à eux. Cet aspect est visible au tout début du film, lorsque le docteur Treves se rend pour la première fois au spectacle de John Merrick. Les spectateurs se tiennent derrière des grilles comme au zoo et se moquent ouvertement de la misère des « monstres ».

D’autre part, on y voit une femme sortir en pleurant au bras de son mari, sous- entendant qu’elle a eu peur de cette créature. Cette image représente bien le souhait de voir le monstrueux puis le rejet, le dégoût et la peur de ce qui est « bizarre ».

A l’époque on payait pour voir la monstruosité, et s’en moquer. De nombreux forains faisaient 

richesses sur ces créatures qui étaient des biens déshumanisés, que l’on vendait. Ce désir paradoxal de voir le « monstre » puis d’en avoir peur est intimement lié au fait que les personnages exposés sont ambigus. Le fait qu’ils aient certaines caractéristiques humaines, ou qu’ils ressemblent à des hommes fait d’autant plus peur au specateur qui s’identifie à la créature.

C’est en 1885 que l’exibition de monstres humains fut définitivement interdite.

On retrouve ce désir de voir la monstruosité des corps humains dans l’œuvre Notre- Dame de Paris de Victor Hugo. Dans ce roman, lors de la fête des fous, on organise un concours de grimaces , la foule vient et admire ces hommes volontairement difformes, se moque, et les critique. Comme on peut le voir au chapitre V du livre premier : « La grand’salle n’était plus qu’une vaste fournaise d’effronterie et de jovialité où chaque bouche était un cri, chaque œil un éclair, chaque face une grimace, chaque individu une posture. Le tout criait et hurlait. Les visages étranges qui venaient tour à tour grincer des dents à la rosace étaient comme autant de brandons jetés dans le brasier. Et de toute cette foule effervescente s’échappait, comme la vapeur de la fournaise, une rumeur aigre, aiguë, acérée, sifflante comme les ailes d’un moucheron.

« Ho hé ! malédiction !

- Vois donc cette figure ! - Elle ne vaut rien. -Àuneautre!

- Guillemette Maugerepuis, regarde donc ce mufle de taureau, il ne lui manque que des cornes. Ce n’est pas ton mari ?

- Une autre !

- Ventre du pape ! qu’est-ce que cette grimace-là ?

- Holà hé ! c’est tricher. On ne doit montrer que son visage.

- Cette damnée Perrette Callebotte ! elle est capable de cela.

- Noël!Noël! - J’étouffe !

- En voilà un dont les oreilles ne peuvent passer ! ».


On remarque donc que les spectateurs, tout comme dans Elephant Man, sont venus pour se moquer des autres. Une fois Quasimodo élu pape des fous et que l’on se rend compte qu’il est monstrueux par nature, on l’insulte en lui criant des surnoms tels que « le vilain singe », « aussi méchant que laid » ou « c’est le diable », ce qui montre sa déshuma- nisation.

Grâce à cet exemple flagrant, on voit bien que la foule porte un regard partagé sur la créaure monstrueuse puisqu’elle vient les admirer et est effrayée une fois qu’elle les a vus. C’est donc un désir paradoxal.


Une autre forme de voir la monstruosité : les marathons de danse

Durant la Grande Dépression aux États-Unis, qui commença après le krach de 1929 et se termina avec la Seconde Guerre mondiale, la volonté de vor la monstruosité était fréquente. En effet les habitants de ce pays en crise n’avaient plus rien et étaient prêts à tout pour gagner un peu d’argent. Certains allaient même jusqu’à participer à des marathons de danse, également nommés bals de zombies, qui consistaient à reassembler un public qui regardait danser des pauvres gens dont l’unique préoccupation était de manger. Les danseurs, individuels ou en couple, dansaient pendant 45 minutes et avaient droit à une courte pause de 15 minutes durant lesquelles ils pouvaient dormir, exténués, et ce pendant plusieurs semaines, voire même plusieurs mois. Ces évènements étaient une humiliation monstrueuse pour les concurrents car ils étaient montrés comme des bêtes, hués ou applaudis par un public riche, se moquant de la condition de ces pauvres gens prêts à tout pour survivre. Les danseurs tenaient bon dans ces horribles conditions avec l’espoir de remporter la compétition et ainsi de gagner une centaine de dollars. Dormir seulement un quart d’heure pour trois quarts d’heure de danse était insuffisant, aussi les danseurs finissaient par dormir sur leur partenaire, en continuant à danser. C’est pourquoi ils ressemblaient à des zombies, des morts- vivants monstrueux, victimes de la crise et de la misère.

Mais c’est surtout les organisateurs de ce genre de compétitions qui étaient les véritables monstres. Ils réveillaient les danseurs au bout de leurs 15 minutes de repos en les giflant ou en leur renversant des seaux d’eau glacés. Ils bafouaient le droit humain à la dignité. Ils humiliaient les danseurs en les épuisant. De plus, les organisateurs faisaient tout pour décourager les danseurs en répétant « Qui sera le prochain à tomber ? Mesdames et Messieurs ! Combien de temps peuvent-ils rester ? » Certains danseurs se blessaient ou leur état ne leur permettait plus de continuer. C’est pourquoi il y avait une infirmerie dans les lieux où ces marathons se déroulaient. Ces marathons sont l'objet du roman On achève bien les chevaux de Horace McCoy.

Ces compétitions atroces et monstrueuses ont inspiré des artistes comme Phillip Evergood qui a peint en 1934 une peinture célèbre pour le réalisme de la cruauté : Dance Marathon.

Sur cette toile, on peut voir au premier plan un couple de danseurs dont la femme dort sur l’épaule de son partenaire. Les couleurs criardes créent un contraste avec la réalité monstrueuse de la situation. La scène semble prendre la forme d’une toile d’araignée dont les personnages sont prisonniers. On peut voir que les concurrents dansent depuis 49 jours, d’où leur état de fatigue extrême, qui les font ressembler à des êtres à demi morts. En haut à gauche de l’image, on voit une main de squelette qui tend un billet ; la mort est omniprésente et paye sa place pour regarder ses prochaines victimes. Deux mains applaudissent au tout premier plan à droite. Sur l’arrière-plan, on voit la somme que le ou les gagnant(s) vont remporter : 1000$ pour les couples et 500$ pour les danseurs individuels. Faire danser des gens miséreux pendant des mois, en les humiliant et en rendant cet évènement public montre bien que la monstruosité n’a pas de limites.

Les spectateurs leur lançaient des pièces et des sponsors apparaissaient sur les vêtements des danseurs. Ensuite, pour ne pas lasser le public, les pauses étaient supprimées et les danseurs ne pouvaient plus se parler pour se tenir éveillés.

Ces compétitions monstrueuses se sont déroulées en masse jusqu’à leur interdiction formelle à l’échelle du pays le 13 mars 1937.


L’amour et la raison

Dans Hannibal Lecter, Le désir de vengeance et l’amour se font face. C’est une lutte que la haine a déjà gagné sur le cœur d’Hannibal sans que personne ne le sache. Même avec l’aide de Dame Murasaki, jamais Hannibal ne reviendra l’enfant qu’il était avant son traumatisme.

Après son adoption par son oncle et sa tante, celle-ci tente de faire retrouver son âme au jeune garçon. Dans le chapitre 16, elle lui demande : « Votre oncle et moi-même, Hannibal, serions très heureux si vous deveniez le genre d’homme que votre père a été, que votre oncle est toujours. Le garçon lance un regard à l’armure, un regard dans lequel Dame Murasaki perçoit la question : - Un homme comme lui ? Oui, par certains aspects, mais avec plus de... compassion. – Elle lance un coup d’œil à l’armure comme si celle-ci pouvait les entendre [...] Elle se rapproche d’Hannibal, la bougie à la main.

- Vous pouvez quitter la terre des cauchemars, Hannibal. Vous pouvez devenir tout ce que votre imagination conçoit. Venez, entrez sur le pont des rêves ! Viendrez- vous avec moi ?

Elle est différente de sa mère, elle n’est pas sa mère et pourtant il la sent en lui, il la sent dans son cœur. Son regard trop intense a dû la troubler car elle décide de rompre le charme :

- Le pont des rêves mène partout où l’on veut mais il passe d’abord par le cabinet du médecin et la salle de classe. Alors, vous venez ? »

Ainsi, dame Murasaki tente d’aider Hannibal à se retrouver. Mais en tentant de le secourir, le jeune homme développera un amour passionnel pour elle. La preuve de cet amour apparaît au chapitre 27 lorsque Hannibal offre un présent inestimable au cœur de Dame Murasaki : « Dame Murasaki vient sur la terrasse une fois ses prières terminées, des pensées d’automne s’attardent sur ses traits.

Le dîner est servi sur la table basse, dans un crépuscule lumineux. Ils ont presque terminé leurs nouilles quand le grillon, caché dans l’ombre parmi les fleurs et revigoré par le concombre, la surprend avec son chant cristallin. Dame Murasaki paraît croire qu’elle l’a entendu dans un rêve éveillé mais voici qu’il s’élève encore, le son du souzoumoushi, clair comme une clochette de traîneau ! Ses yeux s’éclairent, elle revient au présent et sourit à Hannibal :

- Je vous vois, et le grillon chante à l’unisson de mon cœur.

- Mon cœur bondit à votre vue, vous qui lui avez appris à chanter.

La lune s’élève au chant du souzoumoushi et la terrasse semble monter, elle aussi, enveloppée dans la lueur palpable de l’astre, les entrainant loin au-dessus de la terre et de ses spectres, dans une sphère qui n’est pas hantée et où il leur suffit d’être ensemble. »

Dame Murasaki aimant Hannibal telle une tante aimant son neveu, celle-ci est partagée entre le dégoût que lui inspirent les crimes monstrueux de son neveu et son amour pour lui.

Hannibal choisira la haine et la vengeance plutôt que l’amour et le rêve.

Bien qu’il tente au début de mêler les deux. Dans le chapitre 23, a lieu sa première déclaration d’amour : « Je ne me serais jamais présenté devant vous sans fleurs. Je vous aime, Dame Murasaki. »

Cette phrase fera écho à celle du chapitre 56, à la fin de ses crimes, ou il ré avouera son amour : « - Je vous aime, Dame Murasaki.

Il s’approche d’elle. Rouvrant les paupières, elle repousse ses mains couvertes de sang.

- Que reste-t-il en vous qui puisse aimer ? »

Elle le repoussera et Hannibal disparaîtra dans la nature. Cet amour ne verra donc jamais le jour.

Cependant, en comparaison du film Hannibal Lecter : les origines du mal et du livre du même titre, l’amour de la tante est plus ambiguë.

En effet, dans le film on trouve quelques scènes de romance, qui ne sont pas présentes dans le livre. Les scènes de baisers n’existent pas en réalité.


Une société qui condamne

Le monstre, victime de la société

La créature monstrueuse, faisant peur à la société, ne s’intègre pas à celle-ci. Elle est rejetée. Certains monstres tels que Quasimodo dans Notre- Dame de Paris sont enfermés. En effet Quasimodo doit rester dans le clocher de la cathédrale, car s’il en sort il se fait humilier. Ce rejet est lié à la peur de ce qui est différent de la société. Elephant Man par exemple est à l’écart car il est placé dans la catégorie des « freaks », qui ne sont pas considéré comme des hommes et sont enfermés dans des cages. Le monstre est donc stigmatisé et victime de la société. Parfois il est même brutalisé et humilié en public.

Prenons le cas de l’homme éléphant,quiest exhibélors des freak shows, il est humilié devant des centaines de spectateurs. Puis il est battu par Bytes particulièrement violent avec lui quand il est ivre. Il le considère comme un objet de profit, le présente plusieurs fois explicitement comme son « gagne-pain ».

D’autre part, le gardien de nuit, lui aussi profite de la pauvre créature. Il ne considère pas Merrick comme un être humain mais comme une bonne occasion de s’amuser et de profiter de la curiosité des gens. Il vend d’ailleurs des places tous les soirs pour aller voir Merrick dans sa chambre, en violant son intimité. Il amène un soir un homme qui oblige ses deux compagnes à embrasser l’homme éléphant, qui ne peut se défendre. Ce « baiser » montre bien le contraste entre celui donné par Madge précédemment et celui-ci qui est forcé. On se moque de lui dans sa chambre, on le fait boire, on se le passe de main en main tel un objet avec lequel on joue.

Pourtant, le gardien se défendra d’avoir commis ces actes à Treves en insistant sur la non gravité de la situation : « on n’a rien fait de mal, on s’est juste amusé un peu ».

L’humiliation se voit aussi dans le sac en toile que Merrick est obligé de porter dans les lieux publiques pour masquer sa difformité. Ainsi il est montré comme différent et ne doit pas se montrer aux autres. Il doit avoir honte de lui-même.

De plus, la dernière scène d’humiliation publique est celle dans le bateau, dans laquelle Merrick se fait poursuivre par des hommes qui crient après lui. Ils désirent tous voir de plus près le « monstre ». Cette scène le renvoie à sa différence : même si la générosité de Treves l’a révélé comme étant quelqu’un de sensible et d’intelligent, il ne pourra jamais vivre parmi les hommes comme une personne ordinaire. Sa difformité attirera toujours les regards désapprobateurs, les moqueries, la curiosité. C’est pourquoi, se sentant « accompli » comme il le confie à Treves en revenant du théâtre, où il avait été invité par Madge Kendal, il décide de mettre fin à ses jours en se couchant allongé, comme un homme normal. Il sait que s’il dort ainsi il mourra, car son corps n’est pas adapté à cette position qui l’empêcherait de respirer et donc provoquerait sa mort. C’est pourquoi il dormait assis comme un animal auparavant.

Le suicide de John Merrick est un geste d’abdication devant l’incompréhension des hommes et leur incapacité à reconnaître et à accepter qu’il y ait, au fond d’un être aussi différent, la volonté tout à fait humaine de vivre normalement et d’être aimé.

Parallèlement, dans le chapitre V du quatrième livre de Notre-Dame de Paris dans l’extrait suivant : « Quand Claude et Quasimodo sortaient ensemble, ce qui arrivait maintes fois, et qu’on les voyait traverser de compagnie, le valet suivant le maître, les rues fraîches, étroites et sombres du pavé de Notre-Dame, plus d’une mauvaise parole, plus d’un fredon ironique, plus d’un quolibet insultant les harcelait au passage, à moins que Claude Frollo, ce qui arrivait rarement, ne marchât la tête droite et levée ». Dans cet extrait, on remarque bien que Quasimodo n’est pas aimé du peuple à cause de sa différence physique, il est victime d’insultes et de harcèlement.

La scène d’humiliation et de violence faite à Quasimodo dans Notre-Dame de Paris est l’une des scènes emblématique de l’œuvre car elle montre bien la peur et le dégoût de la différence des citoyens de Paris. En voici un extrait qui se situe dans le sixième livre au chapitre IV : « Il s’était laissé mener et pousser, porter, jucher, lier et relier. On ne pouvait rien deviner sur sa physionomie qu’un étonnement de sauvage ou d’idiot. On le savait sourd, on l’eût dit aveugle. On le mit à genoux sur la planche circulaire, il s’y laissa mettre. On le dépouilla de chemise et de pourpoint jusqu’à la ceinture, il se laissa faire. On l’enchevêtra sous un nouveau système de courroies et d’ardillons, il se laissa boucler et ficeler. Seulement de temps à autre il soufflait bruyamment, comme un veau dont la tête pend et ballotte au rebord de la charrette du boucher. » On peut voir dans un premier temps que Quasimodo ne se défend pas car il est dans l’incapacité de le faire. Puis dans un second temps on remarque la cruauté de la foule qui a la volonté de l’humilier et aussi de le violenter en le « ficelant » comme un animal.

Plus loin dans le passage Hugo ajoute qu’« Enfin le tourmenteur frappa du pied. La roue se mit à tourner. Quasimodo chancela sous ses liens. La stupeur qui se peignit brusquement sur son visage difforme fit redoubler à l’entour les éclats de rire. Tout à coup, au moment où la roue dans sa révolution présenta à maître Pierrat le dos montueux de Quasimodo, maître Pierrat leva le bras, les fines lanières sifflèrent aigrement dans l’air comme une poignée de couleuvres, et retombèrent avec furie sur les épaules du misérable. Quasimodo sauta sur lui-même, comme réveillé en sursaut. Il commençait à comprendre. Il se tordit dans ses liens ; une violente contraction de surprise et de douleur décomposa les muscles de sa face ; mais il ne jeta pas un soupir. Seulement il tourna la tête en arrière, à droite, puis à gauche, en la balançant comme fait un taureau piqué au flanc par un taon. Un second coup suivit le premier, puis un troisième, et un autre, et un autre, et toujours. La roue ne cessait pas de tourner ni les coups de pleuvoir. Bientôt le sang jaillit, on le vit ruisseler par mille filets sur les noires épaules du bossu, et les grêles lanières, dans leur rotation qui déchirait l’air, l’éparpillaient en gouttes dans la foule. Quasimodo avait repris, en apparence du moins, son impassibilité première. Il avait essayé d’abord sourdement et sans grande secousse extérieure de rompre ses liens. On avait vu son œil s’allumer, ses muscles se raidir, ses membres se ramasser, et les courroies et les chaînettes se tendre. L’effort était puissant, prodigieux, désespéré ; mais les vieilles gênes de la prévôté résistèrent. Elles craquèrent, et voilà tout. Quasimodo retomba épuisé. La stupeur fit place sur ses traits à un sentiment d’amer et profond découragement. Il ferma son œil unique, laissa tomber sa tête sur sa poitrine et fit le mort. Dès lors il ne bougea plus. Rien ne put lui arracher un mouvement. Ni son sang qui ne cessait de couler, ni les coups qui redoublaient de furie, ni la colère du tourmenteur qui s’excitait lui-même et s’enivrait de l’exécution, ni le bruit des horribles lanières plus acérées et plus sifflantes que des pattes de bigailles. »

Dans cet extrait on voit bien la violence faite à Quasimodo qui auparavant ne se rendait pas compte de ce qu’il lui arrivait. Il se fait battre par tout Paris, on joue avec sa tête comme avec Elephant Man. Il essaye tant bien que mal de se débattre mais il ne peut s’enfuir. Cette condamnation est d’autant plus violente quelle est censée être juste. En effet, Quasimodo a été « jugé » avant d’être condamné. Le pauvre, défiguré et à moitié sourd, était destiné à perdre ce procès quelque peu ridicule. Le juge lui-même étant sourd, cela aurait dû le disqualifier « Car il vaut encore mieux qu’un juge soit réputé imbécile ou profond, que sourd. » Cependant, « Il mettait donc grand soin à dissimuler sa surdité aux yeux de tous, et il y réussissait d’ordinaire si bien qu’il était arrivé à se faire illusion à lui-même. » Quasimodo est donc jugé par un autre personnage sourd, ce qui rend ce jugement plus absurde : c’est un dialogue de sourds. Il met en avant le regard condamnateur sur le monstre. Les parisiens ont tout fait pour qu’il soit humilié car ils portent sur lui un regard de dégoût mais aussi de peur sur le pauvre Quasimodo.


Un autre monstre victime de la société : la créature de Frankenstein

La créature de Frankenstein est une des victimes de la société par sa laideur monstrueuse et sa différence avec les hommes de cette société. Le monstre est rejeté par la société et tout d’abord par son créateur qui le fuit dès que son œuvre est accomplie. Son désir est donc paradoxal, car l’excitation de créer une créature dotée de la vie s’efface quand celle-ci est véritablement achevée. Au fur et à mesure du récit de

Mary Shelley, le monstre est rejeté par de plus en plus de personnages malgré ses bonnes intentions. Il est bien entendu abandonné par son propre créateur, qui le déshumanise en ne lui donnant pas de nom. Dans son périple pour le retrouver, il est rejeté par de nombreuses personnes effrayées de son aspect.

La société n’accepte pas les êtres laids et encore moins les êtres qui sont différents. Elle est habituée à voir le beau, et un changement la bouleverse.

Les injustices et les rejets que la créature connait sont au nombre de 6 : Le premier est évidemment l’abandon de sa propre créature par Frankenstein. Le second est quand la créature aperçoit une petite hutte à la porte ouverte, elle y rentre. Un vieillard s’y trouvait, et celui- ci pousse un grand cri avant de s’enfuir en courant. Le troisième est lorsque la créature est dans un village où l’attire de beaux jardins, elle se fait lapider par des villageois horrifiés.

Le rejet qui a le plus accablé et déçu la créature est celui effectué par la famille de Lacey. En effet, la créature avait misé tous ses espoirs de trouver des amis sur cette famille, mais quand vient le moment de se montrer à eux, la créature hésite et le lecteur comprend pourquoi. Le vieil homme aurait pu accepter la créature, car il est aveugle et ne peut pas la juger, ni voir son apparence monstrueuse. Cependant, son fils peut voir le monstre et c’est pourquoi il le chasse violemment de leur chalet.

Plus tard, la créature est rejetée par un paysan. Après avoir vu une petite fille arrivant en courant et tombant dans un fleuve au courant rapide, la créature parvint à la retirer des flots dangereux et à la ramener saine et sauve sur le rivage. Le monstre essaya de la ranimer lorsqu’un paysan se jeta sur lui et l’arracha de la petite, et s’éloigna en courant. La créature les suivit, ne sachant pas la raison de ce départ précipité, et le paysan, voyant que son ennemi est à sa poursuite, fit feu sur ce dernier. Le rejet, et l’agression subits par le monstre laissèrent une trace indélébile sur son âme et sur son corps. Désormais, la créature essaya de ne plus croiser d’hommes pour ne pas s’infliger des douleurs certaines causées par le rejet et l’exclusion. Sa laideur effraye les hommes et rejette la pauvre créature, victime de sa laideur et de la société qui la rejette.

La créature, malgré son intention de ne plus croiser d’hommes, en rencontre un lorsqu’elle erre dans les plaines à la recherche d’un abri. Elle est, une nouvelle fois, rejetée ; par William, le petit Frankenstein, qui le traite immédiatement de « monstre hideux » et se débat de l’emprise de la créature. Son intention était de s’en faire un compagnon, un ami car il pensait qu’il était trop jeune pour être effrayé de sa laideur. Le petit est convaincu de la méchanceté du monstre et pense qu’il va le réduire en morceaux, il lui dit qu’il n’a pas le droit de le retenir, sinon son père, Frankenstein, le punira. A ces mots, la créature comprend que le petit fait partie de ses ennemis et le tue. Le rejet que subi le monstre a des conséquences dramatiques pour les personnages qui l’excluent. La créature subit des humiliations, de la violence et des rejets.

Dans le film de Whale de 1931, la créature est surtout rejetée à la fin lorsque les villageois mettent feu au moulin où se trouvent le monstre et Frankenstein. Ils sont haineux envers la créature qui a enlevé le docteur Frankenstein.

Suite au meurtre de Maria, la petite fille qui voulait jouer avec le monstre, les villageois sont de tout cœur contre le monstre, avec une haine qui grandit lorsque Frankenstein est jeté du moulin enflammé par sa propre créature assoiffée de vengeance. La fin originelle du film était un plan sur le moulin en feu, avec le corps de Frankenstein gisant au milieu de la foule déchaînée de haine contre le monstre triomphant dans le moulin qui s’écroulait.

Whale a finalement décidé de faire un épilogue, où l’on voit Frankenstein, sain et sauf, en compagnie de sa femme Elisabeth, tandis que le monstre est introuvable dans les décombres du moulin en cendres.

Le monstre de Frankenstein est donc une victime de la société, trop horrifiée devant une laideur si visible. Il est la cible la plus évidente de cette société car il a un aspect monstrueux. Toute la société suit un personnage qui maudit le monstre car il l’a fait souffrir, mais en réalité, c’est un monstre qui pousse toute cette société contre une créature qui est seulement la victime de cet être diabolique dissimulé : Frankenstein...


La société impuissante face à la monstruosité : Les cas d’Hannibal Lecter et des régimes totalitaires

A propos d’Hannibal Lecter, l’inspecteur Popil dira au chapitre 54 : « - Le petit Hannibal Lecter est mort en 1945, dans une forêt enneigée, alors qu’il essayait de sauver sa sœur. Son cœur est mort avec elle, avec Mischa. Qu’est-il devenu, ensuite ? Qu’est-ce qu’il est ? Il n’y a pas encore de terme pour désigner ça. Faute de mieux, disons que c’est un... monstre. »

Ainsi, même l’inspecteur Popil ne parvient pas à expliquer l’effroi qu’Hannibal peut transmettre. Lui qui représente la société et l’ordre se retrouve désemparé face à la monstruosité de cet être qu’il ne peut même pas nommer.

Cette intelligence exceptionnelle déjà évoquée surprend et crée un malaise autour du personnage ce qui l’exclut en partie. Dans le chapitre 27 évoquant un cours d’anatomie, on voit clairement des traits spécifiques de sociopathe chez Hannibal qui s’exclut de la société totalement de la société. Lors de son cours, les deux aspects de ce garçon se mêlent. « Hannibal se lève de son bureau, vient jeter un coup d’œil à la grenouille et retourne à sa place. Il n’a besoin de se déplacer ainsi qu’à deux reprises. Mû par sa méfiance professionnelle à l’encontre de ceux qui préfèrent s’asseoir tout au fond de la classe, le professeur Bienville s’approche discrètement de lui. Ses soupçons se voient justifiés : au lieu d’une grenouille, le garçon est en train de dessiner un visage.

- Hannibal Lecter ? Pourquoi ne travaillez-vous pas sur le spécimen ?

- Je l’ai fini, monsieur.

Il soulève la feuille, révélant une grenouille, parfaitement reproduite avec la précision et les contours assurés d’une planche anatomique de Leonardo da Vinci, les organes internes finement hachurés et ombrés. »

Ainsi, Hannibal est un génie capable d’accomplir des prouesses, mais ce dernier choisira pourtant un chemin tout autre que celui de la réussite et terrifiera outre mesure par cette intelligence macabre au service du meurtre.

La société est donc tout aussi impuissante face à ce meurtrier impossible à arrêter. Nous avons également déjà parlé de la scène du polygraphe ou aucune émotion ne trahit Hannibal. Il est un psychopathe qui par son sang-froid et son intelligence commet des meurtres atroces. Ainsi, la société ne comprenant pas les actes d’Hannibal et ne pouvant l’arrêter est impuissante face à sa monstruosité.

En comparaison, la société fût également impuissante face à la monstruosité des chefs des régimes totalitaires tels que Lénine et Staline, Mussolini et Hitler. S’emparant bien souvent du pouvoir par la force, et qui régnèrent en véritable tyran sur leur pays développant et diffusant une idéologie massive.

Le totalitarisme est un terme qui désigne un système politique caractérisé par la soumission complète des individus à un ordre collectif dictatorial, cherchant à créer une société idéale en combattant de supposés ennemis intérieurs ou extérieurs.

Le « Vojd », Staline accéda au pouvoir en 1928 à la suite de Lénine. Le « Duce », Mussolini arriva au pouvoir après sa marche sur Rome en 1919. Enfin, le « Führer », Hitler fut élu au pouvoir en 1920.

Les régimes totalitaires sont nés de la brutalisation de la Première guerre mondiale. Ce concept de brutalisation est né à la fin du XXème siècle pour expliquer comment la violence réelle et symbolique qu’avaient subie les soldats et les civils pendant la guerre avaient eu des conséquences politiques et sociales après-guerre, notamment à travers les régimes totalitaires incarnés par les extrêmes. Ces extrêmes s’affirment dans les années 1920 et 1930 et cherchent à révolutionner leurs sociétés en mobilisant les masses, organisées de façon paramilitaire pour les besoins de la production ou de la défense nationale.

Ainsi, les régimes totalitaires sont fondés sur de nombreux points communs. Leur figure du chef, un parti unique, la soumission des individus, une police politique, des jeunesses encadrées et répression violente des populations soumises à la propagande sont majoritairement identiques. Les totalitarismes entendent donc forger « un homme nouveau », guidé par un chef charismatique et au service de l’Etat ou d’un parti unique.

Cependant les buts à atteindre sont différents chez ces trois totalitarismes. De plus, il existe le totalitarisme de classe comme le stalinisme, le totalitarisme d’Etat comme le fascisme et le totalitarisme de race comme le nazisme.

Le stalinisme, peu utilisé en URSS, décrit la pratique totalitaire de Staline, son usage de la terreur et le culte qui lui est voué.

Le fascisme est un mouvement politique italien crée par Mussolini en 1919 ayant pour but un Etat tout- puissant dirigé par un seul parti. Ultranationaliste, les fascistes rêvent d’une grande Italie, étendue en Europe du Sud et en Afrique.

Le nazisme ou national- socialisme est un mouvement allemand crée en 1920 et organisé sur un modèle militaire autour de son chef, Adolf Hitler. L’idéologie nazie est structurée autour de l’idée d’une supériorité de la « race germanique » appelée « race aryenne » et de son expansion territoriale.

Ainsi, ces trois totalitarismes ont en commun le rejet de la démocratie libérale, du pluralisme politique et de l’Etat de droit ; ils légitiment l’usage de la force comme un moyen de transformer la société et l’ordre mondiale. Ils reposent sur la mobilisation des masses et se veulent « révolutionnaires » en ce qu’ils prétendent créer une société unanimiste où l’individu est réduit à une fonction sociale. Le cœur du pouvoir est un parti unique de masse, comptant plusieurs millions de membres qui disposent de certains privilèges. Le parti encadre la société par des organisations auxquelles l’adhésion est souvent obligatoire dès le plus jeune âge. Au service du régime, la propagande utilise les médias modernes tel que la radio, le cinéma ou la photographie comme moyen d’endoctrinement, ainsi que pour justifier l’usage de la violence contre les ennemis désignés, tant intérieurs, qu’extérieurs. L’ultime instrument d’accession et de maintien au pouvoir des régimes totalitaires est la terreur, qui prend des formes spécifiques : exécutions sommaires, justice arbitraire, camp de concentration ou de travail où les prisonniers survivent difficilement.


Intéressons-nous au nazisme, présent dans Hannibal Lecter : les origines du mal.

Hitler utilise l’anticommuniste pour imposer un régime de parti unique. Dès 1933, il fait enfermer les opposants dans des camps de concentration. en 1934, il élimine les contestations internes au parti lors de la Nuit des Longs Couteaux du 29 au 30 juin 1934. En vertu, du Führerprinzip, l’ensemble du système lui est soumis.

La spécialité du nazisme est le racisme hitlérien radical visant la suprématie de la race « aryenne ». Elle tire ses origines de très anciennes traditions germaniques remises à la mode avant 1914 par des théoriciens comme Wilhelm Marr et Henri Class, les Français Gobineau, Vacher de Lapouge et Jules Soury, ainsi que par le Britannique H.S. Chamberlain, devenu sujet allemand et gendre de Richard Wagner. Il se rattache également à l’esprit Völkisch qui domine pendant les années de la République de Weimar toute la pensée de l’extrême droite nationaliste.

Pour Hitler, qui s’inspire également en les déformant des thèses darwiniennes, la vie est un éternel combat dans lequel le plus fort impose sa loi aux plus faibles. Les races humaines, biologiquement inégales, se trouvent elles-mêmes en lutte constante pour assurer leur survie ou pour la domination des autres. Cette hégémonie revient de droit à la race blanche et, à l’intérieur de celle-ci, au noyau aryen, représenté par des hommes grands, blonds et dolichocéphales. De là, Hitler tire le principe d’une hiérarchie des peuples dominée par les Allemands, la « race des seigneurs », auxquels seront associés les groupes d’origine voisine comme les Flamands, les Anglo-Saxons... En dessous viendront les peuples censés être plus « mêlés », comme les Latins, puis les peuples « inférieurs » : Slaves, Noirs et surtout Juifs. Ainsi, pour conquérir un « espace vitale » et préserver la « pureté », une politique contre les handicapés mentaux et physiques, homosexuels, et « asocial » tente de lutter contre le métissage par un antisémitisme agressif. En 1935, les lois de Nuremberg mettent les Juifs à l’écart et les poussent à émigrer. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938 ou « Nuit de Cristal », un pogrom est orchestré dans tout le Reich.

Cependant, la popularité de ce régime monstrueux est pourtant soutenu par le retour du plein emploi et l’effacement de l’humiliation du traité de Versailles : les nazis prétendent « régénérer » l’Allemagne et créer un IIIème Reich pour mille ans.


Il est légitime de s’interroger sur notre comportement face au monstre dans la mesure où il est particulièrement hideux et peu agréable à regarder. Cependant certains personnages se placent comme des alliés voir des amis pour les « monstres ». D’autres sont plus partagés, tourmentés entre l’amour et la raison. Et enfin certains sont catégoriquement insensibles à leurs misères et savent le montrer. Pourtant certains personnages monstrueux savent prendre en main leur destin ce qui rend la société impuissante face à leurs actes. C’est pourquoi il faut porter une attention particulière à la façon dont nous portons nos regards sur les êtres différents.

Les regards se portent sur l’aspect physique de la créature pourtant ils jugent sans connaitre le passé de celle-ci.


Les raisons de l’ambiguïté

« L’indifférence fait les sages et l’insensibilité les monstres » Denis Diderot.

Pourquoi avons-nous besoin des monstres ? Quelle est la recette miracle pour créer un monstre digne de ce nom ? Quel est le rôle de la figure monstrueuse en littérature ? Ce sont à ces dernières questions auxquelles nous répondrons dans cette partie finale. Nous nous focaliserons sur les mêmes œuvres que précédemment ainsi que d’autres exemples tirés du monde réel ou bien de la littérature pour enfants ainsi que d’émissions télévisées.


La création du monstre

La perversion de l’innocent

La créature de Frankenstein n’est pas née monstre, elle l’est devenue. Pour comprendre les origines de sa monstruosité, il faut remonter aux expériences de Frankenstein. C’est le docteur qui est à l’origine de la monstruosité physique de sa créature. Il a assemblé des morceaux de cadavres entre eux, et choisit des traits en raison de leur beauté. Il a prélevé ces morceaux dans des cimetières, comme on le voit dans le film de Whale, sur des personnes mortes depuis un moment, ce qui explique la couleur de la peau du monstre : jaune.

La description qui en est faite par Walton à la fin du roman de Mary Shelley indique que les proportions de la créature sont « singulières et fantastiques» (fantastiques, ici, signifie bizarres), tandis que la description faite par son créateur nous apprend que « ses membres étaient bien proportionnés » De plus, la description du monstre par Frankenstein nous annonce qu’il a de beaux cheveux, « d’un noir de jais, une chevelure abondante », alors que celle de Walton indique que son visage « était dissimulé sous de longues mèches de cheveux ébouriffés » Il y a donc une légère incohérence entre les descriptions de deux personnages, ce qui indique que le physique a peut-être évolué le long du récit, et que la monstruosité du monstre n’a fait qu’augmenter. Mais Frankenstein est un des responsables de cette monstruosité physique puisque c’est lui qui a choisis les membres et les traits de départ de sa créature. De plus, il avoue même s’être rendu compte de sa laideur lorsqu’il n’était pas encore achevé, mais « ses muscles et ses articulations ayant acquis la faculté de se mouvoir, il était devenu une créature telle que Dante lui- même n’aurait pu concevoir. »

Le monstre de Frankenstein est un monstre physique par la faute de son créateur qui, au cours de l’histoire, lui ressemble de plus en plus par une influence négative.

On peut se demander si Frankenstein ne devient pas lui-même un monstre physique. Dans le chapitre 23, peu après la mort de sa femme Elisabeth que le monstre avait prédit, Frankenstein est anéanti, dévasé par cette perte. Il connait des émotions extrêmement fortes et son portrait évolue. « Ma démarche était celle d’un homme ivre [...] Un voile couvrait mes yeux et ma peau se desséchait sous l’influence d’une forte fièvre. » Dans ce passage, on peut supposer que Victor Frankenstein se transforme lui-même en monstre, et ressemble encore plus à sa créature monstrueuse, avec ce voile sur ses yeux, sa lourde démarche et sa peau desséchée.

La monstruosité mentale de la créature ne s’est pas manifestée immédiatement. De mauvaises influences ont contribué à ce changement, car la créature était originellement innocente. La monstruosité de son entourage l’influence et le fait devenir un monstre.

Les influences qui poussent la créature à être cruelle viennent en particulier de son propre créateur : il l’abandonne et la rejette. Son désir de vengeance contamine sa créature qui veut se venger à son tour. Ils sont tous deux tour à tour responsables de crimes ayant pour but de faire souffrir l’ennemi. Le monstre souffre du rejet de la part de son créateur et le fait souffrir en se vengeant et en tuant ses proches pour qu’il comprenne que sa solitude est pesante. C’est une sorte de cercle vicieux car, à son tour, Frankenstein se venge des crimes commis par sa créature et la fait encore plus souffrir en détruisant sa compagne. Tout n’est que vengeance et surenchérissement de crimes pour défier l’ennemi et s’en venger. Ils connaissent tous deux la mauvaise influence de l’autre, même si Frankenstein est au sommet de la chaîne car il est le créateur.

La créature apprend tout par elle-même car son créateur l’a abandonnée, ainsi, il ne lui enseigne rien. La créature découvre le monde et le mal par les livres qu’il écoute, car ses voisins lisent, et par l’histoire de la famille de Lacey, qu’il observe pendant plusieurs mois. Le monstre découvre le mal aussi par ses expériences personnelles et les injustices qu’il a subi, comme le rejet, la violence et les humiliations causés par sa laideur et son aspect différent des hommes.

Les différents livres qu’il lit pour combler la solitude le passionnent et lui font découvrir le monde. Lorsqu’il découvre La Ruine des Empires de Volney, il apprend « la découverte de l’hémisphère américain, et [il pleura] sur la destinée misérable de leurs premiers habitants », « le système étrange de la société humaine apparaissait à mes yeux. [Il entendait] parler de la distribution de la propriété, d’immense richesse et d’ignoble misère ». Il lit ensuite Le Paradis perdu de Milton, les Vies parallèles de Plutarque et Les souffrances du jeune Werther de Goethe. Ces œuvres lui apprennent le fonctionnement et des informations sur le monde qui l’entoure. Le roman de Goethe le fait réfléchir sur la mort et le suicide. Ces lectures l’influencent et il se pose de nombreuses questions comme « Qui étais-je ? Qu’étais-je ? D’où venais-je ? » Le livre de Plutarque le fit découvrir la mélancolie et le désespoir. Enfin, l’œuvre de Milton lui fit naître en lui « tous les sentiments d’admiration et de terreur que pouvait engendrer l’image d’un Dieu tout-puissant guerroyant contre ses créatures ». La créature s’y compare et considère Satan comme le stéréotype de sa condition. De ces lectures, en plus de la découverte de papiers appartenant à son créateur racontant les détails de la fabrication de la créature, nait le désir de vengeance envers son créateur qui l’a lâchement abandonné.

A partir de ce moment, nait en lui une haine effroyable envers Frankenstein. Le monstre se demande pourquoi avoir créé un monstre hideux au point que lui-même se détourne de lui avec dégoût ? Il ne trouve pas de réponse à cette question qui le tourmente sans cesse, car elle est à l’origine de son existence.

La monstruosité de la créature de Frankenstein apparait en lui après des évènements qui le troublent, comme la lecture, tous les rejets qu’elle subit ou la découverte de notes de son créateur sur lui.

Il voue « à l’humanité toute entière une haine éternelle et vengeresse », et en particulier à son créateur qui est l’unique cause de ses malheurs.

La vengeance l’habite et « Le Mal désormais devint [son] Bien » « l’accomplissement de [son] dessein démoniaque devint une passion irrésistible ». La créature n’est donc pas née monstre, mais elle le devient. Il souffre parce qu’il est haï des hommes, et il est méchant car il est seul.

Lorsque le monstre décide de faire accuser Justine à sa place, il annonce qu’il a appris le mal grâce aux leçons de Félix et aux lois sanguinaires de l’homme. Il a ainsi été perverti par les hommes, ce qui en fait un monstre.


La perversion de l’innocence

Au début du roman, Hannibal se caractérise par sa grande curiosité et son amour pour sa sœur. Mischa et lui sont le symbole de l’innocence et de la pureté.

L’une sera détruite, l’autre sera altérée ce qui provoquera de graves troubles chez Hannibal en grandissant tel que son mutisme de l’orphelinat à son adoption par son oncle et dame Murasaki.

Le cannibalisme de sa sœur tuera presque Hannibal de douleur. C’est d’ailleurs ainsi qu’il est décrit par l’inspecteur Popil qui dira de façon imagée que celui-ci est mort dans une forêt enneigée en 1945.

Il n’est donc pas né monstre mais l’est devenu.

On peut considérer que même inconscient Hannibal a toujours su que ces ravisseurs lui ont fait manger sa sœur. C’est peut-être ce moment qui a détruit toute l’humanité d’Hannibal.

D’autres enfants sont touchés par la guerre. Le cadre de l’orphelinat présente des enfants laissés à l’abandon par la guerre.

Dans le roman, on voit également les évolutions de la psychologie dans la société de l’après-guerre, notamment sur les traumatisés et les blessés. Lors de la rencontre entre le docteur J. Rufin et Hannibal, de nouvelles techniques telles que l’hypnose sont abordées.

Dans le film Hannibal Lecter : les origines du mal, la perversion de l’innocence est progressive. Elle débute à l’arrivée des pilleurs et se conclut à leur départ après l’assassinat de Mischa.

 

Contexte historique.

Le contexte historique du roman d’Hannibal Lecter a déjà été évoqué. La Seconde guerre mondiale (1939- 1945) et plus particulièrement l’opération Barbarossa lancé par l’Allemagne contre l’Urss.

Cependant, d’autre élément du texte nous renseigne sur le contexte historique. En effet, certains chapitres commencent par une date et un lieu, tel un journal.

De plus, on peut trouver dans le chapitre 18 un journal avec pour gros titre : « Les médecins de la mort condamnés à Nuremberg. » Rappelant le livre des Médecins maudits du journaliste Christian Barnadec.

On trouve également de nombreux indices spatio- temporels très précis tout au long du récit renforçant le réalisme de celui-ci.

Le chapitre 5 présentant les personnages de Vladis Grutas, Zigmas Milko, Bronis Grentz, Enrikas Dortlich, Petras Kolnas et Kazis Porvik, montre bien le temps de guerre. Le film retranscrit parfaitement cette scène où les pilleurs utilisent la guerre à des fins lucratives : « Un half-track ambulance, un ZIS- 44 de fabrication soviétique mais qui porte l’emblème de la croix rouge international. Remonte l’allée de gravier en grondant. Le premier à en sortir, un chiffon blanc à bout de bras, est Grutas.

- Nous sommes suisses, vous avez des blessés ? Combien vous êtes ? [...]

Milko, Kolnas et Grentz jaillissent de l’arrière du véhicule en se bousculant. Ils sont vêtus d’uniformes dépareillés de la police et des services de santé lituanien, de la médecine militaire estonienne et de la croix rouge internationale, mais tous ont passé de large brassard médicaux.

Dépouiller les morts leur demande des efforts considérables […] le commandant vivait encore ;

Il a tendu une main implorante vers Milko, qui s’est contenté de lui enlever sa montre et de la fourrée dans sa poche.

Grutas et Dortlich emportent une grande tapisserie enroulée qu’ils jettent dans le coffre du half-track. Ensuite, il installe la civière en toile par terre pour que tous y entassent leurs butins de bijoux, de lunettes à monture d’or, d’alliances... »


Expériences scientifiques et volonté de surpasser Dieu

Pour créer son histoire, Mary Shelley s’est inspirée de faits historiques qui ont marqué la science.

GALVANISME n. m.

Moyen de développer de l'électricité dans les substances animales. C'est au docteur Louis Galvani, physicien, né à Bologne en 1737 et mort en 1798, que l'on doit la découverte du galvanisme, qu'il appelait, lui, l'électricité animale. C'est le hasard, qui fait tant de choses, qui lui valut cette découverte. En 1789, Galvani ayant disséqué des grenouilles pour en étudier le système nerveux, les avait suspendues à un balcon de fer, au moyen de petits crochets de cuivre, traversant les nerfs lombaires. Il s'aperçut que chaque fois que les nerfs touchaient le fer du balcon, les grenouilles, bien que mortes, éprouvaient des convulsions, et Galvani attribua ces convulsions à un fluide particulier. Volta démontra, par la suite, que ce phénomène n'était nullement dû à un fluide particulier et que l'on se trouvait simplement en présence de phénomènes électriques. C'est cependant grâce à la découverte de Galvani que Volta construisit sa pile, dite pile de Volta, et que les savants ont ensuite fait du galvanisme une science nouvelle.


D'après le critique littéraire Max Duperray, la première source du roman vient du désir inconscient et irresponsable de l'auteur de réanimer un être mort : dans son journal de 1815, Mary Shelley raconte la perte de son bébé de sept mois, le deuil qu'elle a porté et, dans un rêve échevelé, la folle impulsion de rendre le petit cadavre à la vie en le massant frénétiquement. Cette renaissance par le rêve annoncerait les termes mêmes de la préface de 1831, en particulier la référence au « pâle étudiant [...] agenouillé ».

De manière plus générale, le roman Frankenstein puise ses sources dans une période historique et scientifique importante, et les travaux de Luigi Galvani et Giovanni Aldini, deux grands physiciens italiens du XVIIIème siècle. Il est possible que Mary Shelley se soit inspirée de l'affaire de George Forster — un meurtrier exécuté dont le cadavre avait fait l'objet, en public, d'une expérience de galvanisme — lorsqu'elle a imaginé un savant qui redonnerait la vie à des chairs mortes.

L'étude moderne des effets galvaniques en biologie est appelée électrophysiologie et le terme de galvanisme est employé dans des contextes historiques. Le terme est aussi utilisé pour décrire l'apport à la vie des organismes par utilisation de l'électricité, comme dans l'œuvre de Mary Shelley Frankenstein ou le Prométhée moderne (qui fut influencée par les travaux de Galvani) et on parle toujours de personnes galvanisées par l'action.

Le film de James Whale de 1931 est ancré dans son époque car les possibilités de ramener les morts à la vie par la science étaient un sujet largement traité dans la presse à la fin des années 1920 et dans les années 1930. On peut ainsi citer les travaux du chercheur américain Robert E. Cornish qui à cette époque réussi à ramener à la vie un chien à qui il avait donné à respirer de l'azote. Sa performance jugée extraordinaire à l'époque avait été très largement relayée dans la presse.

Dans le roman de Mary Shelley, les travaux de Frankenstein s’apparentent beaucoup à cette période de découvertes et de dissections scientifique. Mary Shelley s’en est inspirée pour créer le docteur Frankenstein qui expérimente sur des cadavres pour tenter de les réanimer et ainsi, de recréer la vie après la mort.


Pourquoi a-t-on besoin des monstres ?

Refléter l’Humanité

Les robots sont le parfait exemple de notre volonté d’imiter l’humanité. D’un côté nous les créons de façon à ce qu’ils nous ressemblent afin de nous identifier à eux. Pourtant, s’ils nous ressemblent trop, nous en avons peur et ils nous paraissent monstrueux. Prenons l’exemple du robot d’Hiroshi Ishiguro, un roboticien japonais, qui l’a créé de façon à lui ressembler traits pour traits. Il ressemble donc à un être normal, pourtant il nous effraie tellement il ressemble à un «vrai» homme.

Mais nous pouvons nous demander dans quel but créons-nous des monstres ?

Est-ce dans le but d’exacerber les défauts des hommes ? Depuis notre enfance les monstres représentent toutes les notions dont nous devons nous écarter, telles que le vice, la traitrise, l’orgueil et bien d’autres. Ces travers sont représentés par l’aspect physique hideux des monstres. Dans l’imaginaire collectif le monstre est le concentré de tous les défauts des Hommes poussés au maximum c’est une des raisons pour lequel le monstre nous effraie et pour laquelle il est difficile d’avoir un regard positif sur ce dernier au premier abord. De plus il est aussi une sorte de personnification de nos peurs, et ce depuis l’Antiquité. Les monstres nous font peur car on ne les connait pas. C’est pourquoi on rencontrait ces chimères dans les confins des océans, dans les endroits inconnus de l’homme, on trouvait des cyclopes, des sirènes...

Comme dans l’Odyssée d’Homer, où on rencontre ce genre de créature fréquemment dans le récit du retour d’Ulysse. Certaines créatures comme les licornes et le sphinx représentent la fantaisie de l’homme et sa créativité. D’autre comme les sirènes et le basilic représentent la peur et les vices humains.

Il est important d’ajouter que les monstres sont qualifiés d’hommes « anormaux ». Or aujourd’hui nous vivons dans un monde ou la recherche et la science avancent de jour en jour. Nous savons désormais comment améliorer l’homme, lui ajouter un bras ou une jambe, améliorer la vision ou la motricité... Ces avancées nous permettent donc de (re)définir les limites de la normalité. On juge toujours les gens en regard de sa propre subjectivité, et à ce titre nous rejetons trop vite ce qui nous semble bizarre ou anormal. Un homme avec un bras en acier est-il un monstre ? Ou est-ce normal ? Mais au fond qu’est-ce que la normalité ? Ce sont ces questions auxquelles nous devrons répondre d’ici quelques années.

Finalement, la figure monstrueuse permet de voir au-delà de l’aspect extérieur car on se borne souvent à ce que révèlent les apparences. L’image du monstre nous permet dès le jardin d’enfant d’apprendre à connaitre avant de juger grâce à tous les récits de monstres « gentils » tels que Casimir, Max et les Maximonstres, les Telletubies, les Minions... Ils nous sont présentés comme des monstres pourtant nous n’en avons pas peur, ce qui remet largement en question notre vision (à l’âge adulte) d’un monstre uniquement hideux et mal-intentionné.


Conclusion

Notre étude approfondie sur le portrait ambigu du monstre, sur les interrogations de la société à son égard et sur les raisons de cette ambivalence nous permet de dresser un bilan sur le regard que les XIXe et XXe siècles portent sur cette figure équivoque du monstre. Nous pouvons affirmer que cette ambigüité provient autant du monstre que de son entourage. La figure du monstre est emblématique et existe depuis le Paléolithique Supérieur, cependant, elle a fortement évolué au cours des siècles et de ses traumatismes, aussi bien politiques que sociaux ou culturels. Ainsi, le monstre qui relevait du mythe existe bel et bien aujourd’hui sous une nouvelle forme plus inquiétante encore, puisque les limites de la normalité sont de plus en plus estompées. En effet, le contexte géopolitique mondial actuel entraîne de nouvelles questions sur qui est le monstre. Nous avons vu à travers nos œuvres que le monstre n’est pas toujours celui qu’on croît, en Europe, les nombreuses attaques perpétrées par des terroristes, aussi bien à Berlin le 19 décembre 2016, qu’à Paris le 13 novembre 2015, ou encore à Nice le 14 juillet 2016 sont-elles réellement l’œuvre de monstre au sens propre du terme. Ces hommes tels Hannibal Lecter à l’apparence commune sont pourtant capables de faits atroces. A l’échelle mondiale, le 11 septembre 2001 reste dans les mémoires collectives car cet acte monstrueux a créé un choc d’une ampleur encore jamais atteinte.

Fin de l'extrait

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